jeudi, 21 septembre 2017
 

Le manifeste des femmes malgaches contre toutes les formes de violence et d’abus

Nous, femmes malgaches, sans distinction de provenance, d’âge, de profession, de religion ni d’appartenance politique, ne pouvons supporter plus longtemps les violences que nous subissons au quotidien, sous toutes leurs formes : physiques, morales, financières, verbales, psychologiques, etc.

Les faits sont accablants :

− 26% des femmes subissent des violences physiques, 24% des violences psychologiques et affectives ; 39 % sont abandonnées par leurs conjoints et 11% sont victimes des violences sexuelles (Fnuap, 2013) ;

− Il est socialement admis que les hommes frappent les femmes. Pire encore, à cause des stéréotypes et du poids de la tradition, 60% des femmes pensent que les hommes ont le droit de frapper leurs conjointes (Instat, 2008-2009) ;

− Les cas de viols et d’incestes se multiplient, et restent souvent impunis ;

− Les grossesses précoces entraînent des complications pré et post-natales, une haute mortalité maternelle et infantile, et laissent des séquelles traumatisantes comme les fistules obstétricales (48% des filles âgées de 20 à 24 ans ont été mariées ou en union avant l’âge de 18 ans, selon étude Eds 2009 citée par Fnuap Madagascar) ;

− Seul un tiers des femmes peuvent décider de l’utilisation de l’argent qu’elles gagnent, et près de 50% des femmes pensent gagner moins que leur conjoint (Instat, 2008-2009) ;

− Le harcèlement sexuel est partout : dans la rue, dans les transports en commun, à l’université, dans les bureaux et sociétés, dans les institutions, à l’église ;

− La prostitution infantile et juvénile est encouragée par la prolifération des salons de « massage » et la persistance de la demande masculine, et la migration économique des femmes – aux conséquences souvent désastreuses – n’est pas maîtrisée ;

− Il n’y aucune femme Chef de région et seuls 32 députés sur les 151 élus sont de sexe féminin ;

− Peu de femmes accèdent à des postes à responsabilité, que ce soit dans le domaine politique ou autre ;

− Les femmes en situation de handicap et celles souffrant de déficience mentale sont plus que les autres sujettes à des traitements dégradants et à des abus sexuels.

Nous, signataires, avons toutes été victimes de violences et d’abus, dans une ou plusieurs de leurs formes, au moins une fois dans notre vie, et voulons que cela cesse !

Nous manifestons ici notre ras-le-bol face à l’inertie de la société sur le sujet et aux fréquents arrangements qui font la part belle à l’impunité.

Nous exigeons un changement radical de mentalité de la part de tous les hommes Malgaches, et nous exigeons que l’État prenne ses responsabilités pour éduquer la population, protéger les femmes et prendre les mesures nécessaires pour punir les coupables de violations de nos droits.

Nous exigeons l’application stricte des conventions internationales relatives à la condition féminine et à l’élimination de toutes les formes de discrimination auxquelles Madagascar est partie, et exigeons un durcissement des lois nationales et des peines correspondant aux infractions, crimes et délits y relatifs.

Nous, femmes malgaches, ne sommes ni des objets sexuels, ni des esclaves, ni des êtres inférieurs qui méritent les quolibets, la condescendance et les coups. Nous sommes nous aussi des êtres humains dotés d’intelligence et de sensibilité qui avons des besoins, des ambitions et des rêves et exigeons par conséquent d’être traitées comme tels.

Nous demandons du respect, de la politesse, de la propreté (hygiène physique et morale), de l’écoute, de la compréhension, du soutien, de l’empathie, plus d’indépendance, plus de confiance en nos compétences et plus de considération envers nos ambitions, l’égalité de traitement au niveau professionnel, une prise de responsabilité plus équitable au niveau familial et social. Bref, un traitement humain.

Si nous, Femmes malgaches, piliers de l’économie et de la société, arrêtions ne serait-ce qu’un seul jour d’assumer nos responsabilités, ce sera le chaos.

Pour éviter ce désastre, vous, Hommes, pères, maris, frères, employeurs, collègues, pasteurs, députés, fonctionnaires, policiers, gendarmes, chauffeurs, receveurs, commerçants, professeurs, cultivateurs, enseignants, médecins, militaires, Président de la république, chefs d’institution, ministres, tireurs de pousse-pousse, journalistes, etc., Citoyens, devez réagir maintenant.

Changez vos comportemetns ! Arrêtez de fouler nos droits aux pieds ! Nous méritons mieux !

L’objectif est de bâtir ensemble un nouveau pacte social, sans violence, avec plus de respect mutuel et d’égalité des droits. Femmes, adhérez à l’initiative, Signez la pétition !

Hommes, engagez-vous, Signez la pétition !

Merci de soutenir et de partager cette initiative citoyenne entreprise dans le cadre des 16 jours d’activisme contre les violences basées sur le genre.

Ketakandriana Rafitoson est politologue et membre de l’association Liberty 32

SOURCE / http://pambazuka.org

 
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