Le Plan national d’action pour l’eau de l’Afrique du Sud privilégie la solvabilité à la justice.
28 août 2026 05:00 0 messages
Fin juillet, le président Cyril Ramaphosa a présenté le Plan d’action national pour l’eau , élaboré par le Comité national de gestion de la crise de l’eau (WATERCOM) afin de remédier aux graves problèmes d’approvisionnement en eau du pays. Il commence par un aveu d’une franchise inhabituelle : « Le véritable défi ne réside pas dans la disponibilité de l’eau, mais dans son acheminement jusqu’aux robinets des citoyens. » Il s’agit d’une rupture cruciale avec l’idée reçue, mais commode, selon laquelle les problèmes d’eau en Afrique du Sud seraient principalement dus à la sécheresse ou au changement climatique. L’Afrique du Sud est confrontée à une pénurie d’eau artificielle, non pas due à la nature, mais aux choix, aux politiques et à la négligence délibérées de l’homme. La preuve la plus flagrante en est la reconnaissance, dans le Plan lui-même, que les municipalités perdent en moyenne 47 % de l’eau qui alimente leurs réseaux.
Ce cadrage est significatif car le Plan considère la crise de l’eau en Afrique du Sud comme un problème fondamentalement de viabilité financière. Or, l’eau n’est pas simplement un actif économique à comptabiliser dans les comptes municipaux ; c’est un droit constitutionnel. Le Plan devrait répondre non seulement à la question de savoir si les municipalités deviennent solvables, mais aussi si la réforme qu’il propose instaure un système d’eau plus juste. Comme le démontre cet article, ces deux objectifs divergent bien plus souvent que le Plan ne le reconnaît.
L’État traite cette ressource rare à grands frais pour les contribuables, puis en perd près de la moitié avant qu’elle n’atteigne un ménage ou ne génère des revenus.
Johannesburg illustre les conséquences de cette situation. Les ruptures de canalisations d’eau ont augmenté de 30 % au cours de la dernière décennie, les débordements d’égouts de 35 %, et la ville perd 46,1 % de son eau sous forme d’eau non facturée. Il ne s’agit pas d’une ville à court d’eau, mais d’une ville qui perd le contrôle de son système d’approvisionnement. Le budget d’investissement annuel proposé de 5 milliards de rands pour Joburg Water, la réhabilitation des réservoirs et l’accélération du remplacement des canalisations est donc bienvenu, même si l’un des objectifs, le remplacement de 85 km de canalisations d’ici juin 2026, était déjà pratiquement exigible au moment où le plan a été rendu public. Des objectifs d’emblée impossibles à atteindre érodent la confiance du public dès le départ.
Le plan mérite d’être salué pour s’attaquer à de véritables problèmes structurels : l’affectation des recettes de l’eau à des services d’entretien plutôt qu’à des fonds municipaux, la séparation de l’obligation de garantir l’approvisionnement en eau et des organismes chargés de sa distribution, et le rétablissement des contributions « Bleue », « Verte » et « Zéro Goutte ». Ce sont des réformes nécessaires. Cependant, l’annonce ne suffit pas : les recettes propres de Johannesburg Water continuent d’être versées dans les comptes centraux de la ville, l’empêchant ainsi de payer les prestataires ou d’assurer le fonctionnement de ses ateliers de réparation – précisément le problème que l’affectation des recettes était censée résoudre. Un diagnostic pertinent ne garantit pas une solution équitable.
Le véritable projet de réforme
Au-delà du discours alarmiste, le Plan révèle un projet de restructuration visant à répartir la production d’eau, la gestion des recettes et la prise en charge des risques financiers. Il encourage le recours à des fournisseurs alternatifs agréés, à des concessionnaires privés, à des partenariats public-privé et à des financements mixtes. Il présente l’eau comme « un investissement sûr et rentable » et prévoit que les recettes municipales serviront à rembourser les prêts au secteur privé. Voilà qui devrait nous interpeller. Le financement privé n’est pas gratuit ; les investisseurs exigent un retour sur investissement, garanti en fin de compte par des tarifs, des garanties ou des recettes publiques. Séparer l’autorité de la fourniture peut certes améliorer les performances, mais cela ne signifie pas pour autant que la fourniture privée soit intrinsèquement plus efficace ou plus responsable. L’Afrique du Sud a une longue expérience de l’externalisation, qui enrichit les entreprises tout en affaiblissant les institutions publiques et en les rendant moins aptes à remplir leurs obligations constitutionnelles. La financiarisation ne remédie pas aux défaillances de gouvernance ; elle redistribue les risques financiers sans altérer la fragilité institutionnelle à l’origine de la crise.
L’Angleterre offre un exemple frappant de ce que signifie concrètement cette réaffectation des ressources. Privatisée depuis 1989, elle est le seul pays au monde à disposer d’un système d’eau et d’assainissement entièrement privatisé. Ses compagnies des eaux ont versé environ 78 milliards de livres sterling de dividendes à leurs actionnaires, tout en accumulant une dette d’environ 60 milliards de livres sterling. Une grande partie de cette somme a servi à maintenir ces versements plutôt qu’à financer les infrastructures. Il en résulte des rejets d’eaux usées records dans les rivières et les mers, et Thames Water, qui dessert 16 millions d’abonnés, risque désormais d’être renationalisée, croulant sous une dette qu’elle ne peut plus rembourser.
Notre propre histoire de la privatisation de l’eau et des luttes contre cette privatisation le confirme. En 2001, Suez Lyonnaise remporta ce qui était alors le plus important contrat de services d’eau d’Afrique, couvrant plus de 600 000 foyers à Johannesburg. Une mobilisation communautaire soutenue, à travers le Forum anti-privatisation puis la Coalition contre la privatisation de l’eau, a contribué à obtenir le non-renouvellement de ce contrat. Les compteurs prépayés et les « dispositifs de gestion de l’eau » qui suivirent coupèrent l’approvisionnement une fois l’allocation de base gratuite d’un foyer épuisée. Ce système reflétait la même logique sous-jacente que celle des dividendes en Angleterre : un problème de financement résolu en prélevant davantage sur les plus démunis. Le Cap n’a retiré ces dispositifs qu’en 2021, après 14 ans de résistance organisée. La tarification au coût réel a fait grimper la facture d’eau moyenne des ménages de près de 300 % entre 1996 et 2020, et jusqu’à 500 % dans les zones rurales les plus pauvres.
L’expérience de la financiarisation de l’eau a déjà été tentée ici. Elle a engendré des dettes, des coupures d’eau et deux décennies de lutte pour enrayer les conséquences.
C’est pourquoi considérer la corruption dans le secteur de l’eau comme relevant principalement de la Structure conjointe opérationnelle et de renseignement nationale minimise le problème. Les mafias des camions-citernes et le vol d’infrastructures sont bien réels, mais la corruption se manifeste également par des appels d’offres manipulés, des contrats d’urgence surfacturés et des fournisseurs proches du pouvoir. Ces mécanismes prospèrent précisément parce que la défaillance des institutions est devenue lucrative. Le rapport 2023/24 du vérificateur général sur le secteur de l’eau , présenté à la Commission parlementaire de l’eau et de l’assainissement, a révélé que les municipalités ont dépensé 2,32 milliards de rands pour le transport d’eau par camion-citerne, utilisé comme substitut à des infrastructures fiables plutôt que comme mesure d’urgence ; sur ce montant, 419 millions de rands ont été classés comme dépenses irrégulières. Une répression qui cible les réseaux criminels tout en laissant intactes les relations d’approvisionnement entre fonctionnaires, politiciens et entrepreneurs ne fera qu’enrayer le symptôme tout en protégeant le système qui le produit.
Le langage manquant de la justice de l’eau
Le Plan s’attarde bien plus sur les « projets finançables » que sur l’accessibilité financière ou les droits constitutionnels des ménages pauvres. L’apartheid a engendré de profondes inégalités dans l’accès à l’eau : les anciens quartiers blancs ont hérité de réseaux établis, tandis que les townships et les bidonvilles sont restés à l’écart, voire isolés. Cet héritage demeure ancré dans le système physique, et un programme de réforme qui traiterait chaque ménage comme s’il était entré dans la crise sur un pied d’égalité ne fera que le reproduire au lieu de le démanteler.
Les interventions à Johannesburg illustrent parfaitement le danger. Outre la réparation des canalisations et des réservoirs, le plan prévoit des tarifs financièrement viables, un meilleur recouvrement des recettes, des déconnexions et la suppression des branchements illégaux dans neuf quartiers informels. Le recouvrement des recettes est essentiel : le non-paiement par ceux qui en ont les moyens fragilise tout le système. Mais l’application de la loi est indissociable de la pauvreté, du chômage et de la fiabilité défaillante du service. Une ville qui perd près de la moitié de son eau ne peut pas faire peser l’essentiel du fardeau du rétablissement sur les ménages qu’elle n’a pas correctement raccordés au départ. Les branchements informels sont souvent un symptôme d’exclusion avant d’être la cause d’une défaillance du système.
La voie publique
Rien de tout cela n’est fortuit. Le Plan définit la réussite par des projets bancables, des recettes affectées et une réduction de la dette municipale, tout en laissant de côté les questions d’accessibilité financière et de politique de déconnexion. Il ne s’agit pas d’un manque de considération pour la justice en matière d’eau ; le Plan définit simplement la réussite selon des critères qui ne l’exigent pas.
La solution ne réside pas non plus dans une privatisation plus responsable. L’Angleterre illustre la rapidité avec laquelle les critères d’intérêt public et les obligations de performance sont instrumentalisés, voire discrètement abandonnés, dès lors que le profit devient le principe directeur d’un service essentiel. L’expérience sud-africaine en matière de marchés publics spéculatifs suggère la même dynamique, et non une exception. L’alternative n’est pas une externalisation mieux encadrée, mais une solution publique : des institutions de distribution d’eau publiques, dotées de capitaux suffisants et gérées de manière transparente, avec des compétences techniques renforcées au sein même de l’État plutôt que déléguées à des entreprises qui réalisent des profits indépendamment de l’amélioration des services. L’accès gratuit à l’eau potable doit être défendu et les garanties contre les coupures renforcées, et non considéré comme une simple aspiration à revoir une fois le financement assuré.
Les canalisations fuient, et la responsabilité aussi. L’Afrique du Sud n’a pas besoin d’un secteur de l’eau plus rentable. Elle a besoin d’un secteur public, capable de garantir l’accès à l’eau comme un droit et non comme une contrepartie. Autrement, la mise à l’écart des recettes et l’apport de capitaux privés ne feront qu’engendrer un apartheid de l’eau plus efficace.
Anthony Kaziboni est chercheur principal au Centre pour le développement social en Afrique (CSDA) de l’Université de Johannesburg. Il s’exprime à titre personnel. Les opinions exprimées lui sont propres et ne représentent ni le CSDA ni l’Université de Johannesburg.
Source : https://www.amandla.org.za
Traduction automatique de l’anglais
Dans la même rubrique
31 août – Pas de raccourcis
31 août – La gauche n’a pas besoin de prêtres de la pureté
31 août – Afrique du sud : Il ne reste plus rien
31 août – (re)construction d’une force de gauche radicale en Afrique du Sud
11 août – Comprendre les violences xénophobes en Afrique du Sud
Afriques en Lutte