dimanche, 8 décembre 2019
 

LETTRE OUVERTE DE LA SOCIETE CIVILE AUX ACTEURS POLITIQUES GABONAIS

La crise grave et persistante que connaît le Gabon depuis des années, et qui a pris une tournure particulièrement dramatique depuis la prise de pouvoir d’Ali Bongo Ondimba en 2009, a amené les principales organisations de la société civile à se regrouper autour d’une plateforme commune, donnant ainsi naissance au Mouvement « Ca Suffit Comme Ca ».

Pour sortir de cette crise, après une analyse approfondie, le Mouvement a proposé à toutes les parties prenantes l’adoption d’un plan de réformes basé autour de treize (13) points fondamentaux.

C’est sur la base exclusive de ces 13 points que « Ca Suffit Comme Ca » a systématiquement fondé ses relations avec les acteurs politiques de tous bords. Ce sont également ces 13 points qui ont guidé la participation du mouvement à la rencontre de Paris avec des membres de l’opposition politique et de la diaspora. Cette rencontre nous a amené à partager, entre autres, le constat selon lequel la tenue d’une conférence nationale souveraine constitue le meilleur compromis pour organiser une sortie de crise pacifique, efficace et durable.

La société civile a partagé cette conviction lors de diverses rencontres citoyennes organisées à l’attention des populations locales. Elle constate avec satisfaction qu’une large majorité de nos compatriotes accueille favorablement cette voie.

La société civile note, également avec satisfaction, que la question de la conférence nationale souveraine est aujourd’hui pleinement inscrite en haut de l’Agenda politique de notre pays

La société civile relève toutefois, plusieurs points d’inquiétude à propos desquels elle souhaite interpeller l’ensemble des acteurs politiques.

Tout d’abord, elle constate avec regret que certains acteurs politiques présentent l’appel à la conférence nationale souveraine, comme une initiative personnelle d’une personne précise, M. André Mba Obame, et d’une organisation politique bien précise, l’ex Union Nationale. Ceci est totalement faux !

En effet, « Ca Suffit Comme Ca » avait proposé depuis bien longtemps des solutions dont l’esprit est proche de celui de la conférence nationale. Déjà le 27 Janvier 2011, la Société Civile lançait un appel au dialogue et à la concertation après la cérémonie de prestation de serment de M. André MBA OBAME, tout en indiquant à toutes les parties prenantes « que l’acte de Monsieur MBA OBAME était politique et qu’on ne pouvait y apporter qu’une réponse politique »

Il ne peut donc être question pour la société civile organisée au sein de « Ca Suffit Comme Ca » , de reprocher à une quelconque structure politique que ce soit, d’adhérer avec dynamisme à une idée qu’elle défend par ailleurs.

Mais, si nous saluons l’ensemble des initiatives prises jusqu’ici par l’ex Union Nationale et ses partenaires de la CPPA, afin de promouvoir la mise en place d’une conférence nationale souveraine, nous ne saurions trop les inviter à ne jamais céder à la tentation de croire y arriver seuls. Par contre, nous les encourageons à travailler sans relâche et dans le respect mutuel à une convergence avec tous les acteurs politiques , voulant sincèrement œuvrer pour un mieux-être du pays afin que l’ambition de sortie de crise par la voie pacifique de la conférence nationale soit portée par le plus grand nombre.

La conférence nationale souveraine est l’affaire de tous et personne n’en n’est le propriétaire.

L’autre point d’inquiétude de la société civile concerne l’hostilité à l’égard de la conférence nationale souveraine manifestée par certains acteurs politiques que nous supposons sincères dans leur lutte pour l’instauration d’une véritable démocratie et d’un état de droit au Gabon. Certains se bornent à tirer à boulets rouges sur ce possible instrument de sortie de crise, d’autres défendent d’autres outils qu’ils estiment plus efficaces et d’autres n’hésitent pas à tribaliser le débat.

Si « Ca Suffit Comme Ca » et ses organisations membres luttent depuis des années pour une victoire des valeurs démocratiques, et donc pour un débat contradictoire, nous pensons qu’au vu de la configuration et de la gravité de la situation actuelle c’est un principe de pragmatisme et d’efficacité qui doit prévaloir. En effet, la question à ce moment de la grave crise que nous vivons n’est donc plus de savoir qui a la meilleure idée mais de s’employer à faire gagner tous ensemble celle qui a su s’imposer dans le débat public et qui de toute évidence rencontre l’assentiment d’une majorité de la population.

Dans la situation présente, vouloir avoir raison tout seul revient à avoir tort. En effet, se positionner en opposition frontale à un projet de conférence nationale souveraine déjà largement adopté revient simplement à s’affaiblir aussi soi-même.

Nous réaffirmons que nous avons tous à gagner à la tenue d’une conférence nationale souveraine :

-  le peuple qui retrouverait enfin voix au chapitre après été pendant ces 20 dernières années exclu de la vie politique
-  l’opposition qui aura enfin la possibilité de réellement défendre ses chances dans une véritable compétition politique régulière et loyale
-  l’actuel pouvoir aurait la possibilité de préserver une certaine capacité à rester dans le jeu politique qu’il aurait toutes les chances de perdre totalement en cas de sortie de crise non pacifique
-  la société civile qui jouerait ses rôles de contre pouvoir et d’accompagnement des gouvernants sans crainte.

La société civile n’ose imaginer que certains acteurs politiques, y compris de l’opposition supposée, soient tentés par un statu quo ou par des arrangements particuliers à des fins personnelles au détriment une nouvelle fois de l’intérêt général.

Que les uns et les autres se souviennent de la réaction du peuple face aux acteurs politiques qui, après avoir publiquement déclaré ne pas participer aux élections législatives du 17 Décembre dernier sans la mise en place de la biométrie, ont, pour des intérêts divers, rompu ce pacte populaire en reniant leur serment.

Attention à notre responsabilité devant l’Histoire et devant le peuple.

La dernière décennie a été marquée par un rejet sans cesse croissant du peuple pour ses responsables politiques, peuple lassé par les trahisons répétées et une certaine incurie de ces derniers.

En 2009, le peuple gabonais a retrouvé un certain espoir et a accepté d’accorder une nouvelle chance à sa classe politique en participant massivement à la campagne et aux élections présidentielles anticipées.

Mais une nouvelle fois les élites politiques gabonaises n’ont pas su se hisser à la hauteur des enjeux, d’un côté en perpétrant un coup d’Etat électoral, de l’autre côté en étant incapable de s’unir avant et après l’élection. En conséquence de quoi, le peuple a de nouveau retiré en grande partie sa confiance à son personnel politique comme le montre l’absence d’adhésion populaire aux différentes initiatives prises tant par le pouvoir que par l’opposition jusqu’aux dernières élections législatives.

Du boycotte des élections législatives sans gage de transparence à l’appel pour la tenue d’une conférence nationale souveraine en vue de sortir de la crise, la société civile a constaté un regain d’enthousiasme et d’espérance d’une population qui semble de nouveau prête à accorder un certain crédit à sa classe politique à condition que celle-ci soit consciente qu’elle est cette fois-ci condamnée à se hisser à la hauteur des enjeux si elle veut éviter que ce soit la dernière chance que lui accorde le peuple gabonais et que la rupture avec ce dernier soit cette fois durable.

Attention à notre responsabilité devant l’Histoire et devant le peuple.

La société civile est prête à soutenir et accompagner toute démarche d’acteurs politiques œuvrant pour un changement véritable au Gabon et pour une sortie de crise pacifique, comme elle le fait déjà depuis longtemps. Mais elle est prête également à combattre avec la dernière énergie tout acteur politique qui sacrifierait le peuple sur l’autel de ses ambitions personnelles et égoïstes.

Enfin le Mouvement ça suffit comme ça lance un appel républicain aux acteurs politiques membres de l’actuelle majorité présidentielle à soutenir la tenue de la conférence nationale souveraine.

Le Mouvement ça suffit comme ça invite les uns et les autres à mettre l’intérêt du peuple et l’intérêt de la nation au dessus des intérêts partisans, claniques, sectaires et temporels. Que les uns et les autres se rappellent que « C’est le silence du juste qui est criminel … ».

Fait à Libreville le 24 Aout 2012

Contacts presse

Marc ONA ESSANGUI, Prix Goldman, Secrétaire Exécutif de Brainforest, Coordonnateur de Publiez Ce que Vous Payez, onamarc@hotmail.com 241 07294140

Georges MPAGA, PCA du ROLBG : gmpaga@yahoo.fr 241.07519932

Dieudonné MINLAMA MINTOGO, Président de l’Observatoire National de la Démocratie : minlamadd@yahoo.fr 214 07948719

Alain MOUPOPA, Président d’Afrique Horizon, afrique-horizon@yahoo.fr 241 06129378

 
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