lundi, 25 septembre 2017
 

Viol, stigmatisation, pauvreté : les conditions de vie des réfugiés urbains au Cameroun

YAOUNDÉ - Christian*, 11 ans, et Pauline*, 13 ans, fixent d’un regard vide les cartes de santé qu’ils tiennent dans leurs mains au centre médical de la Croix-Rouge de la capitale camerounaise.

En juin 2013, les deux enfants ont fui le conflit qui frappait la République centrafricaine (RCA) et se sont installés à Yaoundé en tant que réfugiés. Depuis leur arrivée, ils ont subi des agressions sexuelles et des viols. Et ils se battent pour assurer leur propre survie dans une grande ville étrangère.

Christian, qui a encore un pansement sur la tête, se souvient des évènements du 7 juillet : les deux enfants rentraient chez eux après avoir rendu visite à Mama Florence, une Camerounaise qui leur donnait de la nourriture de temps en temps.

« Quatre voyous sont sortis d’une maison abandonnée, couteaux et tournevis à la main », a-t-il raconté à IRIN. « C’était comme dans un film d’horreur. Ils nous ont fait rentrer de force [et nous ont violés] ». Pauline avait déjà subi une agression et un viol à Yaoundé, à la fin de l’année 2014.

« Quand j’étais en [RCA], je voulais mourir », a-t-elle dit à IRIN. « J’ai fui pour échapper aux violences, mais je souffre toujours. J’aurais peut-être dû mourir là-bas, car nous sommes la proie des pédophiles ici ».

Pas de filet de sécurité en ville

Il n’y a pas de chiffres officiels, mais nombre d’adolescents réfugiés qui se sont installés dans des grandes villes aux quatre coins du monde et qui se battent pour leur survie sont exposés à la violence et à l’exploitation sexuelle.

En général, les réfugiés qui s’installent dans les zones rurales sont bien accueillis et ils sont pris en charge par les communautés hôte ; en revanche, les réfugiés qui s’installent dans les centres urbains doivent non seulement se débrouiller seuls pour trouver de la nourriture, un abri et d’autres articles essentiels, mais ils sont aussi souvent confrontés à la stigmatisation et à l’exploitation.

« Nous connaissons le phénomène des violences sexuelles à l’encontre des réfugiés, particulièrement à Yaoundé », a dit Damien Noma, directeur administratif de l’organisation non gouvernementale (ONG) Respect Cameroun.

« Bien sûr, le problème ne concerne pas seulement les réfugiés, mais la majorité des agresseurs sont des Camerounais qui connaissent la situation de leurs proies, et ces agresseurs leur disent : ‘vous ne pouvez pas vous plaindre, car vous n’êtes pas chez vous’ ».

Bon nombre de réfugiés urbains ne connaissent pas leurs droits, et ceux qui les connaissent ont trop peur pour les exercer.

Ainsi, Christian et Pauline ont dit à IRIN qu’ils n’ont pas tout de suite signalé les viols dont ils ont été victimes, car ils avaient trop peur des autorités camerounaises.

« La plupart souffrent davantage, parce qu’ils ne connaissent pas les lois et les réglementations et les conventions internationales qui existent pour les protéger », a expliqué M. Noma. « Le réfugié ne sait pas que ses droits ne s’arrêtent pas à la simple prise en compte de ces besoins élémentaires ».

Les réfugiés sont fortement stigmatisés au Cameroun. On les accuse souvent de manquer de discipline, de respect, d’hygiène ou d’avoir des maladies. D’autres sont régulièrement harcelés par la police ; ils reçoivent des coups, font l’objet d’actes d’intimidation, de détentions arbitraires et d’actes de corruption, selon l’Association camerounaise pour la défense des droits de l’homme.

Bon nombre de réfugiées sont enrôlées dans la prostitution ou sont victimes du trafic d’êtres humains. « Le mois dernier, mon amie et moi, nous avons été arrêtées et nous avons passé la nuit en détention sous le prétexte que nous étions des prostituées », a dit Geneviève Anaki, une réfugié ivoirienne de Yaoundé. « Les policiers nous ont dépouillées et nous ont demandé des faveurs sexuelles avant de nous relâcher ».

Gérard Tsamo, un avocat de Yaoundé, a dit à IRIN : « Ils [les réfugiés urbains] sont exposés à un danger constant, notamment en termes de violation des droits, de détention, de déportation ou d’exploitation sexuelle ».

Reçoivent-ils de l’aide ?

Dans un pays où le taux de chômage est élevé – l’année dernière, au moins 6,3 millions de Camerounais étaient sans emploi ou sous-employés, sur une population de 22 millions d’habitants – la pauvreté extrême est répandue chez les réfugiés urbains.

« Avant l’agression, je cirais des chaussures, je lavais des voitures et parfois je volais pour survivre », a dit Pauline.

Le Haut Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) indique que, en 2014, il a fourni une assistance humanitaire et une protection à quelque 14 000 réfugiés et demandeurs d’asile installés dans les centres urbains camerounais avec l’aide du gouvernement.

L’organisation a fourni des documents aux réfugiés urbains pour qu’ils bénéficient de l’aide, a travaillé à l’amélioration des relations entre les citoyens camerounais et les réfugiés et à la couverture des besoins de subsistance.

La police indique qu’elle participe elle aussi à la protection des réfugiés – et qu’elle ne profite pas d’eux.

« Ce que l’on vous a dit [sur les réfugiés placés en détention ou tabassés] est faux », a expliqué à IRIN Paul Ella, un officier de police de Yaoundé. « Les officiers de police sont des gens responsables et nous sommes formés pour respecter les droits de l’homme, même ceux des réfugiés ».

Les réfugiés urbains partagent la situation des habitants des quartiers les plus pauvres de Yaoundé, notamment l’extrême pauvreté et un accès limité aux services de base, mais ils sont confrontés à d’autres obstacles en raison de l’incertitude de leur statut juridique et de l’absence de documents appropriés.

« L’accès aux droits… les aiderait, les informerait et les impliquerait », a dit à IRIN Linda Oyongo, qui travaille pour l’Association camerounaise pour la défense des droits de l’homme.

 
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