dimanche, 20 mai 2018
 

Centrafrique, Unité où es-tu ?

Je suis centrafricain de confession musulmane avec cette particularité illustrative de la cohésion sociale, celle d’avoir un père de confession musulmane et une mère d’origine chrétienne. Minoritaire certes, Il faut rappeler qu’avant même l’accession de notre pays à l’indépendance, il y’a bien des centrafricains de confession musulmane en Centrafrique. Il n’appartient donc pas à certains "hommes politiques" de décréter la mise hors du territoire de cette population, ni à certains de demander la partition de la Centrafrique.

Ce que nous vivons aujourd’hui en Centrafrique est la suite logique de l’incapacité des hommes politiques centrafricains qui ont brillé par une gestion politique basée sur la préférence ethnique, instaurant une culture d’impunité. L’histoire politique centrafricaine nous rappelle la vendetta subie il y’a quelques années par une ethnie entrainant l’exode massive de certains de ses membres vers des pays Africains.

Et voila qu’aujourd’hui l’aspect religieux s’invite dans le paysage politique, avec la prise du pouvoir de manière non démocratique par la coalition hétéroclite Seleka le 24 mars 2013, de la même manière par François Bozizé le 15 mars 2003. Il faut souligner que dans les deux cas le Tchad à joué un rôle important ce que certains par cécité politique font semblant d’oublier.

Habitant du quartier KM5 majoritairement musulmane, j’ai joué pendant plusieurs années au sein du club de foot, qui est le Stade Centrafricain considéré comme un club du quartier Boy Rabé. Pour évoluer dans ce club dont certains témoins sont encore vivants (Benoit Vincent Wakoro, Etienne Sekela, Mama Come, Jean Sogue, Adrien Mamocko, Marcel Ibara) on ne faisait pas référence à la religion de tel ou tel joueur, ni non plus à l’appartenance religieuse, et encore moins à l’aspect ethnique.

Face à la barbarie, à la déstructuration de la cohésion sociale, "les leaders politiques" ont fait preuve d’un mutisme total. Alors que la maison commune est en train de bruler qu’apportent-ils comme contribution afin de mettre fin à cette situation ? Rien à pars se préparer pour les prochaines échéances électorales, à attiser à distance cette haine contre une certaine catégorie de population, ou enfin réfléchir à mener une autre rébellion pour conquérir le pouvoir.

Les images insoutenables diffusés par les médias témoignent l’état de barbarie dans lequel est plongé notre pays avec comme principaux acteurs l’ex rébellion Seleka, et la milice chrétienne "anti balaka". Décapiter une personne, bruler le corps, brandir les membres, manger sa chair, bloquer l’accès au cimetière, empêchant des parents d’aller enterrer des corps, détruire des maisons démontrent le degrés de haine entre des populations qui vivaient en parfaite harmonie avant que les politiques à travers certaines pratiques, certains discours détruisent cette cohésion sociale . Pourra-t-on oublier ces images ? Quand je lis qu’un responsable de la milice anti-balaka bien identifié déclare vouloir protégé la population musulmane, je me dis de qui se moque-t-on ? Il faut le dire clairement c’est une opération planifiée d’épuration religieuses que vit actuellement les musulmans en Centrafrique.

Le génocide s’entend de l’un des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux. Comme le précisait le jeudi 16 janvier l’ONU, tous les éléments sont réunis pour un génocide en Centrafrique. L’émoi de la communauté internationale, réclamant des « sanctions exemplaires » ne suffit pas il faudrait mettre fin aux exactions des deux cotés, à l’exil forcé de la population Centrafricaine de confession musulmane. Que les responsables (à tous les niveaux) de cette théorie de lynchage, de pillage, répondent de leurs actes devant la juridiction internationale. Qui distribue les armes, les machettes avec comme seul objectif de tuer, un chrétien ou un musulman ?

Le chef des opérations humanitaires de l’ONU, John Ging indiquait lors de sa conférence de presse à Genève " il y’a tous les éléments que nous avons vus dans des endroits comme le Rwanda, la Bosnie, les éléments sont là pour un génocide. Cela ne fait pas de doute" Des crimes de guerres des deux cotés, à savoir les représailles de l’ex rébellion et les tueries commises par les milices chrétiennes, des crimes qui incluent des mutilations, des destructions volontaires d’édifices religieux, le déplacement forcé en grand nombre comme en témoigne le tarmac de l’aéroport de Bangui, ou le départ forcé de certains centrafricains de confession musulmane vers d’autres pays, des exactions extra judicaires.

Quand j’apprends qu’aujourd’hui au Km5, mes amis d’enfance de confession chrétienne n’ont plus droit de cité, et dans d’autres quartiers c’est la chasse aux personnes de confession musulmane, ceci n’est que la résultante de cette course effrénée pour prendre le pouvoir, ou bien de la reconquérir. Et dans la situation actuelle, les principaux acteurs sont bien identifiés : à savoir Michel Djotodia et François Bozizé.

L’image du 4 février montrant des éléments de la force armée centrafricaine entrain de lyncher un autre militaire soupçonné d’être un membre de l’ex rébellion Seleka pose la question de sécurité de la population centrafricaine de confession musulmane, et de la neutralité de l’armée. Le gouvernement doit tenir sa parole en arrêtant les responsables de cet acte ignominieux bien identifiable grâce à la nouvelle technologie.

Le dernier rapport d’Amnesty international concernant la situation centrafricaine fait état "Des crimes de guerres des deux cotés" Amnesty International et Human Rights Watch détiennent des preuves des ces atrocités, et la suite logique doit être la saisine de la cour pénale internationale pour que les commanditaires, les théoriciens, les distributeurs des machettes, des armes, et les auteurs de ces massacres puissent répondre de leurs actes devant la juridiction internationale.

Dans ce contexte, la nomination le 22 janvier d’une commission internationale d’enquête sur les exactions, la violation du droit de l’homme en Centrafrique par le secrétaire général de l’ONU, Ban Ki-Moon est un premier pas important. Il faut saluer également l’initiative prise par les États-Unis, celle de prendre des sanctions "ciblées" contre ceux qui favorisent la violence en Centrafrique. Le dispositif de la CPI étant mis en place il faudrait que les choses avancent vite, car Ne pas traduire les coupables de ces crimes horribles devant la cour pénale internationale laisse la porte ouverte à d’autres massacres. La communauté internationale reconnait que ce qui se passe aujourd’hui en Centrafrique, est un génocide, crime de guerre, les auteurs ne doivent pas échapper à la justice internationale.

TANKO - TCHAÏBOU Moussa

Thouaré sur Loire – Département de Loire Atlantique

Source : http://www.sozoala.com

 
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