mardi, 21 novembre 2017
 

Rwanda : Une tentative de nier les meurtres

Les autorités menacent les familles des victimes

(Bruxelles, le 1er novembre 2017) – Le rapport de la Commission Nationale des Droits de la Personne (National Commission for Human Rights, NCHR) au Rwanda, publié le 13 octobre 2017, tentant de discréditer le travail de documentation par Human Rights Watch d’exécutions extrajudiciaires et de disparitions forcées, est plein de déclarations mensongères, accentuant l’injustice et les abus subis par les familles des victimes, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui. Human Rights Watch a constaté que les autorités gouvernementales rwandaises ont menacé des membres des familles des victimes et les ont contraints à présenter de fausses informations sur ce qui est arrivé à leurs proches. Human Rights Watch est extrêmement inquiet pour la sécurité des membres des familles.

Le rapport de la NCHR a déclaré « connaître la vérité » sur un rapport de Human Rights Watch publié en juillet dernier, qui décrit en détail comment l’armée, la police et des unités de sécurité auxiliaires, parfois avec l’assistance des autorités civiles locales, ont appréhendé de petits délinquants présumés et les ont sommairement exécutés. Les allégations exposées dans le rapport de la NCHR et lors de la conférence de presse correspondante ont été, pour l’essentiel, fabriquées et ont donné une image fausse du travail réalisé par Human Rights Watch.

« Les allégations de la Commission Nationale des Droits de la Personne montrent que les autorités rwandaises sont peu disposées à tolérer les critiques ou à faire de véritables efforts pour améliorer le bilan du pays en matière de droits humains », a indiqué Ida Sawyer, directrice pour l’Afrique centrale à Human Rights Watch. « Au lieu de discuter des conclusions avec Human Rights Watch – avant la publication – comme cela a été demandé et d’ouvrir des enquêtes sérieuses, les officiels rwandais ont présenté de fausses informations et ont menacé ceux qui osaient s’exprimer sur les meurtres. »

Human Rights Watch a constaté que des autorités locales ou des membres des forces de sécurité ont détenu de nombreux membres des familles qui refusaient de fabriquer des récits à propos de ce qui était arrivé à leurs proches. « Les autorités locales m’ont demandé si j’étais prêt à raconter aux autorités qui se rendraient dans notre village que [la victime] était morte à la suite d’une maladie à l’hôpital, mais j’ai refusé », a déclaré un membre de la famille d’une des victimes à Human Rights Watch. « J’ai vu comment [la victime] a été tuée, et je ne pouvais pas changer la vérité. Quelques jours plus tard, j’ai été arrêté. » Il a indiqué avoir été libéré après plusieurs jours.

Une enquête de France 24, diffusée le 31 octobre, a relevé des nombreuses incohérences dans le rapport de la NCHR et a corroboré les circonstances autour de quatre des exécutions sommaires documentées par Human Rights Watch.

Depuis que le rapport de la NCHR a été publié, Human Rights Watch a analysé son contenu, ainsi que les déclarations faites lors de la conférence de presse du 13 octobre et lors de la présentation par la commission au parlement le 19 octobre. Human Rights Watch a également mené des enquêtes supplémentaires sur certains meurtres. Certains des témoins avec qui Human Rights Watch s’est entretenu ont été choqués en apprenant les allégations formulées dans le rapport de la NCHR.

L’exécution extrajudiciaire d’Alphonse Majyambere en est un parfait exemple. La NCHR a présenté une autre personne lors de sa conférence de presse, portant le même nom, mais venant d’un secteur différent et ayant près de 30 ans de plus que la personne qui a été tuée.

Pour le cas d’Elias Habyarimana, tué par les forces de sécurité en mars, la NCHR a mis en avant une femme nommée Pelagie Nikuze qui a déclaré qu’Habyarimana est son mari et qu’il vit en Belgique. Human Rights Watch a découvert que l’homme qui se trouve en Belgique est en fait une autre personne. L’homme tué en mars était un pêcheur qui n’avait jamais eu de passeport.

La NCHR a reconnu que Fulgence Rukundo a été tué, au motif qu’il avait illégalement franchi la frontière avec la République démocratique du Congo. Cependant, plusieurs villageois ont confirmé à Human Rights Watch à la fin du mois d’octobre qu’ils avaient personnellement été témoins, avec des dizaines d’autres habitants de leur village, de l’exécution de Fulgence Rukondo par des soldats pour avoir présumément volé et tué une vache le 6 décembre 2016, dans la cellule de Kiraga, à plusieurs kilomètres de la frontière.

« La mort de [Rukundo] est une histoire connue sur la colline [où nous vivons] », a raconté un témoin à Human Rights Watch le 24 octobre. « La Commission des droits de l’homme était trop effrayée pour venir ici. Si [des membres de la Commission] osaient s’approcher de moi maintenant, je leur cracherais au visage, prêt à en subir les conséquences. »

Ces cas sont inclus dans le rapport de 42 pages publié en juillet par Human Rights Watch, « Tous les voleurs doivent être tués » : Exécutions extrajudiciaires dans l’ouest du Rwanda », qui documente les exécutions extrajudiciaires d’au moins 37 personnes suspectées de petite délinquance et les disparitions forcées de quatre autres entre avril 2016 et avril 2017. Human Rights Watch a depuis documenté au moins un meurtre supplémentaire, celui d’un voleur présumé, commis par la police, sur la même période. Des membres des familles des victimes ont été menacés lorsqu’ils ont essayé de récupérer les corps de leurs proches et les autorités ont évoqué les exécutions lors de réunions communautaires publiques, utilisant les meurtres comme un avertissement adressé aux autres voleurs éventuels. Depuis que le rapport de Human Rights Watch a été publié en juillet, il semble que les meurtres ont cessé.

Le rapport de Human Rights Watch s’appuie sur des recherches menées au Rwanda entre janvier et juillet 2017, y compris des entretiens avec 119 témoins des meurtres, membres des familles et amis des victimes, responsables gouvernementaux et autres personnes bien informées sur les arrestations et les exécutions. Tous les entretiens ont été réalisés individuellement et en privé. Human Rights Watch a expliqué à chaque personne interrogée l’objectif de l’entretien, sa nature volontaire, la manière dont l’entretien serait utilisé et le fait qu’aucune rémunération ne serait offerte, conformément à la méthodologie que Human Rights Watch applique dans ses recherches dans plus de 90 pays.

Le rapport de juillet inclut les noms et d’autres détails sur tous les cas qu’il documente et les photos de bon nombre des victimes. Human Rights Watch a partagé une liste des cas et a sollicité des rendez-vous avec les autorités rwandaises avant la publication du rapport.

Human Rights Watch maintient ses conclusions et rejette vivement les allégations faites par la NCHR. Malgré la tentative de dissimulation dans le rapport de la NCHR, Human Rights Watch continue d’appeler à un dialogue constructif avec le gouvernement et la NCHR, et reste ouvert aux réunions et au partage d’informations avant la publication des rapports majeurs, a déclaré Human Rights Watch.

Le rapport de la NCHR a été publié deux jours après que Human Rights Watch a diffusé un rapport ultérieur documentant le recours systématique à la torture au Rwanda. Pendant 10 mois, Human Rights Watch a cherché, à plusieurs reprises, à rencontrer les autorités, y compris la NCHR, pour discuter des conclusions de ces recherches. Aucune de ces demandes de rendez-vous n’a été acceptée.

« Les autorités rwandaises ont dénigré et attaqué Human Rights Watch pour avoir dénoncé ces violations atroces des droits humains, tout en menaçant les familles et les amis de victimes qui ont déjà considérablement souffert », a précisé Ida Sawyer. « Le gouvernement devrait cesser immédiatement toute intimidation et tout harcèlement des membres des familles et des autres témoins, prendre au sérieux les signalements de meurtres et d’autres violations graves et rejoindre les rangs des pays qui œuvrent pour le respect des droits humains fondamentaux. »

Pour plus de détails sur l’intimidation des membres des familles des victimes par le gouvernement, sur les tentatives de dissimulation des meurtres et sur les attaques contre Human Rights Watch, veuillez lire la suite.

 
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