mardi, 22 janvier 2019
 

RDC : Ludo Martens a tiré sa révérence

Le président du Parti du Travail Belge (Ptb), Ludo Martens n’est plus. Le Che européen a quitté ce monde le 5 juin dernier à 1 heure, heure de Bruxelles. Comme tout homme qui aura passé l’essentiel de son temps sur cette terre des hommes à rendre service, il n’a pas eu une mort agitée. C’est un saint homme dont le témoignage d’amour pour les autres n’a pas besoin d’une longue enquête pour reconnaître ses mérites à ciel ouvert avant de le « canoniser ». Ludo Martens s’en est allé paisiblement sans transition entre le sommeil et la mort. Son corps est gardé à la morgue de Ste Gertrude à Bruxelles.

Le programme des obsèques sera rendu public dans les heures qui viennent. A Kinshasa où Ludo Martens est un fils du pays à la manière de Ernesto Che Guevara à Cuba, il est prévu également une manifestation, une « messe » des nationalistes de la gauche congolaise. Tous ceux qui ont aimé et travaillé avec Ludo Martens lui rendront les derniers hommages. Ce sera l’occasion de dire à tous ceux que Ludo Martens a encouragés et soutenus dans leur foi dans la lutte anti-impérialiste, que Ludo est mort, mais il est vivant parmi nous dans la lutte contre la domination et les inégalités. Son exemple, selon lequel on peut vivre pour les autres, doit servir de serment à la chancelante lutte anti-impérialiste en Rdc. Ludo est un témoignage de vie pour quiconque recherche la meilleure façon de se mettre au service d’une vie meilleure pour tous.

Campagne de diabolisation

Pour son engagement au Congo, il a eu à supporter des coups qu’il a encaissés en lieu et place de nous Congolais parfois distraits par l’événementiel et le bassement matériel. Dans ce monde dominé par des intérêts égoïstes, très peu comprenaient pourquoi ce blanc au cœur noir avait quitté son pays pour vivre dans les quartiers populaires de Kinshasa. En effet, Ludo a vécu à Matonge et avait son champ d’action à Masina, à Kimbaseke, au Camp Luka, bref dans la périphérie périphérique de Kinshasa. Pour certains, il venait chercher fortune. « Pauvres fous qui croient que rien n’est grand parce que eux-mêmes sont petits ». Ces critiques, ces insinuations, venaient essentiellement des milieux de la presse belge dont le but inavoué était de démobiliser autour de Ludo Martens en le diabolisant. Combatif, il a eu à remettre les auteurs de ces insinuations à leur place : « Il ne me serait jamais venu à l’esprit de demander le moindre centime à un pays qui a été pillé, ruiné et anéanti par l’Occident et son bichon Mobutu. Le responsable des finances du Parti du Travail de Belgique sait que mon travail au Congo coûte plus de 300.000 francs par an, payés par les cotisations des travailleurs, infirmières, employés, professeurs et médecins belges… ».

Un homme des cités populaires

En effet, il s’installait toujours un centre d’attraction, partout où s’installait Ludo Martens. Car, il savait créer une vie publique pour une bonne éducation politique. Ludo Martens apprenait, en effet, aux Congolais à se fabriquer une armure contre toute forme d’exploitation. Il les aidait à aller de l’assistance à la libération. Cette lutte ne pouvait pas plaire à ceux qui voulaient créer en Rdc les conditions d’assistance permanente et éternelle, donnant ainsi aux Congolais l’image dramatique d’un mendiant qui se sert d’un bol en or massif pour demander de l’aumône. Pour ce faire, Ludo Martens a travaillé dur sous le soleil caniculaire de Kinshasa ou d’autres provinces de la Rdc. Il fait ici son propre témoignage : « J’ai donné des dizaines de conférences dans les quartiers populaires de Kinshasa, de Kikwit et de Lubumbashi.

En trois ans, j’ai donné quelque 20 heures d’interviews aux deux télévisions nationales et à celles de Lubumbashi et Kikwit ». Ludo Martens n’a jamais eu des gardes même pendant des périodes troubles où il n’était pas facile d’être blanc dans les rues de Kinshasa. Son discours accroche au point de devenir subversif pour les partisans du néocolonial, parmi lesquels Huismans à qui Ludo Martens fait cette remarque : « Monsieur Huismans peut aller demander, à peu près partout au Congo, ce que les gens des « cités » pensent de mes exposés. Si cela le tente, il pourrait organiser une confrontation entre son informateur « congolais » Mayele et moi-même, dans n’importe quel quartier populaire de Kinshasa. Il verra ce qui inquiète le plus « les Congolais » : mon analyse de la guerre au Congo ou le rôle que le sieur Mayele a joué en faveur des agresseurs rwandais… ». Et Ludo de poursuivre : « Huismans s’est également entretenu avec un « coopérant » qui prétend qu’à Kinshasa et Lubumbashi, Ludo Martens « excite contre les Belges, et surtout contre les Américains, les jeunes chômeurs qui suivent des formations dans les Comités du Pouvoir populaire ». Suite à ces « excitations » de ma part, des « jeunes en colère » auraient « agressé des journalistes belges qui accompagnaient Louis Michel » aux funérailles de Kabila ». Comme on le voit Ludo Martens, prophète de la lutte anti-impérialiste, a été plus d’une fois, le bouc-émissaire des valets du néocolonialisme dont l’arme, on s’en souvient, c’est la diabolisation en touchant la corde sensible de l’opinion impérialiste. C’est ainsi que, dans un pays où les dirigeants affichaient les attitudes anti-impérialistes, il fallait un bouc-émissaire, quelqu’un pour payer à la place de tous.

Ludo n’a jamais eu besoin de s’offrir en martyr, mais en combattant contre toute injustice, même celles qui le frappaient lui. Il s’inscrit en faux contre certaines critiques : « J’ai écrit des centaines de pages et tenu des dizaines de conférences autour d’un seul thème central. Le Congo se trouve aujourd’hui dans une situation de destruction presque complète et de misère criarde parce que, depuis son indépendance, il a toujours été dominé et exploité par les multinationales et banques occidentales. Parce qu’il a été dirigé par des politiciens congolais qui n’ont donné qu’une façade noire à la continuation du contrôle par l’impérialisme. Le Congo ne sortira de l’enfer inhumain dans lequel il est plongé aujourd’hui que lorsqu’il aura mis en place un pouvoir politique nationaliste fort. Ce n’est qu’en organisant et en mobilisant toute la population que l’on assurera l’indépendance et la souveraineté du Congo et que l’on pourra entamer un développement économique qui résoudra vraiment les problèmes économiques et culturels des masses populaires ».

Le discours de Ludo Martens sur base d’une conscience historique lucide, est différent de celui de tous ceux qui réfléchissent au jour le jour, au gré de ce qu’ils ont dans le ventre, ceux qui font aujourd’hui une critique à la surface sur la situation de la Rdc. Autant Ludo Martens était convaincu par le travail politique, l’homme peut tout changer le destin de son pays, jusqu’à soulever des montagnes, autant il avait conscience des obstacles à franchir face à l’impérialisme à la peau dure et aux impérialistes sans cesse aux aguets contre tout discours de changement. Que son âme repose en paix.

Joachim Diana G.

Source : http://www.groupelavenir.cd/

 
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