dimanche, 25 septembre 2016
 

Programme « travail contre paix » en RCA

BANGUI - Des milliers de jeunes de Bangui, la capitale de la République centrafricaine (RCA), devraient se voir offrir un emploi dans le cadre d’un programme de travaux publics financé par les bailleurs de fonds qui se donne pour objectif, outre la restructuration des infrastructures des base, de réduire le niveau des violences qui ont fait des centaines de victimes ces derniers mois, ont poussé le gros de la population musulmane de Bangui à fuir la ville, et ont engendré le pillage et la destruction de biens à grande échelle. [ http://www.irinnews.org/report/9977... ]

« Il est clair que la crise ici est en grande partie due au manque de travail chez les jeunes. S’il y avait davantage de possibilités d’emploi, il y aurait moins de gangs et de criminalité à Bangui », a dit Éric Levron, expert en moyens de subsistance auprès du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), qui finance le programme en quatre ans, d’un montant de 31 millions de dollars US, en collaboration avec l’Agence française de développement (AFD), la Banque mondiale et l’Union européenne.

Un porte-parole de l’Agence d’exécution des travaux d’intérêt public (AGETIP) en République centrafricaine, Lucien Gon, a dit que l’objectif était d’employer autant de jeunes que possible « afin qu’ils soient fatigués et qu’ils dorment bien la nuit au lieu de faire des choses stupides ». Bangui, en particulier, a été le théâtre de violences sans précédent depuis décembre 2013, avec des attaques visant la population musulmane de la ville, suivies de représailles. Bon nombre de musulmans, notamment les milices connues sous le nom d’anti-balaka, tenues collectivement pour responsable des atrocités commises à travers tout le pays plus tôt cette année, lorsque la République centrafricaine était sous contrôle d’une alliance majoritairement musulmane de groupes rebelles qui s’était emparée du pouvoir en mars. [ http://www.irinnews.org/report/9963... ]

Afin qu’un maximum de personnes participent au dégagement des rigoles de drainage et des canalisations d’égout ainsi qu’à l’amélioration des routes, les entreprises privées auxquelles l’AGETIP a confié les travaux devront limiter les contrats des employés non qualifiés à une durée de 45 jours.

« C’est la première fois, à ma connaissance, que des bailleurs de fonds fixent ce type de condition à des entreprises privées soumissionnant pour ce genre de travaux », a-t-il dit.

Cette condition inhabituelle est révélatrice de la détermination des bailleurs de fonds à répartir les opportunités d’emploi et les revenus, en particulier parmi des fauteurs de troubles. Il est prévu que des milliers de personnes obtiennent un emploi par le biais de ce programme.

Les bailleurs de fonds exigeront également des entreprises prenant part au programme qu’elles augmentent leur barème de rémunération pour les employés non qualifiés, de 1 300 francs CFA (2,75 dollars US) en moyenne à 2 500 francs CFA (5,28 dollars US) par jour pour les contrats de moins de 15 jours ou 2 000 francs CFA pour les contrats d’une durée allant de 15 à 45 jours.

Le projet pourrait aider à relancer les moyens de subsistance

Un mois de travail à ce taux de rémunération pourrait suffire à aider de nombreux jeunes à continuer de gagner leur vie, a dit Frédéric Linardon, directeur pays de l’ONG ACTED (Agence d’aide à la coopération technique et au développement), qui supervise un projet de travaux publics à Bangui.

« Notre expérience en matière de programmes "travail contre rémunération" nous a enseigné que les jeunes sont capable d’économiser suffisamment d’argent, avec un contrat d’un mois seulement, pour relancer le type d’activité qu’ils avaient avant la crise - comme marchand ambulant, par exemple », a-t-il dit.

Un ouvrier agricole employé dans le cadre d’un projet similaire avec l’ONG Solidarités International à Bangui s’est félicité de l’annonce par les bailleurs de fonds du lancement de nombreux travaux à Bangui.

« C’est une excellente nouvelle », a dit Cédric Ondukala à IRIN, en s’arrêtant un instant de creuser une rigole de drainage dans le district de Pétévo. « Lorsqu’ils fournissent du travail comme ça, les gens se sentent bien, ils ne vont pas se mettre à piller ou s’introduire chez les autres ».

Un autre travailleur a objecté que 2 500 francs CFA par jour, c’était peu. Un superviseur, Anguerran Bongi, a confirmé que le taux de rémunération habituel des entreprises privées pour ce type de travaux était de 1 500 CFA.

Les équipes sont constituées par un chef de quartier, ont dit les travailleurs.

M. Gon de l’AGETIP a dit qu’il serait judicieux d’engager certains travailleurs par arrondissement (l’unité administrative supérieure), de façon à offrir des emplois aux jeunes de Bangui venus des provinces.

Nombre d’entre eux sont arrivés à la capitale avec les anti-balaka en décembre, et rentrent donc dans la cible de ces programmes, mais courent le risque d’être exclus par les chefs de quartier.

Des programmes concentrés à Bangui

Jusqu’à présent, tous les travaux nécessitant une main-d’ouvre importante ont été programmés à Bangui, mais M. Gon a précisé que d’autres projets seraient lancés en dehors de la capitale - dans le sud-ouest du pays dans un premier temps - lorsque les conditions de sécurité le permettront.

« Bangui a été la plus touchée par les violences, il est donc légitime que les travaux commencent ici », a-t-il dit.

Traditionnellement, les gouvernements de République centrafricaine ont concentré leur attention et leurs ressources sur la capitale au détriment du reste du pays, et la plupart des collaborateurs clés des agences humanitaires et des ONG internationales se trouvent actuellement dans la capitale, autant de facteurs susceptibles de contribuer à faire converger les dépenses en développement vers Bangui.

Bien que l’insécurité persiste, l’accès routier à la plupart des régions du pays est aujourd’hui plus simple qu’il y a deux mois, a dit Jacques Terrenoire, un porte-parole de la communauté des ONG en République centrafricaine, la semaine dernière. Les ONG et les soldats de maintien de la paix internationaux sont présents dans la plupart des grandes villes de l’ouest de la République centrafricaine, où la population est concentrée.

Frédéric Linardon d’ACTED a dit à IRIN que ces deux derniers mois, les bailleurs de fonds avaient évoqué la possibilité d’entreprendre des programmes nécessitant une main-d’ouvre importante dans des régions rurales de la République centrafricaine, pour améliorer les routes et développer l’agriculture.

Le manque de ressources pour rémunérer le travail est le principal obstacle à l’expansion de l’agriculture en République centrafricaine, dont des régions entières pâtissent des violences depuis plus d’un an. L’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) et ses partenaires tentent de distribuer des graines et des outils à 75 000 foyers, mais l’idée consistant à aider financièrement les villageois pour qu’ils engagent de la main-d’ouvre et qu’ils labourent des zones plus étendues a été jugée « trop conventionnelle », a dit M. Linardon.

Les bailleurs de fonds et les ONG sont mal à l’aise à l’idée d’investir de l’argent dans des projets susceptibles de profiter aux propriétaires fonciers de façon disproportionnée, a dit un autre travailleur d’une ONG.

Néanmoins, le responsable des bureaux de l’AFD à Bangui, Julien Boglietto, a dit à IRIN que l’agence souhaitait apporter son soutien à l’agriculture et à la réhabilitation des routes rurales en République centrafricaine par le biais de programmes « travail contre rémunération » nécessitant une main d’ouvre importante.

Il a suggéré que l’AFD pourrait tenter de lancer des projets pilotes dans ces régions « pour montrer aux autres bailleurs de fonds que c’est possible ».

Source : http://www.irinnews.org

 
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