lundi, 20 mai 2019
 

Rwanda – Le rapport Mutsinzi sur l’attentat du 6 avril

Début janvier, le comité, présidé par Jean Mutsinzi, chargé d’enquêter sur l’attentat du 6 avril 1994 contre le président Habyarimana a remis son rapport. A l’audition de 557 témoins et à l’étude balistique réalisée par des « techniciens de l’Académie militaire de Londres », le comité a ajouté la lecture attentive des documents du TPIR, de l’auditorat militaire belge, de la mission d’information parlementaire française, du rapport d’enquête de l’ONU, et de l’ordonnance du juge Bruguière. Plusieurs points paraissent désormais acquis.

1. Si le président se savait menacé, dans son entourage immédiat certains savaient, tout simplement : le Dr Akingeneye, son médecin personnel, et le général Nsabimana, chef d’étatmajor, se sont cachés pour ne pas embarquer, avant d’y être contraints par Habyarimana ; les pilotes eux-mêmes, craignant l’attentat, souhaitaient repousser le départ au lendemain.

2. L’avion était équipé d’une boîte noire (d’un CVR, un enregistreur de conversation), ce que Dassault Falcon service, après l’avoir longtemps nié, a reconnu en juin 2001, qui est aujourd’hui entre les mains des autorités françaises.

3. Les tirs sont partis du camp militaire des FAR (Forces armées rwandaises), à Kanombé et non de la colline de Masaka comme l’affirmait Bruguière au motif qu’on y avait « retrouvé » deux lance-missiles. Le rapport montre au passage que la « découverte » était d’un pur montage.

4. L’armée rwandaise avait, intégrés à deux bataillons, des « spécialistes de l’artillerie anti-aérienne ». Dans le bataillon de lutte anti-aérienne (LAA), spécialement, un officier et des sousofficiers avaient été formés à l’utilisation de missiles sol-sol et sol-air. Or, c’est précisément ce dernier qui assurait la sécurité de l’aéroport de Kigali.

5. De novembre 90 à février 92, les FAR ont multiplié les demandes de fourniture d’armes anti-aériennes (à l’URSS, la Corée, l’Egypte, la Chine et le Brésil). Le rapport ne précise pas cependant si les commandes acceptées par les fournisseurs (URSS et Chine notamment) ont été honorées.

D’une façon plus générale, le comité ignore ou passe sous silence plusieurs questions d’importance. On ne sait pas s’il y avait ou non, outre la CVR, un enregistreur des paramètres de vol. Le rapport ne dit rien des coups de feu presque tous dirigés vers le ciel entendus par tous les témoins sur place. Le comité n’a pas enquêté sur les Blancs aperçus à Masaka pas plus que sur le rôle du capitaine Barril pourtant nommé à propos des manipulations auxquelles a donné lieu la boîte noire. Il ne se prononce pas, renvoyant au rapport balistique, sur la nature des tirs (missiles ou roquettes ?) ni surtout sur… l’identité des tueurs. Les questions qui fâchent ont-elles été mises sous le tapis à l’heure du rapprochement franco-rwandais ? Le lecteur, pour y voir le fantôme de la realpolitik, n’en reste pas moins sur sa faim.

Julie Gomel

 
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