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Dette du Mali

D 29 juin 2014     H 05:05     A CADTM     C 0 messages


Alors que la guerre continue au Mali, les
créanciers réclament le remboursement des
dettes et instrumentalisent l’« aide » pour leurs
propres intérêts

La guerre qui continue au Nord du Mali n’a aucune incidence sur le comportement des
créanciers qui continuent d’exiger le remboursement de la dette malienne. Comble du
cynisme : ces même créanciers prétendent aider le Mali à se « reconstruire et se développer ».
3,25 milliards d’euros (environ 2 128 milliards de FCFA) ont été ainsi promis en mai 2013
par 80 pays et 28 organisations internationales. Le 15 mai dernier, ils se sont réunis à
Bamako sous la coprésidence de la Commission européenne, de la France et du Mali pour
assurer le suivi de cette « aide ».

Mais de quelle aide parle-t-on ?

Sur les fonds déjà décaissés, les deux tiers ont été utilisés au nom du Mali mais sans passer par le Trésor public
malien et sans qu’on connaisse sa destination ! De plus, cet argent utilisé sans le consentement du peuple malien et
qui a pu servir en partie des intérêts privés constitue une dette à charge de la population. En effet, cette prétendue « 
aide » est composée en partie de prêts qui augmentent donc la dette du Mali. À titre d’exemple, 36% de l’ « aide »
promise par la France constitue des prêts sous conditions. Cette part s’élève même à 78% pour l’ « aide » promise
par la Banque mondiale et 100% pour le FMI !

La partie composée de dons est, quant à elle, extrêmement critiquable puisque des dons ayant servi à financer des
projets déjà arrivés à leur terme comme la construction de la route Tombouctou-Gomacoura, financée par l’Union
européenne, sont comptabilisés une deuxième fois dans ces 3,25 milliards d’euros d’« aide ».

Enfin, une partie de cette « aide » repart directement dans les poches des créanciers étrangers car les autorités
maliennes se sont engagées en 2013 dans une lettre d’intention envoyée au FMI à rembourser la dette en priorité.

Soulignons que cette lettre d’intention a été signée en pleine crise sécuritaire et qu’elle méprise les préoccupations
de la population. L’augmentation des revenus des travailleurs, la promotion des industries nationales pour créer des
emplois, l’accès aux services sociaux de base de qualité, la promotion des énergies renouvelables devraient compter
parmi les priorités du gouvernement. Soulignons que l’obligation pour un État de respecter des droits humains est
supérieure à celle de rembourser ses créanciers.

Pour le CADTM, cette lettre d’intention dictée par le FMI est illégitime et ne doit pas donc pas être appliquée. D’une
part, elle viole les droits du peuple malien et d’autre part, elle ne repose sur aucune légitimité démocratique
puisqu’elle a été signée par un gouvernement provisoire avec la complicité du FMI.

Rappelons que le FMI exerce une pression constante sur le Gouvernement malien pour qu’il privatise l’énergie du
Mali (EDM) et augmente le coût de consommation pour les abonnés.
Épinglons également la schizophrénie de cette organisation internationale qui, d’un côté, critique le fait que les
entreprises ne paient pas assez de taxes, et de l’autre, exige du gouvernement qu’il accorde des exonérations
fiscales aux multinationales.

Enfin, il n’appartient pas au FMI d’exiger la revente du nouvel avion présidentiel. Ce droit revient exclusivement au
peuple malien.

Le réseau CADTM exige :

- • la fin des conditionnalités imposées par les créanciers
- • l’annulation sans condition de toutes les dettes illégitimes comme celles qui ne servent pas les intérêts de
population et celles qui n’ont pas été approuvées par les élus ;
- • que l’aide internationale soit composée uniquement de dons
- • la réelle implication des acteurs de la société civile malienne dans la gestion des fonds
- • que le budget de l’agriculture soit consacré prioritairement aux besoins cruciaux des agricultures paysannes
vivrières occupant environ 95% des actifs agricoles. Ce modèle agricole autonome reste le seul système agraire
respectueux du climat et de l’environnement et du droit à la vie pour tous - du vivre ensemble.