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Niger : « C’est quand qu’on va où ? »

D 18 février 2010     H 15:56     A Isabel Ferreira     C 0 messages


C’est le 22 décembre dernier qu’a été observée une grève
générale au Niger, date bien inspirée puisqu’elle coïncide
avec ce qui aurait dû être la fin du dernier quinquennat du
Président Mamadou Tandja qui a obtenu en août 2009 une
rallonge de trois ans au moyen d’un simulacre de référendum. A
l’appel de la CFDR (Coordination des Forces pour la Démocratie
et la République) regroupant partis politiques, syndicats,
organisations de défense des droits de l’homme et organisations
de la société civile, cette grève a, selon les syndicats, largement
été suivie dans le secteur public et parapublic qui exigeait une
nouvelle fois des augmentations de 50 % des salaires et une
baisse de 50 % des impôts sur le revenu. Elle fait suite à une
série de manifestations pour contraindre le gouvernement à
revenir à une vie constitutionnelle normale.

C’est cette soit disant collision entre les différents mots
d’ordre et les véritables revendications des grévistes que le porteparole
du gouvernement Kassoum Moctar a voulu dénoncé en
qualifiant cette grève de « purement politique » dont la date
n’avait pas été choisie au hasard et « menée par des hommes
politiques aux abois ». Fichtre, quel visionnaire ce Moctar ! En
effet, comme il l’a bien pressenti, ce débrayage se justifie bien
sûr par la crispation de la situation sociopolitique du pays où le
mandat de Mamadou Tandja a perdu toute légitimité et toute
légalité et où l’opposition dénonce le « délire autocratique » du
président. D’ailleurs au-delà de la dimension politique, ce sont les
travailleurs, qui déjà très fragilisés par une situation économique
et sociale agonisante, craignent les retombées de la suspension
de l’aide internationale. Après des législatives très controversées
et boycottées en octobre 2009, la CEDEAO a en effet suspendu le
Niger pour violation des textes communautaires sur la démocratie
et entraîné ainsi la suspension de l’aide au développement du
l’UE. Puis c’était au tour de Washington de suspendre son aide
financière, de « retarder » ses exportations d’ « articles et
services de la défense » vers le Niger et d’interdire de séjour aux
Etats-Unis les hautes personnalités du pays.
Qu’à cela ne tienne ! Tandja, flanqué de sa VIe République et
de son « tazartché » (« continuer sans s’arrêter » en langue
haoussa) mené tambour battant à l’aide de ses faucons
gouvernementaux, franchit une étape supplémentaire en
organisant totalement illégalement le 27 décembre dernier des
élections municipales boycottées par la CFDR. Dénonçant les
« ingérences » étrangères dans la crise politique qui secoue son
pays, il sait également ce qu’il pourrait lui en coûter de se priver
des concours financiers de ses principaux partenaires. Contraint
par le communiqué d’Abuja du 22 décembre sous-entendant que
la CEDEAO ne le reconnaissait plus constitutionnellement, Tandja
accepte à contre-coeur un dialogue politique avec ses opposants
pour tenter de trouver une issue à la crise. Afin de mener ces
« pourparlers inter-nigériens », c’est l’ex-dirigeant nigérian
Abdulsalami Abubakar qui a été désigné comme médiateur afin
d’instaurer les « conditions d’une sortie de crise consensuelle ».
Mais dès le début des discussions, les participants ont buté sur la
question de l’ordre du jour et du contenu même des échanges :
campant chacune sur ses positions, la partie gouvernementale
conditionne toute négociation au maintien de la nouvelle
constitution alors que l’opposition souhaite elle concentrer le
débat sur l’annulation du dernier référendum constitutionnel.
Après de multiples réunions suspendues ou restreintes et les
difficultés à fixer un ordre du jour consensuel, le médiateur finit
par demander aux deux parties de faire par écrit leurs
propositions de sortie de crise. Pour ce faire, il leur demande de
bien vouloir envisager le principe d’un pouvoir de transition.
C’est dans ce cadre que l’opposition nigérienne proposerait un
nouvel organe législatif de transition, une commission qui aurait
pour tâche la rédaction d’une nouvelle Constitution et le refus
que les personnalités ayant dirigé la transition soit candidates aux
nouvelles élections. Alors que le camp présidentiel proposerait lui
« le maintien en l’Etat » des institutions de la VIe République
mais en associant l’opposition à la gestion de l’Etat. Ben voyons !
A la reprise des pourparlers, le 14 janvier, la médiation proposait
le maintien en fonction du Président Tandja et une période de
transition dirigée par un « gouvernement de réconciliation
nationale » sans autre précision sur les durées du maintien et de
la période de transition. Cette feuille de route assez floue pour
l’instant ne tranche bien évidemment pas sur l’écueil décisif du
maintien ou non de l’illégitime VIe République, du maintien ou
non de Tandja à la fin de la transition et du véritable rôle du
gouvernement de réconciliation nationale. Aucune garantie n’est
donc donnée à l’opposition quant au retour à l’ordre
constitutionnel, à son rôle dans la transition ni sur l’organisation
des nouvelles élections... Les imprécisions des propositions du
médiateur pourraient faire largement penser à une certaine
bienveillance à l’égard des conditions gouvernementales. Même si
la feuille de route est censée être axée sur une transition
consensuelle, il tiendrait du prodige que les deux parties puissent
s’entendre sur le contenu, la durée et les contours de celle-ci. De
toute façon, le ministre de la communication Moctar Kassoum l’a
dit : « Rien ne se fera en dehors du cadre de la VIe République »
et « ...de même la démocratie sera préservée et pérennisée ».
Cherchez l’erreur !

Isabel Ferreira

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