lundi, 22 juillet 2019
 

Cameroun : Le Manidem prendra part à toutes les élections

Dans une interview exclusive accordée à Ai, le nouveau président élu du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem, opposition), Pierre Abanda Kpama, retrace son itinéraire et sa vision politiques, les circonstances de son élection, les objectifs de son parti.

Monsieur Pierre Abanda Kpama, vous venez d’être élu président du Manidem quel est votre sentiment à l’issue de ce scrutin ?

Je parlerai plutôt de mes sentiments. D’une part, c’est toujours une grande joie d’être légalement reconnu, et de manière transparente, par les siens, capable de présider aux destinées de notre parti. Cette élection représente le couronnement partiel de 15 ans de militantisme au sein du Manidem et de 33 ans de combat politique depuis 1977, à une époque où une seule idée contraire aux desiderata du régime en place revenait à signer votre propre arrêt de mort. Nous avons combattu à cette époque là ; les séquelles physiques et morales qui parfois rejaillissent, nous confortent dans la conviction qu’il s’agissait du bon combat.

D’autre part, en tant que co-fondateur du Manidem il y a 15 ans, j’aurais voulu voir un militant plus jeune à ma place. Nous avions pensé, le président Ekanè Anicet et plusieurs autres membres fondateurs du parti, qu’il était temps que la jeunesse prenne en main la marche du Manidem. C’est ainsi qu’en novembre 2009, le camarade Mbanda Kani a été élu président du parti. Quand au bout de six mois cette expérience tourne court du fait de fâcheuses limites humaines et managériales, l’on ne peut être que triste en réalité. Le Bureau politique et le Comité national de coordination ont été contraints de mettre fin à de nombreuses dérives de mon prédécesseur. Déclarations outrageantes, exclusions et interdictions illégales, autant d’agissements qui ne militaient pas en faveur de l’épanouissement du parti.

Depuis le 29 mai dernier, vous êtes donc le nouveau président du Manidem. Quels sont vos objectifs à la tête du parti ?

Nouveau président c’est certain, militant aguerri, c’est encore plus sûr. Depuis 15 ans que le parti existe, il y a eu de nouvelles générations d’hommes et donc de conceptions et de méthodes. Le pays lui-même a quelque peu évolué, il faut tenir compte de tout cela. Mais notre préoccupation majeure reste la même que lorsque naissait le parti : recréer l’espoir suscité en 1995, en maintenant notre originalité qui est de combattre pour l’amélioration des conditions de vie des populations.

Il semble bien qu’il n’y ait rien d’original dans cette démarche ; l’article 1er des Statuts de l’Upc, de Ruben Um Nyobè, tels que définitivement établis au congrès d’Eséka, ne le disait-il pas déjà en 1952 ?

Cela est vrai mais, il existe aujourd’hui une différence fondamentale par rapport à l’époque que vous évoquez. Les populations des Cinquantenaires ont depuis bien longtemps perdu foi en la politique, tant du parti au pouvoir que des partis de l’opposition. Suite à de nombreuses déceptions et trahisons ; du fait de tristes alliances contre nature scellées par certains partis de l’opposition ; en résultante de l’incurie même de tous les dirigeants au pouvoir ou alliés de ce pouvoir et même prétendument de l’opposition. Il s’agit pour nous d’insuffler une reprise des actions du mouvement. Les acteurs politiques doivent donner la preuve qu’ils sont à l’écoute des populations.

Ne vous placez-vous pas là en situation de suiveurs ? Et n’a-t-on pas vu le Manidem faire de la récupération sur les évènements de février 2008 ?

Non ! Nous sommes des aiguillons et non des opportunistes. Le Manidem se devait d’intervenir dans la clarification des mobiles des émeutes de février 2008 que le pouvoir avait tôt fait de transformer en sorcellerie. Je vais vous donner en exemples des cas où le Manidem a été à l’avant-garde du combat : l’affaire des 9 de Bépanda où nous étions pratiquement les seuls à défendre ces laissés pour compte qui croupissaient dans les geôles du pouvoir ou ailleurs qui sait ; la campagne contre les délestages, lorsque les populations viavaient dans le noir du fait de pannes ou de coupures fantaisistes d’électricité et plus près de nous la défense des consommateurs d’électricité.

D’ailleurs, je vous donne un scoop : le Manidem organisera du 1er au 06 septembre prochain, une campagne pour la gratuité totale et effective de l’école, de la maternelle à la fin du premier cycle des enseignements secondaires. Après cela, vous ne pouvez plus nous soupçonner d’opportunisme !

Pour revenir à l’air du temps, le Manidem participera-t-il à l’élection présidentielle de 2011 ?

Le Manidem participera à toutes les élections. Nous avons tiré les leçons du passé dont il ressort que le parti Rdpc veut confisquer le pouvoir. Pour qu’il y ait alternance, il faut se regrouper. Le temps a permis de clarifier les positions des uns et des autres. Il existe d’un côté la majorité dite présidentielle et de l’autre, l’opposition patriotique et démocratique dans laquelle nous classons, sans prétendre à l’exhaustivité, le Social democratic front(Sdf), l’Union démocratique du Cameroun(Udc), le Psc de monsieur Tekam, la société civile, etc.. Ce sont là des partis qui ne se sont jamais compromis avec le pouvoir en place malgré de nombreux appels du pied.

Justement en parlant de l’Udc, l’on vous classe ensemble, non pour votre idéologie mais pour l’étroitesse de votre audience. L’Udc reste confiné à un seul département du Cameroun, celui du Noun dans la Région de l’Ouest, et le Manidem demeure un parti d’anciens camarades de fac ; qu’en dites-vous ?

Il ne faut jamais perdre de vue que le Cameroun politique vit un contexte d’opacité en tout point. La confiscation de la sphère médiatique par le Rdpc au pouvoir rend difficile l’évaluation des audiences des autres partis. Il en résulte, pour ces autres partis, un déficit de communication. Tenez, la Crtv radio et télé appartient à une administration aux ordres du pouvoir Rdpc ; Cameroon Tribune, le plus grand quotidien du pays appartient à l’Etat Rdpc. Ces organes de communications ne peuvent pas être impartiaux dans leur traitement de l’information. Il en résulte un déficit de démocratique préjudiciable à une opposition à laquelle monsieur Biya n’a jamais voulu donner de statut.

Tout est opaque. Le jeu électoral est bloqué, les échéances électorales sont bloquées. Voilà un pays qui affichent une population de près de 20 millions d’habitants et qui ne peut pas présenter une liste de 2 millions d’électeurs. Tout est opaque, même le recensement qui est pourtant d’une importance économique capitale.

Que fait donc le Manidem, et ce sera notre dernière question, pour sortir le Cameroun de l’impasse dont vous semblez dire que le Rdpc en est le bénéficiaire ?

L’action du Manidem suit trois axes principaux. Il y a un axe légal. Nous sommes légalistes ; les lois sont mauvaises mais ce sont ces lois qui régissent la Cameroun et nous les respectons. Il y a un axe populaire. Le Manidem privilégie l’action populaire qui est la manifestation e la volonté réelle du peuple Camerounais au-delà des manipulations politiciennes. Vous avez vu les émeutes de février 2008, débloquer les salaires des fonctionnaires et obliger le gouvernement à se prononcer sur la cherté de la vie. En conscientisant les populations sur leur standard de vie, les choses peuvent avancer. C’est le peuple qui est le catalyseur de toute action politique. En fin, il y a un axe international. Le Manidem est en négociation-consultation avec des associations et des partis occidentaux avec lesquels il tisse des liens pour infléchir le radicalisme anti patriotique du parti au pouvoir. C’est une voie que nous explorons puisqu’il est prouvé que les injonctions de la Communauté internationale ont plus d’effet sur le pouvoir en place que les cris de détresse de nos populations.

Source Africa Info Douala

 
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