vendredi, 21 juillet 2017
 

RDC : Communiqué de Presse du Dr Denis Mukwege

En ce début de mois de mai, plus de 50 personnes ont été sauvagement massacrées dans le Territoire de Béni, dans la Province du Nord Kivu, à l’Est de la République Démocratique du Congo. Depuis octobre 2014, le bilan s’élève à plus de 600 morts ! Les images de ces atrocités de masses sont insupportables : des femmes enceintes éventrées, des bébés mutilés, des êtres humains ligotés et égorgés à l’arme blanche.

Du fond de mon cœur, j’adresse mes condoléances les plus sincères et attristées à toutes les familles frappées par cette barbarie ignoble, et aussi à tous mes compatriotes et à tous les amis du Congo qui s’identifient aux victimes de Béni, de Lubero, de Rutshuru et d’ailleurs.

Nos cœurs sont profondément meurtris, et nos blessures liées aux conflits armés récurrents dans la région ; les crimes et barbaries qui sévissent dans l’Est de la RDC depuis 20 ans refont surface avec une nouvelle intensité. La population a le sentiment d’être abandonné et livré à elle-même.

Le sang des Congolais doit cesser de couler. Rien ne saurait justifier de pareilles cruautés qui passent dans l’actualité comme de simples faits divers. Chaque vie compte. Alors que nos gouvernants organisent une impasse politique et se livrent, à plus de 2000 km de Béni, à une fausse bataille d’interprétation de notre Constitution qui constitue en réalité une démarche bassement politicienne ayant pour objectif de perpétuer un chaos organisé visant la préservation des privilèges de quelques proches du pouvoir, le mal court, traverse nos villages laissant, derrière lui, terreur, chaos, sang et maisons en feu.

Les Congolais sont exaspérés, meurtris et humiliés. Ils réclament plus de responsabilité et d’efficacité de la part de ceux qui les gouvernent. Ils se mobilisent pour parvenir au changement tant attendu.

Les manœuvres dilatoires ayant pour projet apparent d’hypothéquer l’organisation des élections dans les délais constitutionnels préparent un « glissement » extrêmement dangereux et une violation de la résolution 2277 du Conseil de Sécurité des Nations Unies et des principes de la Chartre Africaine de la démocratie, des élections et de la gouvernance, qui entrainerait une prolongation des souffrances du peuple congolais, en vue de mieux l’assujettir et continuer à exploiter ses ressources sans redevabilité.

La solution définitive de la RDC requiert une prise en compte holistique du mal congolais, qui passera d’abord par l’éveil de la conscience patriotique du peuple, ensuite par la refondation de l’Etat, et enfin par l’instauration d’un état de droit respectueux des droits humains et une gouvernance orientée vers la satisfaction de l’intérêt général : en bref, un changement radical de l’actuel système. Pour y arriver, l’acteur principal reste le peuple congolais qui doit s’assumer en tant que détenteur primaire de la souveraineté nationale.

J’en appelle, une fois encore, à la communauté internationale pour mettre en œuvre sa responsabilité de protéger les populations civiles au cœur de la région des Grands Lacs, où la vérité et la justice ont été sacrifiées sur l’autel de la paix que nous attendons depuis trop longtemps, car jusqu’à ce jour nous n’avons ni la paix, ni la justice.

Ces derniers massacres commis à l’Est du Congo illustrent à suffisance, hélas, que la paix ne saurait s’obtenir au détriment de la justice. Je me rappelle les mots écrits en 1963 par le Dr. Martin Luther King, Jr. : « Une justice trop tardive est un déni de justice ». La paix ne peut être atteinte que lorsque le respect des droits humains et des libertés fondamentales, allant de pair avec un développement économique et l’accès à l’éducation et à la justice pour tous, seront reconnus par notre gouvernement et la communauté internationale.

Dr. Denis Mukwege, PhD

 
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