lundi, 24 septembre 2018
 

Création d’un collectif citoyen pour un audit de la dette gabonaise

Alors que le Gabon vient de fêter, tristement, les 50 ans de la prise du pouvoir du clan Bongo, un collectif d’ONG, de syndicats et de chercheurs indépendants, gabonais et français, ont décidé de s’associer pour réaliser un audit citoyen de la dette publique du Gabon.

Le Gabon est, en Afrique, un des exemples les plus caricaturaux et dramatiques du scandale des dettes illégitimes et de la Françafrique. Alors que le pays est doté d’immenses richesses naturelles et minières, la population qui, pour 88 % d’entre elle, n’a connu que la famille Bongo au pouvoir, n’en voit aucunement la couleur. Alors que le revenu national brut par habitant est 7 fois plus élevé que la moyenne des pays d’Afrique subsaharienne, 34 % de la population gabonaise vit encore sous le seuil de pauvreté, le Gabon ne se classant qu’à la 109e place au classement des pays en fonction de leur indice de développement humain (IDH).

Si en 2008 la dette officielle n’atteignait que 18 % du PIB, elle atteindrait aujourd’hui près de 64 % du PIB du pays (près de 4200 milliards FCFA). Comme l’explique Simon Perrin, du CADTM : « Le Gabon n’a eu de cesse de cacher ses arriérés et avances de la Banque centrale, c’est pourquoi l’on ne sait pas exactement à combien s’élève aujourd’hui le niveau réel d’endettement. Mais ce qui est clair, c’est que, depuis qu’Ali Bongo est arrivé à la présidence en 2009, la dette a au minimum triplé, représentant une hausse du taux d’endettement - par rapport au PIB donc - de +256 %. Le service de la dette, lui, dépasse les 30 % des recettes budgétaires, ce qui empêche tout projet de développement pour la population gabonaise. Le collectif citoyen sur la dette du Gabon se donne pour objectif de révéler les montants véritables de cette dette ».

Le niveau de pauvreté de la population et l’endettement croissant de ce pays riche en matières premières s’expliquent notamment par le pillage de ses ressources. Comme l’explique Marc Ona Essangui, coordinateur de Tournons la Page Gabon : « Depuis l’indépendance du Gabon, le pouvoir en place brade les ressources naturelles du pays à des entreprises étrangères - au premier rang desquelles des françaises – et ce au détriment de la population. Le collectif citoyen sur la dette du Gabon compte mettre en lumière l’implication des multinationales étrangères, soutenues par les bailleurs, dans ce processus d’endettement, mais aussi leurs responsabilités dans les violations des droits humains, économiques, sociaux et environnementaux. »

Mais le niveau d’endettement du Gabon s’explique aussi par les détournements de fonds, et ce depuis des décennies, par des membres du clan Bongo. D’après Régis Essono, membre de Survie : « Alors qu’il est de notoriété publique qu’une importante partie des fonds publics sont détournés par des membres du pouvoir, comme l’illustrent très bien les nombreux hôtels particuliers en France, et dans d’autres pays occidentaux, des Bongo, les créanciers ont continué à fournir des prêts au pouvoir gabonais au fil des années. On peut donc légitimement penser qu’une partie de la dette du pays est illégitime et odieuse. Cet audit citoyen a aussi pour but de mettre en lumière les parties illégitimes et odieuses de la dette du Gabon, afin d’exiger leur annulation ».

Le collectif se donne donc deux objectifs :

- réaliser un audit citoyen de la dette publique du Gabon afin de révéler les montants véritables de cette dette, de mettre en lumière la complicité des bailleurs tels que la France, et d’exiger l’annulation des parties illégitimes et odieuses de la dette du Gabon ;
- mettre en lumière l’implication des multinationales soutenues par les bailleurs dans ce processus d’endettement, et dénoncer leurs responsabilités quant aux conséquences tragiques pour les droits humains, économiques, sociaux et environnementaux.

Signataires :

- Comité pour l’abolition des dettes illégitimes (CADTM)
- Association Survie – Ensemble contre la Françafrique
- Tournons la Page Gabon

 
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