mardi, 23 janvier 2018
 

Augmentation des maladies et insécurité alimentaire en RCA

Selon un responsable humanitaire, la situation sécuritaire précaire vient aggraver l’insécurité alimentaire saisonnière et alourdir le fardeau des maladies en République centrafricaine (RCA), notamment chez les enfants [ http://www.irinnews.org/fr/report/9... ].

« Nous voyons un nombre croissant d’enfants qui souffrent de malnutrition aiguë sévère (marasme et kwashiorkor), [mais] les augmentations constatées dans le cadre des projets de MSF sont, jusqu’à présent, comparables à celles qui se produisent chaque année à la même saison. L’instabilité a cependant aggravé les problèmes d’insécurité alimentaire déjà existants : la médiocrité de la récolte et de l’approvisionnement alimentaire et la volatilité des prix des denrées alimentaires. Dans ce contexte, le pays pourrait également assister à une augmentation du nombre de cas de malnutrition », a écrit Ellen Van Der Velden, chef de mission de Médecins Sans Frontières (MSF) en RCA, dans un courriel adressé à IRIN.

Le kwashiorkor est une affection causée par la malnutrition aiguë sévère (MAS) qui se caractérise par la présence d’odèmes à divers endroits sur le corps. (Voir cet article d’IRIN sur le jargon en matière de nutrition et d’alimentation.) [ http://www.irinnews.org/report/9370... ]

Le marasme est la forme la plus commune de malnutrition aiguë que l’on retrouve dans les situations d’urgence nutritionnelle. Selon le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF), sa forme la plus grave peut entraîner la mort très rapidement si elle n’est pas traitée. D’après l’UNICEF, la maladie « se caractérise par une émaciation grave touchant les graisses et les muscles, que le corps brûle pour générer de l’énergie. » [ http://www.unicef.org/nutrition/tra... ]

Augmentation des maladies

Selon Mme Van Der Velden, la récente mission exploratoire de MSF dans le sud-ouest de la RCA, soit dans les régions de Nola, de Boda, de Berberati, de Gamboula et de Gadzi, a révélé une augmentation des taux de malnutrition aiguë globale (GAM), qui oscillaient entre 6 et 10,3 pour cent. Les taux de MAS variaient quant à eux entre 1,3 et 5 pour cent. (La GAM se définit comme le taux total de malnutrition aiguë dans une population donnée, tandis que la MAS est une sous-catégorie de la GAM.)

« Cette situation, combinée avec la hausse des cas de paludisme, rend les enfants de la RCA encore plus vulnérables », a-t-elle dit.

Entre janvier et mars, les établissements de santé soutenus par MSF en RCA ont traité 74 729 patients atteints du paludisme, ce qui représente une augmentation spectaculaire par rapport à la même période l’an dernier, pendant laquelle 50 442 patients avaient été traités pour cette maladie.

Les enfants de moins de cinq ans sont l’un des groupes les plus touchés ; 23 910 enfants ont consulté pour le paludisme pendant cette période en 2012, contre 44 469 jusqu’à présent cette année.

Dans la région de Boguila, dans l’ouest de la RCA, le paludisme était à l’origine de 61 pour cent des consultations externes pour les enfants de moins de cinq ans pendant le premier trimestre de 2013, contre 41 pour cent pendant la même période en 2012.

Perturbations du système de santé

L’augmentation des maladies survient alors que les services de santé sont gravement perturbés. Les infrastructures de santé ont été pillées et le personnel a fui en raison de l’insécurité qui règne depuis le coup d’État du 24 mars dernier par les rebelles de la Séléka. [ http://www.irinnews.org/fr/report/9... ] [ http://www.irinnews.org/fr/report/9... ]

L’accès aux soins de santé et aux fournitures médicales est aussi un problème [ http://www.irinnews.org/fr/report/9... ].

« Dans un pays où l’espérance de vie est la deuxième plus faible au monde - seulement 48 ans -, les habitants sont encore plus vulnérables qu’avant », a dit Mme Van Der Velden. « La récente crise a eu des conséquences désastreuses. Les gens ont peur de se déplacer, ce qui réduit encore davantage l’accès aux soins de santé ; les pertes de revenus ont rendu encore plus difficile le paiement des frais médicaux ; et les systèmes d’approvisionnement en médicaments, déjà peu fiables, se sont complètement effondrés. Les taux de mortalité risquent de ne faire qu’augmenter au cours des prochains mois. »

Dans un rapport publié le 28 juin, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) a noté que les services de traitement de la malnutrition avaient cessé dans les centres et les unités d’alimentation thérapeutique de Berberati, dans la préfecture de Mambéré-Kadéï (sud), en raison d’un manque de fournitures nutritionnelles.

La population de Berberati est vulnérable à la malnutrition, et le manque d’argent pour acheter des vivres a forcé certains ménages à réduire le nombre de repas qu’ils prennent de deux à un seul par jour, selon l’OCHA.

D’après Mme Van Der Velden, « certaines fournitures médicales et nutritionnelles sont disponibles dans le pays, mais personne n’a la capacité de les distribuer dans tous les établissements de santé du pays et de s’assurer qu’elles sont correctement utilisées. »

Insécurité persistante

L’insécurité en RCA a également perturbé l’accès aux denrées essentielles et exacerbé les violations des droits de l’homme.

Selon l’OCHA, les gens qui vivent dans les environs de Damara et de Sibut « continuent de vivre sur leur ferme ou dans la forêt. Ils ne viennent en ville que dans la journée pour se procurer des produits essentiels et rentrent chez eux avant 15 heures. »

Les forces de la Séléka ont établi leurs propres autorités administratives et judiciaires à Damara et à Sibut, entravant du même coup l’accès des travailleurs humanitaires aux populations affectées de ces villes et des environs, indique l’OCHA.

Dans un compte-rendu sur la RCA publié le 5 juillet, le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés (HCR) a indiqué : « Dans l’ensemble, la situation sécuritaire dans le pays demeure très mauvaise et l’anarchie est généralisée. » [ http://www.unhcr.org/51d6a08e9.html ]

Les membres du personnel du HCR ont reçu des informations sur des « arrestations arbitraires et des détentions illégales, des actes de torture, des extorsions, des vols à main armée, des violences physiques, y compris des violences sexuelles, des viols et des tentatives de viol, des enlèvements, des restrictions de mouvement, des pillages ciblés et des attaques contre des civils », indique le compte-rendu.

Dans un rapport publié le 27 juin, Human Rights Watch (HRW) a appelé le Conseil de sécurité des Nations Unies à punir les auteurs de violations des droits. « Les combattants de la Séléka tuent des civils et incendient des villages et des villageois meurent dans le bush parce qu’ils ne reçoivent pas l’aide dont ils ont besoin », a déclaré Daniel Bekele, directeur de la division Afrique à HRW [ http://www.hrw.org/news/2013/06/27/... ].

Le mouvement de la Séléka est également aux prises avec des problèmes internes, le dernier en date étant l’arrestation d’un ministre de l’un de ses groupes constitutifs, la Convention patriotique pour le Salut Wa Kodro (CPSK), qui est accusé d’avoir recruté des mercenaires. Le 28 juin, des affrontements entre des membres de la Séléka et des civils armés ont fait plusieurs victimes dans la capitale, Bangui.

Source : http://www.irinnews.org

 
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