dimanche, 20 août 2017
 

RÉPUBLIQUE DU CONGO : LETTRE OUVERTE A M. FRANÇOIS HOLLANDE, PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE

La coalition « Tournons la Page » demande à la France de condamner fermement les conditions dans lesquelles Denis Sassou Nguesso a été proclamé président de la République du Congo et la répression exercée par le pouvoir à l’encontre de la population.

Monsieur le Président de la République,

Alors que la Cour constitutionnelle de la République du Congo a proclamé, le 4 avril 2016, les résultats définitifs du scrutin présidentiel annonçant la victoire au premier tour du président Denis Sassou Nguesso avec 60,39% des voix, les évènements récents survenus dans les quartiers Sud de Brazzaville et le département du Pool – tirs à l’arme lourde, affrontements accompagnés d’importants déplacements de population, arrestations arbitraires – font craindre que la République du Congo ne s’enfonce inexorablement dans une nouvelle crise politico-humanitaire.

Une attitude timide de la France a suivi, jusqu’à ce jour, la proclamation officielle le 24 mars 2016 des résultats du scrutin présidentiel par la Commission Électorale Nationale Indépendante, alors que les procès-verbaux n’ont pas été entièrement compilés.

La seule réaction est venue du Quai d’Orsay qui s’est contenté, avant l’élection, d’appeler à « un processus électoral crédible conduisant à des scrutins libres et transparents, dans le respect de l’État de droit et des libertés publiques », et, suite aux évènements post-électoraux, « à la retenue » de toutes les parties.

Pourtant, le scénario de l’élection présidentielle en République du Congo s’est déroulé exactement selon les prévisions, l’organisation et les calculs de Denis Sassou Nguesso, à la tête de l’Etat depuis 32 ans, de 1979 à 1992, et depuis 1997, année de son retour au pouvoir par les armes :
- • D’abord, fin septembre, l’annonce d’un référendum pour faire approuver le changement de Constitution a provoqué, par anticipation, des manifestations de protestation : une répression meurtrière a tué au moins 46 personnes et blessé des dizaines d’autres.
- • Ensuite, comme prévu, le référendum aux résultats écrasants, qui n’ont été reconnus ni par la France ni par la communauté internationale, a permis de modifier la Constitution, ouvrant la voie à un nombre illimité de mandats et à la suppression de la limite d’âge.
- • L’anticipation, arbitraire et sans justification, de la date de l’élection présidentielle, prévue pour le mois de juillet, a pris de cours l’opposition et laissé au pouvoir tous les moyens pour la mettre en scène selon ses plans au point que l’Union Européenne a refusé d’envoyer des observateurs.
- • Finalement, le spectacle s’est terminé par la mascarade électorale du 20 mars 2016, jouée à huis clos, après avoir coupé tous les moyens de communication aussi bien intérieurs qu’extérieurs, internet comme téléphone.

En manipulant le processus électoral, Denis Sassou Nguesso a bafoué les engagements régionaux et internationaux signés par la République du Congo, en particulier la Charte africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance et la Déclaration de Bamako sur les pratiques de la démocratie, des droits et des libertés dans l’espace francophone de l’Organisation Internationale de la Francophonie.

Un communiqué du 25 mars 2016 du Parti socialiste français a d’ailleurs dénoncé « l’absence de transparence de l’élection présidentielle en jugeant non crédible le résultat annoncé par une commission électorale notoirement partiale ».

C’est pourquoi, les membres de la coalition « Tournons la page », attendent aujourd’hui que la France rejette fermement les résultats du scrutin présidentiel du 20 mars 2016 et ne reconnaisse pas la légitimité du président Denis Sassou Nguesso.

Pour rendre effective cette condamnation, ils vous demandent instamment, Monsieur le Président de :
- • appeler à la publication des résultats détaillés du scrutin présidentiel selon les procès-verbaux issus des bureaux de vote, afin que puisse être vérifié l’ordre de classement des candidats au premier tour ;
- • dénoncer la répression exercée par le pouvoir à l’encontre de la population ;
- • entamer la révision des accords de coopération bilatérale avec la République du Congo, en particulier, d’appui militaire ;
- • prendre, au niveau européen, des sanctions à l’encontre des personnalités impliquées dans cette manipulation du processus électoral : gel et surveillance des avoirs à l’étranger et interdiction de circulation dans l’espace Schengen.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président de la République, l’expression de notre très haute considération.

Les membres de la coalition « Tournons la Page », le 12 avril 2016

 
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