dimanche, 21 avril 2019
 

Cameroun : Le programme pour la nouvelle école

Déclaration du MANIDEM, du PDS, de l’UPC

On ne connaît pas une Nation, un Peuple, un pays, qui ait accédé au développement économique et social et à la modernité sans porter une attention spéciale à l’éducation et à la scolarisation de sa jeunesse. Le monde moderne se construit à partir de la connaissance et plus précisément de la maîtrise de la science et de la technologie. Les pays connus sous l’appellation de pays développés ou émergents accordent des budgets colossaux à l’éducation et à la recherche. Paradoxalement, les gouvernements de nombreux pays dits sous-développés, qui auraient pourtant un grand intérêt à consacrer une grande part de leurs ressources à l’éducation de leur jeunesse, préfèrent écouter les mauvais conseils d’organismes comme le Fonds Monétaire International (FMI) et d’autres, et accordent donc de moins en moins d’attention au développement humain de leur population généralement très jeune. L’Afrique, sur ce plan, apparaît une fois encore comme le dernier de la classe.

Au Kamerun, selon le syndicat d’enseignants du secondaire SNAES, sur 100 enfants qui entrent en première année de l’école primaire (SIL), 5 seulement atteindront les classes terminales de l’enseignement secondaire ; et, avec plus ou moins de peine, 2 ou 3 auront le baccalauréat ou le GCE/AL. Selon les régions, l’analphabétisme touche encore, après 50 ans d’indépendance, entre 30 et 50% de la population ! Malgré des discours empreints de vantardise, le régime de M. Paul Biya et son parti RDPC est en réalité entrain de saboter et même d’abandonner purement et simplement la scolarisation et l’éducation de notre jeunesse à des commerçants et « hommes d’affaires » véreux qui créent, dans un désordre indescriptible, des établissements scolaires primaires, secondaires et même supérieurs sans le moindre souci de la qualification des enseignants et de la qualité des enseignements. Ils ont pour seul et unique objectif l’enrichissement rapide.

Plusieurs pays dans le monde, sans grandes ressources matérielles, ont pourtant réussi à mettre en place des systèmes éducatifs performants : c’est le cas de Cuba, petit pays de 12 millions d’habitants, sans ressources minières, mais qui scolarise sa jeunesse à 100%, affiche une espérance de vie de 71 ans, et se positionne parmi les pays ayant le meilleur indice de développement humain au monde. En Afrique même, plusieurs pays moins riches que le nôtre consacrent une part de leur richesse nationale (pourcentage du Produit Intérieur Brut, PIB) plus grande que ce que fait notre pays à la formation de la jeunesse (exemples : le Kenya, le Togo, etc…).

On est stupéfié d’entendre les agents de propagande du RDPC bavarder sur un Kamerun qui serait bientôt pays émergent en 2035, sans nous dire avec quels hommes et quelles femmes le Kamerun parviendra au développement scientifique et technologique pour ainsi émerger.

L’Etat des lieux en bref, ou le désastre de l’école actuelle

Il n’est pas utile ni nécessaire de faire ici un bilan détaillé de l’école camerounaise au bout de 50 ans de régime de fausse indépendance. Il suffit de noter quelques points essentiels : orientation générale et objectifs globaux obscurs ou inadaptés et incohérents ; infrastructures très insuffisantes à tous les niveaux de la maternelle à l’université ; classes

et amphithéâtres bondés ; contenus enseignés souvent incertains et pas toujours cohérents avec les objectifs proclamés de développement ; enseignants qualifiés en nombre notoirement insuffisant à tous les niveaux ; conditions de travail très difficiles pour les enseignants ; salaires profondément démotivants ; évaluations généralement fantaisistes et gangrenées par des considérations politiques aux examens et concours nationaux ; temps réels d’enseignement insuffisants en comparaison des programmes ; rythmes scolaires de plus en plus désordonnés pour les apprenants mais aussi pour les enseignants. Au bout du compte de tout cela, rendement très faible du système éducatif dans son ensemble en termes de résultats aux examens à tous les niveaux sans exception, et diplômes de moins en moins pris, en général, comme représentant quelque chose de grande valeur. Ce dernier point, joint à la très faible capacité de l’économie à produire des emplois, conduit à un non emploi massif surtout des jeunes, situation que ne traduisent pas du tout les données statistiques officielles sur l’emploi et sur le chômage dans le pays.

Par ailleurs, malgré les discours officiels, de très nombreux enfants, qui sont entrés dans l’enseignement primaire, en sortent avant d’atteindre la fin. Ainsi, en 2000, seuls 13% atteignaient la fin sans aucun redoublement ! Tous ceux qui n’atteignaient pas la fin du cycle primaire retombaient assez rapidement dans l’analphabétisme, puisqu’il est généralement admis qu’il faut avoir au moins atteint le CM2 pour ne pas retomber dans l’analphabétisme si on arrête les études. Le remède que le régime du RDPC, sur les conseils diaboliques de ses amis dits « bailleurs de fonds », a trouvé à cette situation catastrophique de redoublements massifs, c’est ce qu’ils appellent « la promotion collective », c’est-à-dire le passage de tous les enfants en classe supérieure à chaque fin d’année, sans aucune considération de niveau atteint par chacun !

Compte tenu de cet état des lieux désastreux, il est clair que des changements profonds s’imposent rapidement : il faut au Kamerun une école nouvelle, sans laquelle les discours sur le Kamerun pays émergent en 2035 ne sont que des bavardages vicieux. Le contenu détaillé d’une telle école ne peut évidemment pas être présenté ici. D’ailleurs, il ne peut être effectivement arrêté qu’après un audit précis de la situation que laissera le pouvoir RDPC quand il aura été renversé, et après une large concertation avec tous les acteurs et partenaires de l’Education. Par conséquent, seules quelques grandes orientations peuvent être données comme dans les lignes qui vont suivre.

Pour une Ecole Nouvelle

Pour préparer l’avenir du Kamerun et des kamerunais, il faut consacrer une grande partie des ressources du pays à la formation (scolarisation, formation scientifique, formation professionnelle et technique) de la jeunesse kamerunaise. Il n’y a pas d’autre voie sérieuse ; car c’est cette jeunesse bien formée qui constituera demain l’armée des travailleurs qualifiés qui investiront les entreprises diverses : travaux publics, mécanique, chimie, électricité, électrotechnique, agro-industries, mais aussi, comme enseignants, les écoles, collèges, lycées, universités, grandes écoles supérieures pour former les jeunes, et sans oublier les laboratoires et centres de recherche. Pour permettre ainsi au Kamerun de produire les biens, services et richesses nécessaires au bien-être des kamerunais et africains.

Voici donc quelques idées plus précises pour une telle école nouvelle.

• Une Ecole de Base obligatoire et gratuite

Notre projet pour la Nouvelle Ecole prévoit par exemple que tous les enfants kamerunais, de 3 à 5 ans, seront obligatoirement inscrits dans une école dite maternelle ; et tous ceux à partir de 5 ans seront obligatoirement insérés dans un cycle scolaire dénommé Ecole de Base. Ce cycle ira en gros de la SIL (Form 1) actuelle jusqu’au niveau actuel de la classe de première, soit environ 11 à 12 ans. Il comprendra un enseignement à la fois général et technique. Pendant ces 11-12 ans, les enfants acquièrent de solides connaissances en lecture, orthographe, grammaire, mathématiques, informatique, physique, chimie, biologie, technologies diverses, fondamentaux d’économie générale, histoire et géographie (spécialement de l’Afrique), langues nationales, arts et cultures africaines, philosophie. Cette formation de base est sanctionnée par un examen et un diplôme, appelé par exemple le Diplôme d’Etudes de Base (DEB).

L’Ecole de Base est totalement prise en charge par l’Etat (éventuellement, y compris les collectivités locales étant entendu qu’elles jouissent alors d’une réelle autonomie financière). La scolarité, les livres et aussi les frais d’examens sont gratuits. Tout enfant kamerunais doit obligatoirement fréquenter l’école de base, du début à la fin, et tout doit être fait pour qu’il obtienne le DEB dans les conditions régulières. L’Etat veille à ce que les structures physiques et humaines d’encadrement soient optimales. En particulier, la formation des enseignants à tous les niveaux devra être spécialement soignée.

• Une Véritable politique nationale du livre scolaire

Tous les livres scolaires de base seront conçus et produits par l’Etat du Kamerun dans des imprimeries publiques. Les auteurs des livres scolaires de base seront kamerunais et africains, autant que possible travaillant en équipes. En dehors des livres de culture générale validés, aucun manuel scolaire de base ne sera plus importé. Une politique cohérente de choix des manuels utilisés dans les classes sera adoptée. Le régime Biya a entretenu la corruption et l’enrichissement illicite à travers le livre scolaire et le système de choix des manuels. Les marchands français (surtout) et anglais empochent plusieurs dizaines de milliards de francs CFA chaque année en vendant au Kamerun des livres scolaires généralement inadaptés, parfois obsolètes et donc invendables dans ces pays d’origine ; et ces livres diffusent une culture souvent aliénante pour notre jeunesse. Cela doit cesser. Les éducateurs et enseignants kamerunais et africains produiront des manuels scolaires qui répondront aux exigences d’une réappropriation culturelle de nos valeurs d’une part, et aux standards scientifiques et techniques qui permettront à notre jeunesse de s’insérer et d’insérer notre pays, sans complexe, dans le monde moderne, d’autre part. Ainsi, le génie de notre peuple pourra s’exprimer.

• Enseignement Professionnel et Supérieur (après 16-17 ans)

Au sortir de l’Ecole de Base, le Diplôme d’Etudes de Base (ou DEB) sera la porte d’entrée , soit à la formation professionnelle spécialisée soit à l’enseignement supérieur. Mais un système de « rattrapage » sera prévu pour permettre aux jeunes qui , malgré tous les efforts, n’auront pas pu obtenir le DEB, de rejoindre le cycle de la formation professionnelle, de sorte qu’aucun enfant kamerunais ne soit abandonné sans aucune formation professionnelle opérationnelle. De la sorte, les jeunes qui voudront entrer dans la vie professionnelle rapidement s’orienteront dans les Ecoles Professionnelles dans lesquelles la durée des études variera, selon les filières et spécialités, de 3 à 4 ou 5 ans. Diplôme final : niveau BTS actuel.

Ceux qui voudront poursuivre des études supérieures et qui auront manifesté les qualités requises, pourront soit s’orienter vers des Ecoles Supérieures d’Ingénieurs soit vers les facultés des universités, avec ou sans des concours d’entrée pour les Ecoles. Le nombre de places disponibles dans les Ecoles Supérieures et dans les facultés sera fonction du plan de développement économique et social à long terme. Il fera l’objet d’une loi de programmation de l’éducation nationale. Si le recrutement dans les Ecoles d’ingénieurs se fait sur concours, après une ou deux années de préparation aux concours, ceux des jeunes qui n’auront pas été pris après le concours, seront pris à l’université et pourront suivre un cycle parallèle d’études pouvant conduire au métier d’ingénieur.

Même quand elles ne sont pas publiques, les Ecoles Professionnelles, les Ecoles Supérieures et les Universités seront sous la supervision académique de l’Etat afin que la qualité des formations soit garantie et assurée.

• La Recherche scientifique et technique

Toutes les Universités et toutes les Ecoles Supérieures devront être pourvues de bibliothèques riches et de Centres ou Instituts de recherche dont le financement sera assuré en partie par l’Etat, en partie par les grandes entreprises du pays (principales bénéficiaires de l’innovation scientifique et technique), et en partie par des donateurs privés qui seront encouragés à aider la recherche nationale contre la reconnaissance du pays. La recherche, notamment la recherche scientifique et technique, est désormais le gage du développement économique des nations. C’est pourquoi la situation actuelle des universités et grandes écoles kamerunaises est proprement scandaleuse et traduit soit une inconscience criminelle du régime du RDPC, soit alors une volonté délibérée de sabotage.

Quel que soit le domaine d’activité que l’on prenne, il n’y a plus d’évolution possible sans une politique audacieuse de recherche. Il est de notoriété publique dans le monde entier, que les batailles à venir se joueront sur le terrain de la recherche scientifique et technique.

EN CONSEQUENCE, les partis signataires ci-dessous,

APPELLENT la jeunesse kamerunaise, les parents d’élèves, les enseignants des divers niveaux et tous les citoyens de progrès ou simplement soucieux de l’avenir de leurs enfants et du pays, à exiger du régime RDPC de M. Biya, qu’il accorde à l’éducation et à l’enseignement dans ce pays, ainsi qu’aux enseignants kamerunais de tous les niveaux, la grande attention qu’ils méritent.

Ils demandent aux Kamerunais et aux Kamerunaises, de manifester pacifiquement pendant tout le mois de septembre, mois de rentrée scolaire, devant les établissements scolaires, et devant les Délégations régionales et/ou départementales ainsi que devant les Inspections d’arrondissement, de l’Education (Minedub, Minesec) pour poser les problèmes qu’ils rencontrent en cette rentrée et pour la scolarisation en général de leurs enfants, et notamment pour exiger :

- La gratuité effective de l’Ecole primaire : une réforme profonde des APE (Association des Parents d’Elèves). Pas un franc ni pour la scolarité, ni pour les frais divers : examens ou autres. Il faut que la gratuité de l’école primaire passe enfin des bavardages à la réalité !

- La gratuité de l’école publique secondaire 1er cycle (6è-3è) : une réforme profonde des APE est absolument nécessaire. Sans une telle réforme, plus un franc pour les APE !

- Livres et autres fournitures scolaires gratuits aux enfants de paysans pauvres et de parents sans emploi, fournis par l’Etat !

- Abrogation des frais universitaires pour les étudiants des universités publiques : en effet, même en comptant qu’au 31 juillet 2010, le pays avait 200.000 étudiants payant les 50.000 F CFA par an, cela fait en tout et pour tout 10 MM (milliards). L’Etat du Kamerun peut trouver cette somme sans aucun problème sérieux. Alors que des milliers de familles sont dans l’impossibilité totale de trouver ces 50.000 F CFA même si leur enfant peut être un futur chercheur productif pour le pays.

Les partis soussignés se battent avec le Peuple Kamerunais pour une société de citoyens instruits et bien formés dans leur métier, des citoyens capables de faire que le Kamerun et l’Afrique soient des terres de progrès et de modernité.

Ce combat, c’est le combat pour une nouvelle éducation, pour la Nouvelle Ecole.

Nous lançons un appel solennel pour l’organisation et la tenue rapide d’un FORUM NATIONAL SUR L’ECOLE, avec toutes les forces vives du pays. Car l’heure est grave au sujet de l’école, au sujet de la formation de notre jeunesse, et pour l’avenir du Kamerun !

Fait à Douala, le 06 Septembre 2010.

Le Mouvement Africain pour la Nouvelle Indépendance et la Démocratie (MANIDEM)

ABANDA KPAMA Charles NFORGANG NELLE MANDENGUE

Président du Manidem Secrétaire à la Communication Membre du BP

Le Parti Démocrate Socialiste (PDS)

Pr Jean Michel TEKAM Robert SIMO Martha PONO

Président du PDS Vice-Président Secrétaire Générale

L’Union des Populations du Cameroun (UPC)

Dr Samuel MACK-KIT MOUKOKO PRISO Guillaume-Henri NGNEPI

Président de l’UPC Secrétaire Général Membre du BCD, Responsable du

Département. Education.

 
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