mardi, 21 octobre 2014
 

Cameroun : Cession AES/ACTIS APRES LES CONSOMMATEURS, LES SYNDICATS D’AES/SONEL S’INSURGENT !

Décidément la nouvelle de la vente de toutes les filiales camerounaises d’AES Corporation au britannique ACTIS est une pilule amère difficile à digérer pour tous les acteurs du secteur de l’électricité. En effet, après la vive indignation exprimée par le Réseau Associatif des Consommateurs de l’Energie (RACE), les syndicats viennent à leur tour de dire leur opposition à cet accord.

Dans sa toute dernière Newsletter consacrée à cette information et reprenant en partie les arguments évoqués par le RACE, le Syndicat National de l’Energie Electrique (SNEE) est longuement revenu sur les raisons de ce désaccord.

Le SNEE dénonce particulièrement les conditions opaques et les contours juridiques flous ayant émaillées l’arrangement entre AES Corp et ACTIS – l’Etat du Cameroun et les représentants du personnel, pourtant parties prenantes du pacte d’actionnaires établit par le contrat de concession du 18 juillet 2001, ont été soigneusement tenus à l’écart de toutes les négociations entre ces 02 entreprises. Le SNEE dénonce surtout la duplicité et la démagogie avérées de la Direction générale d’AES/SONEL, notamment au sujet de la rétrocession aux travailleurs des 5% du capital de cette filiale du groupe américain.

Il faut dire que ce point précis constitue, avec les revendications sur l’amélioration des conditions de travail, la principale pomme de discorde qui empoisonne le climat social à AES/SONEL depuis plus de 12 ans. Il est notamment à l’origine de plusieurs grèves qui mettent constamment en péril la qualité du service dû aux consommateurs.

Jusqu’à cette dernière forfaiture, la Direction générale d’AES/SONEL n’avait pas hésité, notamment à chaque mouvement d’humeur du personnel, à promettre le règlement rapide de cette question. C’était déjà le cas le 20 septembre 2011, dans une correspondance adressée au collectif de syndicats des employés qui avait déposé un préavis de grève avec cette même revendication en filigrane, M. Jean-David BILE, le Directeur général disait en substance : « … Sur la rétrocession par AES des 5% du capital, je confirme aux représentants du personnel l’engagement d’AES de rétrocéder ces actions. Un cabinet spécialisé a été engagé pour monter le mécanisme de transfert dont le calendrier de mise en œuvre est établi comme suit : 30 septembre 2011 : Finalisation de la proposition, entre le 10 et le 20 octobre 2011 : Soumission du mécanisme de transfert pour approbation du Ministère des finances et d’AES Corp. Entre le 20 et le 30 octobre 2011 : Ouverture des négociations avec les représentants du personnel… ». Cette promesse n’a jamais été tenue.

Toutefois, au-delà de cette panoplie d’exigences corporatistes légitimes régulièrement brandies par les travailleurs d’AES/SONEL, la récurrence du problème de « la rétrocession des 5% du capital au personnel » témoigne de l’arrogance et du mépris de la firme américaine à l’égard de la partie camerounaise. Elle pose immanquablement la question de la souveraineté du Cameroun et du respect de l’Etat de droit dans notre pays. Il est difficile de comprendre autrement que par l’extrême faiblesse de l’Etat – détenteur de 44% des actions d’AES/SONEL et investi de tous les attributs régaliens – que nos compatriotes travailleurs de cette entreprise se retrouvent aujourd’hui encore tous seuls à se battre contre un mastodonte comme AES Corporation. Force est de constater que, de même que les consommateurs d’électricité, les travailleurs d’AES/SONEL semblent bel et bien avoir été abandonnés par les pouvoirs publics dans cette affaire.

Comme nous l’avons toujours dit, sur plusieurs sujets d’ordre socioéconomique, consommateurs et syndicats partagent tout à fait les mêmes intérêts. Cette réalité nous oblige à une synergie d’actions et à une solidarité sans faille.

Pour le RACE, il n’y a pas d’entreprise sans travailleurs. Fidèle à ce principe, chaque fois que nous estimerons justes et fondées les revendications de nos compatriotes salariés d’AES/SONEL, c’est naturellement de concert avec l’ensemble des consommateurs d’énergie, que nous leur apporterons un soutien sans équivoque, c’est le cas dans cette bataille épique pour la rétrocession des 5% du capital qui leur reviennent. Par ailleurs, nous restons convaincus que la qualité du service de l’électricité est intrinsèquement liée au climat social au sein de cette entreprise d’utilité publique.

L’accès à l’énergie est un droit essentiel et inaliénable !

Fait à Douala, le 19 novembre 2013

Pour le Bureau Exécutif du RACE Jean Baudelaire BELENGUE,

Secrétaire général adjoint

- Membre de/Member of Consumers International - www.consumersinternational.org
- Membre de l’Association Internationale Droit à l’Energie Sos Futur - www.energiesosfutur.org
- Association agréée auprès de l’Agence de Régulation du Secteur de l’Electricité – ARSEL
- Membre du Comité National de Veille du Ministère de l’Energie et de l’Eau – MINEE
- Membre du Comité Electrotechnique National – CEN/ANOR

 
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