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Algérie : Réactions contre l’interdiction l’emblème amazith

D 25 juin 2019     H 05:24     A Idir Nadir     C 0 messages


La police a réagi violemment contre les manifestants qui portaient l’emblème amazigh, en application des menaces formulées, la veille, par Ahmed Gaïd Salah, chef d’état-major de l’Armée nationale populaire (ANP). Plusieurs dizaines de personnes, rassemblées à Alger, ont été violemment interpellées et conduites dans des commissariats de la capitale.

Un dispositif policier a été déployé devant les sièges du RCD (Rassemblement pour la culture et la démocratie) et de Rassemblement Actions Jeunesse (RAJ), dont les adhérents étaient soupçonnés de vouloir déployer les drapeaux amazighs lors de la manifestation. Une alerte a été lancée le matin sur la page Facebook de l’association présidée par Abdelouahab Fersaoui : « Déploiement inhabituel des agents des services de sécurité en civil aux alentours du siège du RAJ. Suivi et tentative d’interpellation systématique des militants du RAJ. » Boutata Karim, militant de l’association, a été interpellé à l’entrée de l’immeuble du siège du RAJ et conduit vers une destination inconnue. Sa libération est annoncée en fin de journée. La veille, Oulmahdi Omar, étudiant, Wafi Tigrine, militant du RAJ, ont été arrêtés à la Grande-Poste et libérés « une heure après leur interpellation avec confiscation par la police du drapeau amazigh en leur possession », précise la même organisation.

Le vice-président de la LADDH ( ), Saïd Salhi, parle d’une « provocation de plus » de l’autorité de fait qui dirige le pays. « Une provocation de plus, au moment où le peuple algérien a merveilleusement retrouvé son unité nationale dans la cohabitation et la diversité, le système tente par ses pratiques de le diviser au risque d’attenter à sa cohésion et la stabilité du pays », lit-on dans le communiqué rendu public dans la matinée d’hier.

Tout en dénonçant la répression, l’interpellation des manifestants pacifiques et la fermeture de la capitale à la face des Algérien(ne)s, la LADDH (Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme) parle d’une « dangereuse dérive », et tient le système, à sa tête le pouvoir réel, pour seul responsable quant à toute « évolution fâcheuse de la situation ». « Elle (la ligue) appelle le peuple algérien à ne pas céder à la provocation et à rester vigilant, solidaire, pacifique et uni, l’union et la voie pacifique sont notre seule force. Ne cédons pas aux chants des sirènes qui tentent par ses manœuvres de dévier le peuple de son combat », met en avant Saïd Salhi.

Le discours de Ahmed Gaïd Salah sur le déploiement des emblèmes autres que celui national lors des marches a donné l’effet inverse. « Les Algériens, continuent de faire bloc contre le système », note Ramdane Youssef Tazibt, député PT (Parti des travailleurs) démissionnaire de l’APN (Assemblée populaire nationale). « Malgré le discours menaçant du pouvoir de fait, la répression et l’interpellation de manifestants et le sévère filtrage des barrages dressés par la police et la gendarmerie, des dizaines de milliers de citoyens ont marché à Alger avec le drapeau algérien qui symbolise l’indépendance nationale l’unité territoriale et l’emblème de l’amazighité qui renoue avec notre identité millénaire. Un peuple uni face au régime plus que jamais isolé », assène le responsable du PT, dont la secrétaire générale (Louisa Hanoune) est en prison.

Dans un message intitulé « Soldat perdu face au peuple », Saïd Sadi, ancien président du RCD, a parlé de la provocation contenue dans le discours de Gaïd Salah : « Ce 19 juin, jour anniversaire du coup d’Etat de juin 1965 [sous la direction de Boumedienne] ayant infligé au pays un militarisme qui a enterré la démocratie et aggravé un bellicisme négateur de paix et de développement dans la région, vous décrétez que l’emblème amazigh doit disparaître de la rue algérienne.

Ce symbole de l’unité nord-africaine flotte depuis des années en Libye, en Tunisie, au Maroc et dans le nord des pays sahéliens. Les manifestants de la révolution du 22 février se l’ont naturellement approprié comme la promesse devant honorer l’engagement des peuples en lutte contre le colonialisme par la finalisation de leur combat dans la construction d’une fédération d’Etats que rassemble une histoire multimillénaire.

Cette provocation, qui s’ajoute à d’autres menaces et abus, doit être dénoncée et condamnée avec la plus extrême fermeté par tous nos compatriotes. Après avoir échoué à diviser la révolution, on vise maintenant à justifier l’injustifiable, quitte à passer outre toutes les lois en vigueur, » Sadi n’omet pas de parler de l’« aveuglement » de la direction actuelle du pays. « Pourquoi un tel aveuglement alors qu’à l’intérieur et à l’extérieur du pays, les faits et les analyses démontrent que notre peuple, et c’est tout à son honneur, fait naître une révolution inédite par la convivialité de ses méthodes, généreuse par sa composante dominée par les jeunes et les femmes, derrière lesquels se fédèrent toutes les couches sociales, et audacieuse par des objectifs d’innovation démocratique émanant de la base populaire.

Certains observateurs n’hésitent pas à comparer ce miracle unique dans le Sud à la chute du mur de Berlin, Alger ayant longtemps servi de modèle à la gestion bureaucratique tiers-mondiste », assure-t-il. Et d’asséner à la fin de son message au chef d’état-major : « La voie constitutionnelle, dépassée par l’histoire et rejetée par la rue, dans laquelle vous vous êtes enferré, expose la nation aux plus graves périls. Elle est maintenant un piège qui s’est refermé sur vous. Personne ne comprend qu’à l’hiver de votre vie, vous préfériez le destin de soldat perdu de la République au statut de paisible retraité. »

S’agissant de la suspicion qui entoure le drapeau amazigh, le sociologue Lahouari Addi a eu, lui aussi, des mots bien sentis : « Ne pas tomber dans le piège. En France, les Savoyards ont leur emblème, aux Etats-Unis, les Texans ont leur emblème, en Allemagne, en Hollande, en Russie… L’emblème amazigh n’est pas un drapeau étranger à l’Algérie. C’est le symbole de sa profondeur historique. Quant au drapeau palestinien, il est brandi parce que les Algériens sont solidaires avec un peuple dominé par un système colonial abject. Je ne soutiens pas les Palestiniens parce qu’ils sont des Arabes ; je les soutiens parce que leur combat contre l’oppression est juste. Vendredi, le drapeau national doit être fièrement brandi avec les emblèmes amazigh et palestinien. La diversion ne marchera pas. »

Par Idir Nadir

Source : El Watan en date du 22 juin 2019

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