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Mauritanie : sortie radiotélévisée du chef de l’Etat

DECLARATION Coordination de l’Opposition Démocratique

D 17 août 2010     H 14:59     A     C 0 messages


Alors que le pays tout entier attendait, qu’après la longue crise issue du coup d’Etat, l’atmosphère politique se décrispe enfin pour renforcer le front intérieur face aux multiples menaces et défis extérieurs, le chef de l’état Mohamed Ould Abdel Aziz, renouant avec l’esprit et les mots provocateurs de sa sortie dernière d’Arafat, n’a trouvé mieux que de se délier à nouveau de l’Accord de Dakar, dans une interview radiotélévisée à l’occasion de l’anniversaire des élections de juillet 2009. Il s’est, par la même occasion, longuement appesanti, sur la négation ostentatoire de la crise politique dans laquelle se débat le pays, la qualifiant de « chimères dans les esprits de certains » et insinuant, avec une désinvolture cavalière, qu’une simple révision de la Constitution est de nature à résoudre tous les problèmes posés au pays.

La sortie radiotélévisée du Chef de l’Etat appelle, de notre part, les remarques suivantes :

1 - Le chef de l’état Mohamed Ould Abdel Aziz a affiché un grand mépris du peuple mauritanien et de la Communauté internationale : Etant lui-même signataire de l’Accord de Dakar qui constitue, à ce jour, la seule base sur laquelle se fonde le processus de sortie de la crise issue du coup d’Etat de 2008, et en particulier l’élection du 18 juillet 2009, au nom de laquelle il revendique sa « légitimité », il n’a pas hésité à déclarer ne pas être engagé par cet accord, au nom duquel il exerce pourtant le « droit » de gouverner aux destinées de notre pays !

2 - Non content de la mépriser, en la qualifiant de « simple papier qu’on peut changer quand on veut », il s’est publiquement vanté de violer la Constitution de notre pays, dont il s’arroge, depuis le 6 août 2008, le droit de disposer à sa guise. En effet, en reconnaissant publiquement qu’il a dépensé 14 milliards d’ouguiyas sans les inscrire au budget et qu’il ne se soumet pas à l’obligation de déclaration de patrimoine, il viole deux lois de la République en même temps, celle des finances et celle sur la transparence financière, manquant ainsi au serment qu’il a prêté de respecter et de défendre les lois. C’est, pour quelqu’un qui se prétend « Président de la République » d’une gravité sans précédent.

3 - Il a ouvertement vilipendé la petite gabegie (spéculation foncière, corruption au niveau des petits fonctionnaires) et défendu, voire magnifié la grande gabegie en la présentant au peuple comme une méthode de gouvernement : l’enrichissement illicite de la haute hiérarchie étatique(soustraite à la déclaration de patrimoine), l’utilisation frauduleuse des biens de l’Etat (50 millions de Dollars dépensés hors budget), sans compter la distribution opaque des marchés publics et la gestion personnalisée du budget de l’Etat.

4 - Il a mystifié le peuple mauritanien en niant, avec une désinvolture irresponsable, la réalité du pays aujourd’hui : la dégradation constante des conditions de vie des populations, la situation sécuritaire inquiétante ,les français et les américains ont demandé à leurs ressortissants d’éviter de se déplacer en Mauritanie avec la recrudescence de la criminalité, la présence périodique de troupes françaises opérationnelles sur notre territoire en dehors d’un accord dûment ratifié, et, bien sûr, la crise politique que lui-même aggrave chaque jour par son comportement de despote incorrigible. Face à ces déclarations à l’emporte-pièce qui, toutes, dénotent une volonté manifeste de semer la confusion dans les esprits et de perpétuer le climat de tension né du coup d’Etat, la COD :

1 - S’inquiète de l’aggravation constante de la crise politique, économique et sociale dans laquelle le pouvoir actuel maintient la Mauritanie et appelle le chef de l’état Mohamed Ould Abdel Aziz à respecter l’engagement qu’il a signé et fait réitérer par son Premier ministre dans la déclaration d’intention cosignée avec l’Union européenne le 20 décembre 2009, de « mettre en œuvre le dialogue national inclusif prévu par l’Accord de Dakar sur [la] base des priorités mentionnées à l’article 4.VII de ce même accord ». La COD prend la Communauté nationale et internationale à témoin des manœuvres du chef de l’état pour retarder ce dialogue ;

2 - Exige une enquête sur la gestion opaque des 50 millions de dollars don d’un pays frère et ami à la Mauritanie et qui devaient, conformément à la loi organique 78-11, être affectés dans un compte spécial du budget de l’Etat, soumis à une double signature. Le peuple mauritanien a le droit de savoir comment 14 milliards de nos ouguiyas ont été dépensés hors budget, sur quel fondement juridique , avec quelles garanties de transparence . Il doit aussi pouvoir vérifier l’existence du matériel dont a parlé le Chef de l’Etat. En attendant, la COD exige du gouvernement de mettre fin, immédiatement, à l’utilisation frauduleuse de cette ressource, en l’inscrivant au budget de l’Etat comme initialement prévu ;

3 - Exige la constitution d’une commission indépendante pour vérifier les dépenses de la Présidence(en particulier le BASEP) et celles du Premier ministère.

4 - Rappelle que la violation, par le chef de l’état des lois dont il doit assurer le respect, constitue un fait passible de la haute cour de justice.

5 - Réitère sa demande d’une enquête sur les circonstances et les objectifs de l’opération militaire du 22 Juillet 2010 et sur les attaques meurtrières menées contre notre pays ces dernières années, particulièrement l’odieux massacre de nos soldats à Tourine, en septembre 2008.

Nouakchott, le 12 août 2010

La Coordination

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