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Niger – Nouveau coup d’Etat

D 12 avril 2010     H 11:52     A Isabel Ferreira     C 0 messages


Le CSRD (Conseil Suprême pour la Restauration de la
Démocratie) a agi « au nom de l’intérêt supérieur de la nation
nigérienne et non pour son propre compte » a assuré le
capitaine Harouma Djibrilla Adamou, membre de la junte militaire.
C’est donc le 18 février dernier que le Niger a subi son quatrième
coup d’Etat depuis son indépendance en 1960. Ce nouveau coup
de force militaire fait suite à une grave crise politique impulsée par
le président Mamadou Tandja lui-même. Au pouvoir depuis 1999,
son deuxième et ultime mandat devait s’achever le 22 décembre
2009 et ouvrir de nouvelles élections. C’est donc animé d’une force
L autocratique et sous prétexte de vouloir « terminer ses
chantiers » qu’il va purement et simplement dissoudre le
parlement puis la Cour Constitutionnelle, obtenir une
prolongation de son mandat « pour au moins trois ans » par un
simulacre de référendum et ainsi établir une nouvelle
constitution. Rien de moins.
Les agissements du président avaient été condamnés par la
communauté internationale et la CEDEAO et qualifiés par
beaucoup de coup d’Etat constitutionnel. Des négociations
Politique, économie et société
s’étaient alors engagées sous l’égide de l’ex-président nigérian
Abdoulsalami Aboubacar (médiateur de la CEDEAO) entre le
gouvernement nigérien et l’opposition pour trouver une sortie de
crise improbable au vu des conditions imposées par le président
Tandja qui voulait maintenir la VIème République (instaurée de
façon autocratique) et le CFDR (Coordination des Forces pour la
Démocratie et la République) exigeant le retour à l’ordre
constitutionnel normal.
Ces manoeuvres de Tandja pour se maintenir au pouvoir et son
entêtement visible à bloquer les négociations avec l’opposition
empêchant toute sortie de crise ont fini par irriter une partie de
l’armée qui a décidé d’agir en faisant irruption à la présidence où
se tenait un conseil des ministres extraordinaire et emmener le
président. Dans la foulée, le CSRD, mené par le chef d’escadron
Salou Djibo, a annoncé la suspension de la Constitution et dissous
le gouvernement. Assurant que le Niger devait devenir un
« exemple de démocratie et de bonne gouvernance », le porteparole
de la junte a également fait connaître son intention
d’ « assainir la situation politique, de réconcilier les Nigériens et
d’organiser des élections ». Le 22 février, sans indiquer la durée de
la transition, Salou Djibo devenait chef de l’Etat pendant cette
période afin de créer de nouvelles institutions. Le lendemain, un
premier ministre, Mahamadou Danda, était nommé et les jours
suivants, la junte indiquait qu’aucun membre de la junte ayant pris
le pouvoir lors du coup d’Etat ou membre du gouvernement de
transition ne se présenterait à la prochaine élection présidentielle.
Début mars, après avoir formé un gouvernement de transition,
la junte a annoncé à Dakar la création prochaine d’un « conseil
consultatif » chargé de fixer la date de la prochaine
présidentielle. Après avoir reçu une « mission d’explication »
dirigée par un membre de la junte, le colonel Hassan Mossi, le
Sénégal a indiqué avoir compris le sens de l’action et les raisons
pour lesquelles les militaires ont pris le pouvoir et a assuré
vouloir défendre leur lutte auprès de l’Union Africaine.
Même si l’Union européenne et l’Union africaine condamnent
cette prise de pouvoir par les armes (trois morts et une dizaine
de blessés) et demandent un « retour rapide à l’ordre
constitutionnel », certains observateurs considèrent ce putsch
comme une possibilité de mettre fin à une dérive autocratique
et personne n’a encore osé demandé le retour du président
Tandja. Les cartes sont maintenant entre les mains des
militaires qui ont pour l’instant le peuple nigérien avec eux. Si le
but du coup d’Etat était de débarrasser le pays de la dictature,
qu’ils aillent jusqu’au bout et qu’ils ne se laissent pas atteindre
par le vertige du pouvoir comme en Guinée, au Tchad, au
Togo... Confrontés à une famine qui s’annonce, à l’abandon des
populations locales (notamment touarègues) et à la malédiction
que représentent ses riches sous-sols, le Niger doit profiter de
ce retournement de situation. Pour cela nous devons le laisser
faire et abandonner définitivement notre discours manichéen du
silence ou de l’ingérence.

Isabel Ferreira

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