lundi, 24 septembre 2018
 

Le Zimbabwe : Processus de Kimberley est gravement endommagé

La décision concernant l’exportation de diamants des mines de Marange viole à la fois l’esprit et l’objet du pacte

La décision du 23 juin dernier de permettre au Zimbabwe l’exportation des diamants des mines de Marange va contre l’esprit et le but du Processus de Kimberley, affirme Human Rights Watch aujourd’hui. Les gouvernements et les entreprises devraient dénoncer cette décision et refuser les diamants zimbabwéens jusqu’à ce que les participants au Processus de Kimberley (PK) clarifient leur position sur leur exportation.

Mathieu Yamba, président du Processus de Kimberley, a pris cette décision unilatéralement. Désormais, les exportations pourront reprendre sans contrôle du respect des droits humains et sans vérifier si le Zimbabwe se conforme aux règles établies par le PK.

« Les mineurs, les détaillants et les consommateurs ont fait confiance au Processus de Kimberley pour arrêter la vente des diamants du sang, mais la décision du président Yamba a trahi leur confiance », a déclaré Arvind Ganesan, directeur de la division Entreprises et Droits humains à Human Rights Watch. « Les gouvernements et les entreprises devraient ignorer cette décision s’ils ne veulent pas voir reprendre la commercialisation des diamants du sang et par la-même voir le Processus de Kimberley perdre toute crédibilité. »

Les exportations des diamants de Marange sont suspendues depuis juin 2009 en raison des brutalités de l’armée et de la police dans les champs diamantifères. Le travail forcé, les passages à tabac, les meurtres et la contrebande de diamants y sont endémiques en violation des principes de Kimberley. En novembre 2009, le gouvernement du Zimbabwe et le PK ont conjointement établi un plan de travail ; le Zimbabwe s’engageait à retirer progressivement ses forces armées des champs de diamants ; il permettait aussi l’inspection de toutes les expéditions de diamants de Marange et de certifier qu’elles étaient conformes aux règles établies par le PK.

Le gouvernement du Zimbabwe, cependant, a failli à sa promesse et les exactions n’ont pas diminué. Les règles du PK n’ont pas non plus été respectées. Le fonctionnement du PK a été paralysé pendant près d’un an parce que certains gouvernements membres voulaient malgré tout permettre au Zimbabwe d’exporter des diamants de Marange. Mathieu Yamba, le président du Processus, a unilatéralement renoncé à la condition, pourtant préalablement acquise, du respect des droits humains par le Zimbabwe, et a autorisé les exportations de diamants de Marange sans faire jouer le mécanisme de surveillance destiné à empêcher les violences contre les mineurs.

Des associations de la société civile ont quitté la réunion de clôture du 23 juin à Kinshasa pour protester contre la décision de levée de l’embargo. Les Etats-Unis, l’Union européenne, Israël et le Canada ont également critiqué cette décision qui a été prise en contravention de la règle d’approbation consensuelle des membres du PK. Les Etats-Unis ont instamment demandé le maintien de l’embargo sur les diamants de Marange tant que le désaccord sur la décision subsistera. Des organisations de l’industrie du diamant, comme le Conseil mondial du diamant, ont également exhorté leurs membres à ne pas se fournir en diamants de Marange jusqu’à ce que le PK parvienne à une décision consensuelle.

Le différend révèle l’échec du processus de prise de décision consensuelle quand un gouvernement refuse de se plier aux règles adoptées, remarque Human Rights Watch. Les membres ne sont pas parvenus à s’entendre sur une révision des règles du PK en sorte qu’elles interdisent explicitement la commercialisation de diamants dont l’extraction a été obtenue brutalement par les gouvernements.

Selon les règles actuelles, un diamant de conflits s’entend exclusivement d’un diamant vendu par un groupe armé en guerre contre un gouvernement. Des gouvernements comme celui du Zimbabwe, qui extrait et commercialise des diamants sans but de guerre, n’ont pas manqué d’exploiter cette faille. Le PK avait bien établi un processus de contrôle pour le Zimbabwe mais son président, Mathieu Yamba, vient de passer outre.

Human Rights Watch a instamment demandé aux gouvernements partie au PK de suspendre leurs ventes de diamants de Marange jusqu’au règlement du litige, a demandé explicitement aux diamantaires de refuser des diamants en provenance de Marange et a exhorté les acheteurs de diamants à s’enquérir auprès des bijoutiers détaillants si les diamants qu’ils présentent à la vente sont des diamants de Marange.

« Le PK a désespérément besoin de réforme pour interdire la commercialisation de tous les diamants du sang et non pas seulement de certains d’entre eux », a conclu Arvind Ganesan. « Mais le président a choisi le camp du profit au détriment des droits humains et il pourrait bien avoir naufragé le PK en même temps. Il importe peu que ces diamants soient tâchés de sang répandu par des rebelles ou par des forces régulières. Ce sont dans les deux cas des diamants du sang. »

 
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