mercredi, 17 juillet 2019
 

ZIMBABWE : une autre alternative est possible

La défaite probable de Robert Mugabe aux dernières élections vient de loin. Déjà, dans les années 90, il avait réussi à se maintenir au pouvoir grâce à des fraudes électorales. Puis le référendum en 2000 annonça sa première défaite. Hier dirigeant de la lutte armée contre le pouvoir blanc raciste de Ian Smith, libérateur du peuple d’un système d’apartheid odieux, symbole d’une lutte acharnée pour la dignité du peuple noir, il est devenu par la suite un dictateur qui a conduit son pays dans une crise économique profonde. L’inflation y est de 150 000%, l’extrême pauvreté touche la moitié de la population, la malnutrition se répand sur l’ensemble du pays et le taux de chômage s’élève à plus de 70%. Comment en est-on arrivé à une telle situation ? Dès le début, les pratiques de Mugabe ont été anti-démocratiques et cela s’est aggravé au cours du temps, avec des décisions bureaucratiques et une corruption qui a gangrené rapidement l’appareil d’Etat. C’est ainsi que les réquisitions des terres de fermiers blancs qui, un siècle auparavant, s’en étaient emparés par la force en violant les droits des Noirs, ont bénéficié avant tout aux membres de l’appareil d’Etat au prétexte qu’ils étaient d’anciens combattants, en référence à leur participation à la lutte pour la libération du pays. Des terres qui ont été laissées en jachère par les nantis du régime, plus intéressés à toucher les subsides d’Etat de l’aide à l’agriculture. Seules 20% des terres ont été distribuées aux vrais fermiers noirs, et encore, sur des terres arides et peu fertiles. Cet accaparement bureaucratique des principales richesses du pays explique en grande partie la situation. Les partisans hier de la Guerre froide et de l’Apartheid en Afrique, transformés aujourd’hui en « libéraux démocrates », en profitent pour dénigrer le principe même de la réforme agraire en passant sous silence le refus de la Grande-Bretagne d’appliquer les accords de Lancaster House, portant sur l’avenir du future Zimbabwe et signés en 1979. Ces libéraux démocrates mènent campagne contre la dictature de Mugabe alors que dans le même temps ils ont soutenu, et soutiennent encore, les pires dictateurs africains de Mobutu à Deby en passant par Habré ou Taylor. Entre dictature et néolibéralisme Notre critique de la dictature de Mugabe se fonde sur les graves violences qu’elle fait subir au peuple du Zimbabwe. Ainsi, parmi d’autres exemples, plus de 700 000 habitations des bidonvilles, près d’Harare la capitale, ont été détruites sans aucune politique de relogement pour les populations concernées. Beaucoup d’observateurs remarquent que les difficultés rencontrées par Mugabe pour frauder ces élections témoignent de son isolement de plus en plus important. En effet, un regard attentif sur les résultats montre que dans les zones traditionnellement favorables au parti gouvernemental, la ZANU PF, c’est l’opposition qui remporte le scrutin. Une opposition menée par le Mouvement démocratique pour le changement (MDC), qui fédère des mouvements hostiles au pouvoir. Dans cette organisation, on retrouve des chômeurs, des travailleurs de l’informel, mais aussi des fermiers blancs et des industriels. Morgan Tsvangirai, cet ancien dirigeant syndical représentant la figure historique de l’opposition à Mugabe, a proclamé sa victoire à l’élection présidentielle et assure que le MDC au pouvoir mènera une politique social-démocrate. En fait il appliquera les remèdes de choc préconisés par la Banque Mondiale et le FMI. A l’heure où nous écrivons, rien n’est réglé. Mugabe s’accroche au pouvoir et il y a de vrais risques qu’il plonge le pays dans un bain de sang en décrétant, par exemple, l’état d’urgence. Les solutions pour le peuple Zimbabwéen ne sont pas dans la pérennité d’un système corrompu ou d’un MDC prêt à appliquer les solutions néolibérales de la Banque mondiale et autre FMI, mais dans la possibilité de forger un outil qui puisse défendre les intérêts de la population. Déjà, une base militante existe à travers les syndicats, les forums sociaux, les courants révolutionnaires. Mêmes s’ils sont actuellement extrêmement minoritaires leur lutte représente un espoir pour le peuple du Zimbabwe.

Paul Martial

 
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