vendredi, 16 novembre 2018
 

RWANDA : Génocide des Tutsi, l’excellence française

Le 8 mai, nous aurons, une fois encore, célébré la victoire des Alliés sur les nazis, autant dire la victoire du bien sur les ténèbres. Mais qu’en est-il du nazisme tropical ?

Coups d’État, soutien aux dictatures, assassinats d’opposants ou de chefs d’État, guerres civiles, sans parler de l’incessant ballet des valises à billets, si cette face noire de la Ve République dont Foccart est l’emblème, était mieux connue d’un public plus large, le ronron lénifiant entourant la figure désormais consensuelle du général de Gaulle s’enrayerait peut-être.

Car « le discours commémoratif oublie sa trouble origine : l’ancien crime d’État »[1]. L’ancien et le nouveau. G. de la Pradelle pouvait encore, en ouvrant les travaux de la Commission d’enquête citoyenne, parler des « fortes présomptions de complicités françaises » dans le génocide des Tutsi du Rwanda. Aujourd’hui, l’accumulation de témoignages, de récits de rescapés, de travaux et d’enquêtes nous a fait entrer dans le monde des faits. Et les faits sont durs. Au Rwanda, les Français sont partout présents. Aux barrières où l’on vérifie l’appartenance « ethnique » (en cas de doute, quand l’apparence fait douter de la mention de la carte d’identité, Français et miliciens génocidaires recourent au stéréotype esthético-racial : la taille, le teint et même… la couleur des gencives) et où l’on élimine l’« ennemi », c’est-à-dire le Tutsi, dès 1991. On y viole aussi les femmes tutsi avant de les massacrer quand elles ne sont pas conduites au bordel.

Dans les camps d’entraînement où soldats et miliciens sont formés au maniement des armes et où ils apprennent à tuer, en toute discrétion, ceux qui sont sur la liste noire du « Fichier central » ou qui sont pris par hasard, cela longtemps avant le 7 avril, date du déclenchement du génocide. L’absence de trace (ni cadavre ni enquête) donnera l’image d’un pays calme aux yeux des observateurs étrangers. On forme aussi des opérateurs radio y compris à la désinformation. Les Français portent l’uniforme rwandais et partout, un officier français double un OPS. Et c’est un Français qui est… chef d’état-major de l’armée rwandaise (le lieutenant-colonel Chollet). L’engagement est intégral.

De plus, jamais la « doctrine de la guerre révolutionnaire » -DGR- n’y aura été appliquée avec autant de détermination. Le territoire y est si étroitement quadrillé (jusqu’au pâté de 10 maisons), que le moindre mouvement y est noté. La multiplication des milices (après le multipartisme chaque parti aura la sienne mais il y a en avant), des hiérarchies parallèles, des sociétés secrètes dessinent d’inextricables réseaux. Jamais le pouvoir de nuisance de la DGR n’aura atteint un tel degré.

On s’explique mal dès lors la confondante apathie et la tranquille ignorance des journalistes, des lettrés et surtout… des militants anti-impérialistes. Nous vivons, il est vrai, dans un pays où l’on peut, dans la même semaine, inviter sur une radio publique, l’amiral Lanxade, chef d’état-major d’avril 1991 à septembre 1995, et un historien de renom[2], chargé d’évoquer la mémoire de l’ottomaniste, Gilles Veinstein, sans interroger le premier sur son rôle dans l’extermination des Tutsi et sans demander au second s’il a bien pris la mesure des propos de Veinstein, quand il parle à propos du génocide des Arméniens de « déplacements qui finirent en hécatombes ». Il est vrai qu’on y invite aussi M. Védrine, une fois par mois, à nous dévoiler les enjeux géostratégiques du moment.

On comprend dans ces conditions que certains en viennent à souhaiter le procès en diffamation à la Zola pour faire savoir jusqu’où s’étend le « savoir-faire français reconnu dans le monde entier ».

F. Criscenti

 
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