mardi, 17 octobre 2017
 

RECRUDESCENCE DE LA VIOLENCE CONTRE LES FEMMES EN RD CONGO

Kanyarucinya. Octobre 2012. Dans ce petit village situé à une dizaine de kilomètres au nord de Goma et à 17 km environ de la ligne de front, quelques 60.000 personnes ont trouvé un très provisoire refuge.

L’histoire se répète dramatiquement : la plupart de ces familles avaient déjà fui leur maison en 2008, lorsque le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP), une milice tutsie, avait menacé d’attaquer Goma, la capitale de la Province du Nord-Kivu.

A la suite d’un accord de paix signé avec le gouvernement de Kinshasa, la plupart des membres du CNDP avaient été intégrés dans l’armée congolaise en 2009.

Ce sont ces combattants qui se sont mutinés en avril-mai 2012, quittant l’armée pour former le M23, un nouveau mouvement rebelle.

A l’instar des familles regroupées à Kanyarucinya, en pleine saison des pluies, sous des abris de fortune qui prennent l’eau de toute part, quelques 390. 000 nouveaux déplacés internes ont fui les combats qui opposent depuis six mois les Forces armées congolaises (FARDC) et les mutins du M23, selon les chiffres de l’UNCHR, le Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés.

Plus de 60.000 autres personnes se sont réfugiées au Rwanda et en Ouganda.

En septembre 2011, j’avais rencontré à Kinshasa Angélique Kipulu Katani, responsable des questions de genre et vice-présidente de la Confédération syndicale congolaise (CSC).

Elle m’avait expliqué que, depuis près de vingt ans (depuis le génocide rwandais de 1994, plus précisément), l’est du Congo n’avait plus jamais connu la paix.

Seulement de courtes périodes de trompeuse accalmie. Et que, bien sûr, sur des terres où s’affrontent sans cesse des hommes armés, les femmes sont les premières victimes.

« A chaque fois qu’elles se rendent aux champs, elles sont menacées.

Les viols concernent des filles et femmes de tous âges, des bébés aux dames âgées. Ils sont commis par des groupes armés (Interahamwe, Maï-Maï, etc.), mais aussi par nos militaires. Ils entrent dans un village, violent les femmes et les emmènent parfois dans la forêt comme prisonnières. »

Une insécurité explosive

Au Sud-Kivu, la situation est également très tendue. Le 31 octobre, Bukavu a connu une journée ville morte pour protester contre l’insécurité croissante et les assassinats qui se multiplient.

Organisée à l’appel du bureau de la société civile, la grève a connu un large succès, malgré les messages des autorités, appelant à ne pas suivre le mouvement.

Le 25 octobre, le célèbre Dr Denis Mukwege avait échappé de justesse à un attentat.

Mondialement connu, ce gynécologue obstétricien, qui dirige l’hôpital Panzi à Bukavu, se consacre depuis des années aux femmes victimes de violences sexuelles.

En 12 ans, il a opéré plus de 30.000 d’entre elles, atteintes de lésions génitales souvent extrêmement graves.

Lorsqu’il en parle, ses récits sont insoutenables. Un jour, explique-t-il par exemple, j’ai opéré une jeune fille de 18, 19 ans qui avait été violée. « On avait introduit un canon de fusil dans son vagin et tiré.

Elle avait tout le système uro-génital en lambeaux. J’ai essayé de la recoudre comme j’ai pu. Il a fallu six opérations ».

Suite à cette tentative d’assassinat contre le Dr Mukwege, dont les auteurs n’ont toujours pas été appréhendés ni les motifs élucidés, le gynécologue s’est réfugié en Belgique avec toute sa famille. Au désespoir de toutes les femmes victimes de sévices sexuels !

Le viol comme une arme de guerre

D’après lui, le viol est véritablement utilisé dans l’est de la RD Congo comme une arme de guerre pour terroriser la population, déstructurer la société et favoriser ainsi l’exploitation illégale des fabuleuses richesses du pays.

Selon la journaliste Colette Braeckman, qui vient de lui consacrer un livre, le Dr Mukwege soupçonnerait même le viol de faire partie d’un plan pour dépeupler le Kivu et y installer d’autres populations que les originaires.

Outre ces violences liées aux conflits, les femmes sont aussi victimes d’exactions sur les lieux de travail : harcèlement sexuel, renvoi des femmes enceintes, discriminations et conditions de travail inhumaines.

Sans compter la violence domestique.

« En RDC, les statistiques indiquent que 2 femmes sur 3 en souffrent au quotidien, s’indigne Jeanine Gabrielle Ngungu, coordinatrice nationale de la campagne « Nous pouvons mettre fin à toutes les violences contre les femmes ». Pour que ce pays puisse se développer, poursuit-elle, il faut que la place de la femme, son rôle et sa dignité y soient reconnus. »

Arrêter les violences. Maintenant

Le 25 novembre aura lieu la journée internationale de lutte contre les violences faites aux femmes. Instaurée en 1999 par l’Assemblée générale des Nations unies, elle est, chaque année, l’occasion pour les syndicats, les associations féministes et tous ceux qui veulent promouvoir l’égalité des genres de se mobiliser pour faire reculer les violences sexistes.

Dans le cas de la RD Congo, il est urgent tout d’abord d’organiser des campagnes de sensibilisation du grand public ; ensuite d’interpeller la communauté internationale pour qu’elle fasse réellement pression sur le Rwanda et l’Ouganda afin que ces pays cessent de soutenir le M23, un appui révélé par un rapport extrêmement documenté des Nations unies.

Et enfin, d’appeler le gouvernement de la RDC à prendre des mesures fermes pour rétablir la sécurité dans l’est du pays, poursuivre en justice les responsables de violences sexuelles et mettre ainsi un terme à l’impunité. Maintenant.

Par Anne-Marie Impe

Source : http://www.equaltimes.org

 
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