mardi, 21 novembre 2017
 

Gabon – De quel bois se chauffe le patronat français

Ali Bongo s’est lancé dans la réforme de la filière du bois, certainement pour donner le change d’une campagne menée à travers le pays sur le « Gabon émergent » et surtout pour faire avaler la pilule, particulièrement amère, d’une arrivée au pouvoir sur la base d’élections truquées. Secteur économique particulièrement important, puisqu’il est le premier employeur privé du pays (28% de la population active dépend directement ou indirectement de cette filière), l’idée de cette réforme, lancée le 6 novembre après un conseil des Ministres, est simple : interdire l’exportation des grumes (1) du Gabon en modifiant, notamment, l’Article 227 du Code forestier afin de donner la priorité aux unités locales pour procéder à la transformation de cette matière première en produit semi-fini ou fini source de création de valeur ajoutée qui favoriserait la création d’un nombre important d’emplois dans un pays qui compte officiellement plus de 20% de chômeurs. En effet, c’est ce type de mesure économique qui permettrait aux pays africains de développer un tissu industriel et de cesser d’être un simple réservoir de matière première. Mais la fin de l’exportation des grumes touche de plein fouet les intérêts capitalistes, notamment des entreprises françaises, telles Rougier ou Thanry. Aussi, à travers des organisations patronales, une véritable campagne de dénigrement et de sabotage a été menée : L’UFIGA (l’Union des Forestiers Industriels du Gabon et Aménagistes), pour sa part, a avancé que cette mesure est beaucoup trop précipitée et a brandi la menace de licenciements. Pourtant la charte d’éthique de cette organisation, signée en 2007 par le PDG de Rougier Gabon, s’engage à : « rechercher à optimiser le taux de transformation du bois et contribuer à la génération de valeur ajoutée au Gabon » ; résultat, seules 7 % des grumes sont transformées au Gabon (2). Le CIAN (Conseil des Investisseur français en Afrique) (3), de son côté, est intervenu directement auprès de la cellule diplomatique de l’Elysée. Cette campagne a mené ses fruits car, lors de la visite le 20 novembre dernier d’Ali Bongo à Paris, cette question a été à l’ordre du jour, Sarkozy lui ayant demandé de s’abstenir de toutes mesures unilatérales. Bongo a très bien compris le message, lui qui sait plus que quiconque (excepté Robert Bourgi) à qui il doit son pouvoir, a aussitôt déclaré que « des mesures d’accompagnement et d’indemnisation seraient prises pour pallier les retombées négatives sur les opérateurs du secteur » et que la réforme fera l’objet d’une large consultation de l’ensemble des agents économiques. Ainsi cette réforme risque de coûter plus cher qu’elle ne rapporterait et ce, au plus grand bénéfice des entreprises françaises qui vont toucher des subventions après avoir construit leurs immenses profits sur le pillage des ressources naturelles. A titre d’exemple, l’entreprise Rougier a réalisé en 2008 un chiffre d’affaire de plus de 158 millions d’euros, dont 70 % sont issus de l’Afrique. Ces indemnisations risquent de compromettre les investissements nécessaires à la réalisation de cette réforme. Evidemment on est loin de la déclaration de principe du CIAN qui « encourage ses adhérents, au-delà de leurs intérêts économiques et commerciaux, à oeuvrer pour une Afrique qui s’engage durablement sur la voie du développement », mais en plein dans une politique néocolonialiste qui empêche toutes mesures, même les plus timides, qui favoriseraient une politique industrielle autonome dans les pays africains.

Paul Martial


(1) Arbre coupé dont les branches ont été coupées (2) Chiffre de la présidence Gabonaise (3) Le N du « noire » a été enlevé peut être du fait de sa connotation un peu trop coloniale !

 
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