lundi, 18 décembre 2017
 

Madagascar : Permis environnemental dénoncé par les communautés et solidarité internationale

Le vendredi 19 juin 2015, à l’occasion du passage en France des responsables de l’association MA.ZO.TO. (Miaro ny Aina sy ZOn’olombelona ary TOntolo iainana – Défense de la Vie, des Droits Humains et de l’Environnement) - Théo Rakotovao et Zo Randriamaro - le Collectif TANY a organisé une conférence-débat à la Librairie Résistances à Paris 17ème intitulée « La lutte du peuple Mikea face au Projet minier Toliara Sands ».

La présentation de Théo Rakotovao et les échanges qui ont suivi ont permis de mieux connaître les populations du Sud-Ouest de Madagascar, qui vont être affectées par les projets d’extraction d’ilménite de compagnies minières dans la zone. La première société qui débutera ses opérations d’exploitation minière pour deux fois 20 ans, et cela dans l’aire protégée de Ranobe référencée sous le numéro PK 32, se nomme TOLIARA SANDS, une société de droit malgache filiale de la compagnie australienne World Titanium Resources Ltd (WTR).

Les communautés locales qui vivent dans la zone située au Nord de Tuléar, sont constituées essentiellement d’éleveurs Masikoro, de pêcheurs Vezo et des Mikea, un peuple de chasseurs qui habite dans la forêt et vit de chasse et de cueillette.

Valorisation de la culture et engagement

Théo Rakotovao, guitariste et artiste originaire de la région, s’était engagé dès le départ pour son peuple, pour sa communauté, et avait décidé de donner à son groupe le nom de « Mikea », afin de valoriser la culture, le dialecte et la musique du Sud de Madagascar, que même les Malgaches ne connaissaient pas bien. A travers le beko, un genre comparable au blues et au soul, Théo Rakotovao a chanté la vie quotidienne des gens du Sud, les gardiens de zébus, l’insécurité, l’amour. Le dialecte et la musique ont attiré la sympathie des jeunes à Antananarivo dans un premier temps et l’ont amené ensuite à être lauréat de concours internationaux de la musique, à participer à des concerts et festivals dans l’Océan Indien, en Afrique, en Europe et au Canada depuis 2007.

Cela signifie que même si au départ, certains ont pensé que cette musique et cette culture étaient celles de sauvages qui vivent dans la forêt, qui ne connaissent pas grand-chose, quand on les fait connaître à leur juste valeur et qu’on travaille beaucoup, cela permet de donner des prix à Madagascar.

Aussi, dit Théo Rakotovao, quand j’ai appris l’arrivée d’exploitations minières, alors que les gens là-bas vivent de la forêt, de la nature, des ressources naturelles, de leur environnement, et que j’ai vu que les responsables de la Région ne disaient rien, les ONG de protection de la nature ne disaient rien, j’ai pris le micro et je me suis engagé dans la protection de l’environnement.

J’ai fondé l’association MA.ZO.TO. avec d’autres et pris la parole, alors que je n’avais l’habitude que de chanter la beauté de cette région auparavant. On a fait des interviews, on a expliqué aux habitants les menaces de disparition des moyens d’existence de ces communautés, de leur environnement et de toute la culture face aux impacts de l’exploitation minière sur les Malgaches, sur les Mikea et sur les futures générations.

Protège-t-on vraiment l’environnement à Madagascar ?

Si les organisations malgaches de protection de l’environnement n’ont rien dit, l’ONG WWF - World Wide Fund for Nature - qui était en charge de l’aire protégée PK 32 s’est retirée pour laisser le champ libre à TOLIARA SANDS. Un des membres de cette ONG était présent le jour de l’audition publique par l’Office National pour l’Environnement (ONE) à Tuléar dans le cadre de la consultation publique concernant le permis environnemental de TOLIARA SANDS en octobre 2014. Son silence lui a valu une interpellation orale : « Depuis notre enfance, c’est vous qui nous avez appris ici qu’il fallait protéger la nature, comment se fait-il qu’aujourd’hui vous ne dîtes absolument rien ».

Un memorandum, relatant les diverses conséquences négatives de l’exploitation minière et les doléances des populations (1) qui ont refusé la délivrance du permis environnemental à la société TOLIARA SANDS, a été adressé par l’association MA.ZO.TO. à l’ONE, mais cela n’a pas empêché la délivrance du permis environnemental annoncée par le Directeur Général de l’ONE le 11 juin, pendant que les responsables de MA.ZO.TO. se trouvaient à l’extérieur de Madagascar.

Les participants au débat ont ensuite abordé le thème de la déforestation de la forêt Mikea et constaté qu’il y avait deux poids deux mesures en matière de déforestation à Madagascar. D’un côté les populations locales pratiquent la déforestation à cause de la culture sur brulis ou vendent du charbon, on dit que c’est très mal, alors qu’elles ne le font pas par désir de détruire l’environnement mais pour leur survie. Mais quand ce sont les sociétés minières qui abattent les arbres sur des centaines et des centaines d’hectares, pour les besoins de leurs opérations extractives, même si cela va remettre en question la survie de milliers de personnes, on accepte. Il y a un grand problème du point de vue de la justice.

La route d’évacuation de l’ilménite pour son exportation passera en particulier par la forêt Mikea et provoquera un défrichement de la forêt ainsi que des impacts négatifs qui rappellent le cas du port d’Ehoala dans l’exploitation de l’ilménite par la société QMM/Rio Tinto à Fort-Dauphin dans le Sud-Est de Madagascar : la zone d’Ehoala ne faisait pas partie des sites d’extraction mais la construction du port, des routes et infrastructures liées à l’exploitation minière a entraîné des expropriations et expulsions de nombreuses familles par l’Etat, ainsi que la perte par les familles qui y vivaient de l’accès aux terres et aux ressources naturelles, soi-disant pour cause d’utilité publique.

Appel à une solidarité internationale

La délivrance de ce permis environnemental et social n’entraînera pas le silence de l’association MA.ZO.TO., les communautés locales auront encore plus besoin du soutien de toutes les personnes soucieuses de justice environnementale, sociale et économique dans le monde.

Le silence et la peur que manifeste la majorité des responsables malgaches face aux compagnies minières et aux multinationales ainsi que les questions liées à l’incapacité ou au manque de volonté de l’Etat de négocier dans le sens des intérêts nationaux ont fait également l’objet d’échanges au cours des débats. Madagascar est devenu l’un des pays les plus pauvres au monde, alors qu’elle dispose de richesses partout. Les responsables disent que l’implantation de la société minière apportera le développement, pourtant des sociétés minières y travaillent déjà et seuls quelques-uns en profitent.

Des témoignages et exemples d’actions menées dans d’autres pays pour faire pencher les décisions dans le sens des intérêts des communautés locales et du respect des droits humains face à des sociétés minières et multinationales ont été présentés par les participants à la conférence-débat. Les responsables de l’association MA.ZO.TO. ont précisé que si au début, les représentants des fokontany des 4 communes affectées par le projet luttaient seuls à Madagascar, une alliance informelle d’individus, institutions et organisations de communautés de base d’autres régions, a commencé à manifester leur solidarité avec eux et à s’exprimer ces dernières semaines.

Par ailleurs, des groupes indépendants du gouvernement réclament que la révision du Code minier en cours intègre davantage les notions de justice et de respect des droits humains et de l’environnement. Mais dans l’étape actuelle, ils considèrent aussi crucial le passage à une mobilisation du soutien international.

Le permis d’exploitation de TOLIARA SANDS délivré en 2012 est-il légal ? Le permis environnemental vient d’être délivré au projet TOLIARA SANDS dans la zone Ranobe PK 32 malgré le refus des populations affectées. Selon la législation malgache, ce permis est indispensable pour commencer les activités minières. Or TOLIARA SANDS a déjà obtenu un permis d’exploitation en 2012.

Ce permis d’exploitation délivré pendant la période de la Transition est-il légal ? Il ne respecte pas le point 8. de la feuille de route de sortie de crise de Madagascar de septembre 2011, qui avait précisé : « Le Gouvernement de Transition sera chargé de l’administration des affaires courantes du pays […]. Il s’abstiendra de prendre de nouveaux engagements à long terme » (2)

Paris, le 10 juillet 2015

Le Collectif pour la Défense des Terres Malgaches – TANY

patrimoine.malgache@yahoo.fr

http://terresmalgaches.info

http://facebook.com/TANYterresmalgaches

Références :

(1) http://www.madagascar-tribune.com/T...

(2) http://www.ceni-madagascar.mg/dossi... http://www.cetim.ch/fr/intervention...

 
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