lundi, 23 octobre 2017
 

Cameroun : Déclaration du bureau politique du Manidem

Une dizaine d’années avant d’être publiquement assassiné le 15 janvier 1971 à Bafoussam, Ernest OUANDIE, Héros national de la lutte pour l’unification et l’indépendance du Kamerun, avait écrit une réflexion demeurée vivante. Intitulée « Citoyens libres ou esclaves ? », cette interpellation rédigée au maquis en mars 1962, adressée à la conscience nationale, dénonçait le gouvernement criminel d’Ahmadou Ahidjo. Elle résonne encore cinquante ans après comme un appel vivant et terriblement actuel.

Hier comme aujourd’hui, le sang des Kamerunais coule en raison de la mauvaise politique du gouvernement. La guerre de la France et de ses complices anti-indépendantistes a cédé la place à l’insécurité, qui a causé la mort d’une dizaine de jeunes filles en deux mois dans la seule ville de Yaoundé. A Mbang-Rey, des Kamerunais sont agressés et emprisonnés parce qu’ils défendent leurs terres que tente de spolier le lamido de Rey-Bouba, représentant local du pouvoir. A Kon-Yambetta dans le Mbam, les militants du Manidem sont pourchassés et même assassinés par des chefs de village protégés par la gendarmerie et les autorités administratives locales parce que ces braves kamerunais refusent de céder leurs terres à des spéculateurs fonciers. A Foumban, des membres d’un carnaval ont été blessés par la garde prétorienne au service du sultan des Bamoun, à la solde du pouvoir. Partout dans nos commissariats de police, nos brigades de gendarmerie et nos palais de justice, c’est la loi du plus fort qui règne et qui tue. Le plus fort, c’est d’abord l’étranger qui spolie les terres cultivables comme c’est le cas dans le Sud-Ouest. Le plus fort, c’est la multinationale qui, avec la complicité de Kamerunais collabo, broient les employés et cadres nationaux qui refusent de « baisser la culote » et se battent pour rester dignes dans leur pays. C’est malheureusement aussi l’allié aux forces étrangères qui gouverne et qui a vendu le pays aux enchères. L’eau, l’électricité, le pétrole, le bois, le coton, le fer, le diamant, l’or, le cobalt, le gaz, les banques, etc. l’essentiel de la richesse de notre pays est aux mains de l’étranger.

Nous ne sommes donc pas maîtres chez nous. Comme aurait dit Ernest OUANDIE, nous sommes esclaves sur la terre de nos ancêtres.

La question qui nous est posée est donc simple : jusqu’à quand allons-nous accepter de demeurer des esclaves volontaires comme le gouvernement du Kamerun ?

Aujourd’hui comme hier, au moment où nous nous souvenons du martyre d’Ernest OUANDIE que le gouvernement fait semblant de reconnaître alors qu’il empêche l’expression démocratique en interdisant les manifestations et en truquant massivement les élections, la question se pose à chacun de nous : que puis-je faire pour que vive le Kamerun ?

En s’inscrivant sur les listes électorales, en s’engageant dans un parti progressiste, dans une association de défense des droits de l’Homme, en s’organisant avec son voisin ou son collègue pour obtenir collectivement des meilleures conditions de vie, en refusant le tribalisme, en rejetant toute forme de domination étrangère sur le Kamerun, chacun de nous peut rendre hommage à Ernest OUANDIE, mort pour la patrie.

A chacun de nous de répondre donc, en ce moment important, à la question : voulons-nous être des « citoyens libres ou des esclaves » dans notre beau et cher Kamerun ? Peuple Kamerunais, veux-tu être libre ou esclave ?

Douala, le 15 janvier 2013

Pour le Bureau Politique du Manidem

Charles NFORGANG Secrétaire national à la communication

Pierre ABANDA KPAMA Président National du Manidem

 
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