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IMPERIALISMES, OPPRESSIONS ET RESISTANCES EN AFRIQUE-S d’avant avant-hier à aujourd’hui

produit par le groupe de travail « Afriques » du NPA.

D 18 août 2010     H 23:00     A     C 0 messages


Du début de l’esclavagisme, initié dès le XVème siècle, aux politiques anti-immigré-e-s de l’Europe forteresse actuelle, en passant par le colonialisme, les faits marquants de l’Histoire des rapports entre les puissances occidentales et le continent africain restent le pillage, l’exploitation et le racisme. La France n’échappe pas à cette règle. Bien au contraire, son rôle a été et demeure l’un des plus néfastes pour les peuples d’Afrique. Un rapide rappel historique s’impose, pour pouvoir comprendre et changer cet état des choses.

AUX ORIGINES DU CAPITALISME

La compréhension de ce qui se passe en Afrique
nécessite de revenir au début du XVe siècle, au moment
où l’Europe va prendre son essor économique en
détruisant celui du continent africain. La traite négrière
transatlantique qui fera, selon certaines estimations, plus
de 17 millions de victimes(1), a été un facteur déterminant
dans l’accumulation du capital en Europe. Elle permit
l’exploitation des mines d’or sur le continent sudaméricain,
la mise en place d’immenses plantations de
canne à sucre et de champs de coton, et constituera aussi
un débouché à la production des marchandises d’Europe
en Afrique. Enfin elle fut absolument déterminante pour la
construction navale, le développement des compagnies
maritimes et d’assurance et pour l’expansion des ports
européens qui deviendront les moteurs du développement
économique du continent européen(2).
La traite brisa net l’évolution politique,
économique et sociale de l’Afrique.
Loin d’être un monde arriéré, « sans Histoire » et
vivant en vase clos, le continent africain était depuis des
siècles un lieu de développement politique, économique et
culturel extrêmement riche de diversités(3).
Mais la trajectoire singulière de ces sociétés
devait se trouver dramatiquement percutée par l’arrivée
des premiers bateaux venus d’Europe avec dans leurs
valises le projet esclavagiste. Du fait des véritables
saignées démographiques qui s’effectuent à un rythme
soutenu(4) ; du climat d’incertitude et d’insécurité qui a pesé
sur les populations razziées, obligées dès lors de s’adapter
à une vie précaire et mobile, peu propice à une activité
agricole stable ou à l’innovation technologique, et qui
devront s’installer sur de nouvelles terres inhospitalières.
Mais surtout, à cause de l’apparition de structures
économiques concentrées sur le commerce d’esclaves.
Cette économie de traite a progressivement éliminé les
autres activités économiques et deviendra hégémonique.
C’est le début d’un processus, qui demeure, où l’économie
africaine est modelée dans le seul but de répondre aux
besoins des firmes de l’Occident. Ce type de relations
interdira tout développement économique autonome
ultérieur.
La traite européenne a eu aussi une autre
conséquence qui perdure de nos jours : l’apparition du
racisme moderne. Elle se différencie, par sa nature et son
intensité, des prises de captifs qui se pratiquaient entre
peuples africains. Dans ces cas, les captifs jouaient un rôle
économique et social particulier. Ils finissaient
généralement par être intégrés, à plus ou moins long
terme, à la société dans laquelle désormais ils vivaient. Le
statut d’esclave n’était donc pas un statut social figé, à la
différence du nouveau système européen, où on naît
esclave, de génération en génération. De plus la
marchandisation nie le caractère humain de l’esclave,
l’associant à un « bien meuble »(5). Ce processus de
déshumanisation de l’esclave noir a donné naissance au
racisme, qui deviendra un élément central de la politique
colonialiste des principaux pays européens.
La mise en esclavage des populations africaines
ne se fit pourtant pas sans heurts. Il fallut un certain temps
et d’énormes quantités de canons et d’eau de vie pour
soumettre les nombreux empires, royaumes, cités-Etats qui
résistèrent à la traite, pour certains jusqu’au début du 17e
siècle. Et dans les colonies américaines, les révoltes
d’esclaves seront courantes, et parfois même victorieuses,
comme à Saint-Domingue (Haïti) en 1791 où est
proclamée la première République noire de l’Histoire(6)

LE DEVELOPPEMENT DU COLONIALISME

Au fil du temps, en Grande-Bretagne, suivie
rapidement par les autres principales puissances
européennes, le capital marchand se transforme en capital
industriel. C’est bientôt l’époque de la révolution
industrielle, financée par l’or des colonies et le sang des
esclaves. Les industries du textile et de la sidérurgie sont
en plein essor, et elles ont besoin de matières premières
telles que le coton ou l’huile de palme (pour la
lubrification des machines à vapeur). La politique
esclavagiste est progressivement abandonnée car elle ne
correspond plus aux nécessités économiques de l’heure.
Le capital, désormais engoncé dans ses frontières
nationales, cherche de nouveaux marchés et de nouvelles
sources de ravitaillement. L’impérialisme se développe.
Les premiers arrivés sont les premiers servis : la Grande-
Bretagne, la France et, de manière moindre, le Portugal
s’engagent dans une course effrénée à la conquête de
nouveaux territoires, qui se conclut en 1885 par le traité de
Berlin qui entérine le partage du continent africain.
Issu de l’idéologie esclavagiste, le racisme prend
de nouvelles formes. Désormais, le colonialisme se pare
d’humanitarisme sous la forme du devoir des civilisations
« supérieures » vis-à-vis des « races inférieures ». Sous les
oripeaux de « progressisme » des Lumières, ce n’est que
mépris, haine et détestation pour les peuples et les cultures
autochtones(7). Les armées européennes vont coloniser la
quasi-totalité de la planète et de l’Afrique. Face aux
résistances que la conquête suscite, les régiments
coloniaux n’hésiteront pas à massacrer des populations
entières pour imposer le nouvel ordre colonial(8). Soldats,
missionnaires et administrateurs sont le tiercé gagnant du
colonialisme. Les Européens, France en tête, vont imposer
de nouvelles règles économiques avec le travail forcé et
l’adoption d’une économie exclusivement orientée vers
l’exportation des matières premières qui intéressent
l’Europe (café, cacao, coton, huile de palme, caoutchouc,
minerais et métaux précieux).
Les administrateurs vont ainsi détruire les cultures
vivrières, provoquant d’immenses famines sur le
continent(9). Ils empêcheront également tout trafic
commercial inter et intra-africain ; chaque région se
trouvant ainsi isolée ne pourra commercer qu’avec la
métropole par le biais de sociétés monopolistiques
détenues par les colons. A terme, ce système bloquera
l’émergence de marchés régionaux, condition
indispensable à un développement économique autonome.
Les colonialistes vont aussi systématiquement faire
obstacle à tout développement industriel un tant soit peu
conséquent, ce qui sera un frein à la diffusion de
connaissances, de techniques et de qualifications
industrielles.
Le colonialisme va donc instaurer une division
internationale du travail où l’Afrique se trouve
structurellement dépendante. Cette situation reste
d’actualité de nos jours. Dans la même veine, il mettra en
place des systèmes de pouvoir et de gouvernement
caractérisés par l’autoritarisme, la violence et le néopatrimonialisme.
Ce dont hériteront les régimes ultérieurs,
avec les conséquences que l’on sait…

DES LUTTES ANTICOLONIALES AUX
INDEPENDANCES

La Première Guerre mondiale représentera un
véritable tournant, en montrant à une échelle de masse ce
que peut être le capitalisme et ses effroyables boucheries.
Dans le même temps, la Révolution russe de 1917, qui va
ébranler toute la vieille Europe, soulève, quant à elle,
l’espoir d’un autre monde possible. L’Afrique sera mise à
contribution pour l’effort de guerre à travers
l’accentuation du travail forcé et la création de bataillons
de tirailleurs, des soldats des colonies africaines qui iront
combattre dans les tranchées. Ils vont vivre ainsi à coté de
soldats européens et partager leur vie et leur sort : les
débâcles, la peur et la prison. Cette situation va contribuer
à démystifier la soi-disant « supériorité » de la civilisation
occidentale et de l’homme blanc.
Une nouvelle césure va également apparaître dans
le mouvement ouvrier autour de l’internationalisme. La
jeune Révolution russe va insuffler, avec la création de
nouveaux partis communistes, la nécessité impérieuse de
lutter contre son propre impérialisme. Cette ligne politique
va alimenter les combats anticolonialistes et la solidarité
avec les peuples africains. En parallèle, des sentiments
nationalistes apparaitront en Afrique et donneront
naissance à des luttes sous des formes diverses :
artistiques, religieuses, coutumières ou syndicales,
violentes ou pacifiques, contre le travail forcé, pour
l’égalité des droits, voire dans certains cas, pour
l’indépendance…(10) Ces luttes seront écrasées par une
répression féroce tant par la Grande-Bretagne au Kenya ou
au Nigéria que par la Belgique au Congo ou la France en
Afrique de l’ouest et du centre.
Quand, en 1939, l’Europe est de nouveau
embrasée par la guerre, le capitalisme engendre les pires
barbaries. La guerre contre l’Allemagne et l’Italie fascistes
se fera sous le drapeau de la liberté, de l’indépendance
nationale, du respect
des droits humains,
bref toutes ces valeurs
qui, par ailleurs, sont
foulées au pied dans
les colonies. Une fois
la victoire acquise, les
vainqueurs refuseront
d’écouter dans leurs
colonies les
revendications pour
lesquelles ils se sont
eux-mêmes battus et
surtout pour lesquelles
ils ont mobilisé des
centaines de milliers
d’Africains(11).
Malgré tout, après la Seconde Guerre mondiale,
des mobilisations d’ampleur vont se dérouler contre la
colonisation. La Révolution chinoise sera une étape
décisive et deviendra un exemple pour les autres peuples
des pays dominés. Une dynamique s’est enclenchée ; le
processus de décolonisation est désormais inéluctable. Les
bourgeoisies en prennent progressivement conscience.
L’enjeu est alors d’accompagner ce processus et de le
rendre compatible avec le capitalisme international. D’un
côté, elles manieront la répression contre l’aile radicale et
combative, comme au Cameroun contre l’UPC, à
Madagascar contre le MRDM (une centaine de milliers de
morts), et en Côte d’Ivoire contre les secteurs
indépendantistes du PDCI où la terreur à grande échelle
fut pratiquée (incendie de villages, assassinats de militants
comme le sénateur Victor Biaka Boda). D’autre part, elles
favoriseront les organisations et les dirigeants qui vont
accepter le projet néocolonialiste. Leurs fonctions seront
de tout changer…pour ne rien changer.
La France va exceller dans ce domaine et si elle
concède formellement, bon gré mal gré, les Indépendances
aux pays africains dans les années 1960, elle maintiendra
l’essentiel de sa domination tant économique, militaire que
culturelle.

AUJOURD’HUI LE NEO-COLONIALISME

Les nouveaux Etats africains vont être étroitement
surveillés par l’impérialisme français. Les dirigeants de
ces Etats seront souvent d’ex-politiciens, militaires, voire
agents secrets (comme au Gabon) de l’époque coloniale.
Ceux qui contesteront, peu ou prou, l’ordre néocolonial,
seront assassinés comme Ruben Um Nyobé au Cameroun
en 1958, Patrice Lumumba au Congo en 1961, Sylvanus
Olympio au Togo en 1963, Thomas Sankara au Burkina-
Faso en 1987. La France va, de fait, par le biais de la
monnaie (le Franc CFA), de ses bases militaires, de la
Francophonie, influencer, voire même dans certains cas
comme en Centrafrique, diriger les pays africains au profit
de sa politique étrangère et de ses grandes
firmes (Elf/Total, Areva, Bolloré, Air France etc.).
Elle n’hésitera pas à intervenir militairement, une
soixantaine de fois, soit pour sauver les dictatures, soit
pour renverser les gouvernements trop indépendants aux
yeux de l’Elysée. Les gouvernements français, qu’ils
soient de droite ou de gauche, ont mené la même politique
en utilisant les mêmes réseaux, bénéficiant d’argent
occulte(12). En installant des dictatures de la pire espèce au
pouvoir et en les protégeant, en encourageant et
participant à la corruption, elle a permis qu’un racisme se
développe de manière perfide quant à la soi-disant
incapacité des Africains à gérer leurs propres affaires.
N’ayant « jamais enlevé ses habits de colons », elle
continue de refuser de faire face à son passé colonial et à
son présent néo et postcolonial, qui pourtant la ronge
aujourd’hui de toutes parts(13).
En imposant un modèle économique d’exportation
au détriment d’un développement agricole et industriel qui
permette l’autosuffisance alimentaire et énergétique, en
encourageant l’endettement des pays pour des projets
aussi coûteux qu’inutiles ou pour des dépenses
d’armement, en faisant aujourd’hui pression pour que ces
mêmes pays signent des Accords de partenariat
économiques (APE) qui enlèvent toute protection
réglementaire et douanière aux marchés africains,
entraînant faillite des paysans et des petites industries
locales, la France porte une lourde responsabilité dans les
difficultés sociales et économiques de l’Afrique.

S’INSPIRER DU MEILLEUR DES LUTTES…

Le Nouveau parti anticapitaliste (NPA) se veut un
outil de lutte contre le capitalisme et l’impérialisme, tant
en France que dans ses anciennes (et actuelles) colonies, et
de construction d’un nouvel internationalisme. Dans cette
optique, il se bat principalement autour de deux axes :
contre la politique néo-colonialiste de la France et son
soutien aux dictatures africaines ; et en solidarité avec les
luttes émancipatrices des peuples.

Le NPA porte ainsi résolument, vis-à-vis de la France,
un certain nombre de revendications.

 Contre les interventions militaires françaises en
Afrique, quel que soient les prétextes invoqués.

 Pour le démantèlement de toutes les bases et
structures militaires (conseillers, aide technique, etc.).

 Contre le pillage des multinationales françaises en
Afrique (Total, Areva, Bouygues, Bolloré, France
Telecom, EDF, etc.)

 Pour une lutte contre les paradis fiscaux et l’aide aux
détournements de fonds.

 Contre les accords de Cotonou et les Accords de
partenariat économiques (APE).

 Pour l’abolition de la dette et le versement de
réparations pour les préjudices subis.

 Contre les politiques anti-immigré-e-s.

 Pour la liberté de circulation, d’installation, le droit
de vote et d’éligibilité des migrants étrangers.

 Contre le révisionnisme en matière d’histoire
coloniale.

 Pour une enquête internationale sur les
responsabilités françaises dans le génocide au
Rwanda.

Le NPA soutient également activement les luttes des
peuples d’Afrique.

 Pour le respect du droit fondamental des peuples « à
disposer d’eux-mêmes ».

 Pour le respect de leurs droits et libertés
démocratiques.

 Pour le contrôle des populations sur les politiques
publiques (affectation des aides financières,
attribution des contrats d’exploitation des matières
premières, etc.)

 Pour une justice internationale forte et indépendante
qui fasse rendre des comptes aux dirigeants
corrompus et autoritaires, ainsi qu’à
leurs complices.

 Pour un développement qui réponde
aux besoins économiques, sociaux et
culturels des populations.

 Pour une réelle coopération, et le
partage des savoirs et des
connaissances scientifiques et
technologiques.

 Pour la solidarité avec les luttes pour
la défense des écosystèmes.

Mai 2009


1 Sans compter les millions de celleux, mort-e-s lors des révoltes avant
l’embarquement qui ont représenté jusqu’à 20 % des « sinistres »
enregistrés par la compagnie d’assurance Loyd’s, ou engloutis pendant
la traversée dans le « ventre de l’Atlantique ».

2 Cf. Eric Williams, Capitalisme et Esclavage, 1968.

3 Cf. Walter Rodney, Et l’Europe sous développa l’Afrique. Analyse
historique et politique du sous développement, 1986.

4 En 1 siècle, entre 1500 et 1600, on estime que la population du
continent est passée de 80 à 15 millions d’habitant-e-s.

5 Cf. le Code noir édicté en 1685

6 Cf. CLR James, Les Jacobins Noirs, 1983. Voir également l’édito
d’Afriques en lutte, bulletin du groupe de travail « Afriques » de la LCR,
n°13, avril-mai 2008.

7 Cf. Frantz Fanon, Peau noire, masques blancs, 1952.

8 Cf. Sven Lindqvist, Exterminez toutes ces brutes, 1999 ; Yves Benot,
Massacres coloniaux, 2001.

9 Cf. Mike Davis, Génocides tropicaux, Paris, La Découverte, 2003.

10 Cf. Ousmane Sembène, Les bouts de bois de Dieu, 1960 ; ou Aimé
Césaire, Cahier d’un retour au pays natal, 1939.

11 Au camp de Thiaroye (Sénégal) le 1er décembre 1944, à Sétif et
Guelma (Algérie) le 8 mai 1945, à Madagascar, en 1947, c’est à coups
de fusil que des centaines et des milliers de personnes manifestant pour
le respect de leurs droits seront accueillies et massacrées.

12 Cf. F.X. Verschave, La Françafrique, 1998.

13 Cf. P. Blanchard et alii, La fracture coloniale, 2005 ;
« Postcolonialisme et immigration », revue Contretemps, n°16, janvier
2006.