lundi, 16 juillet 2018
 

« La jeunesse tchadienne n’a pas besoin d’un avenir sanglant tracé par les armes »

Un collectif de jeunes Tchadiens dénonce la présence de groupes armés de l’opposition sur le sol libyen et les conséquences pour la paix régionale.

Depuis plusieurs semaines, les combats ont repris dans le sud de la Libye. Les groupes armés de l’opposition tchadienne, accusés de mercenariat, y ont été sommés par le maréchal Haftar de quitter le territoire. N’ayant pas obtempéré, ils sont, depuis le 17 mars, la cible de bombardements de son aviation. La présence de combattants africains sur le sol d’un pays voisin n’est certes pas une nouveauté. Le régime libyen a, durant des décennies, financé et armé des groupes armés rebelles tchadiens, et plus largement sahéliens. Lire aussi : Le président tchadien Idriss Déby annonce l’organisation de législatives en 2018

Accueillant sur son sol de nombreux révoltés en lutte dans leur pays, Mouammar Kadhafi a ainsi nourri bien des conflits. Mais, en l’absence d’un gouvernement stable et alors que la Libye traverse une crise sans précédent, la présence de groupes armés tchadiens sur son sol ne peut que nous alarmer plus encore. Nous, responsables de la jeunesse tchadienne, ne pouvons en effet que nous inquiéter de voir nos compatriotes aller grossir les rangs de forces contestataires qui offrent leurs services aux diverses forces libyennes en lutte pour le contrôle du pays.

Exercer pleinement ses talents

Ces jeunes, mobilisés sur des bases plus souvent tribales que politiques, sont une menace pour l’avenir. Si rien n’est entrepris, ils ne pourront que perpétuer cette même logique qui a déjà plongé maintes fois notre pays dans les affres de la guerre civile. La jeunesse tchadienne n’a pas besoin d’un avenir sanglant tracé par les armes. Nombreuse et lasse des divisions partisanes, elle aspire à l’éducation et à la possibilité d’exercer pleinement ses talents dans un pays en paix, un pays gouverné, non par le droit du plus fort, mais par des institutions fortes et démocratiques.

Or le départ d’une frange de la jeunesse vers la lutte armée ne peut que perpétuer le sous-développement qui ronge notre société. Victorieux, ils auront tendance à suivre leur chef et à confisquer le pouvoir, reproduisant ainsi, pour le pire, le modèle de leurs aïeux. Vaincus ou cooptés, ils viendront grossir les rangs des déshérités ou, pour les plus chanceux, rejoindront les hommes en kaki.

Or nos forces de défense et de sécurité sont d’ores et déjà les héritières des rébellions passées. Elles manquent de ce fait cruellement des compétences nécessaires à une bonne gouvernance des institutions sécuritaires. Elles devraient acquérir celles-ci par un recrutement ouvert à l’ensemble de la société tchadienne bien plus que par l’absorption d’anciens rebelles. Nos frères qui souffrent aujourd’hui en Libye doivent revenir au pays pour y contribuer à le développer.

Rester généreuse et ouverte au dialogue

Nous comprenons qu’un retour dans un pays qu’ils ont quitté du fait des frustrations et des injustices qu’ils ont pu y connaître soit difficilement envisageable. Nous, acteurs de la société civile et jeunes engagés pour la paix, originaires de toutes les régions du pays, proposons donc à notre gouvernement d’ouvrir par nous-mêmes un espace de dialogue. Nous proposons de les rencontrer sans tarder, en Libye s’il le faut, afin d’entendre leurs doléances et de les inciter à accepter d’en passer par un processus politique plutôt que par la perpétuation de la violence armée.

Nous, jeunes Tchadiens, nous voulons aussi dire à nos frères libyens que, pour le meilleur et pour le pire, les pays du lac Tchad et de la côte libyenne sont liés depuis des siècles et partagent bien plus qu’une frontière. Nous nous souvenons d’un pays qui a su par le passé se tourner vers le continent et assumer pleinement son identité africaine. En ces moments difficiles, nous appelons la jeunesse libyenne, qui a su se libérer d’un régime autoritaire, à ne pas rejeter cette histoire et à rester généreuse et ouverte au dialogue.

Nadjo Kaina, coordinateur du mouvement citoyen Iyina (« Nous sommes fatigués ») et ancien président de l’UNET (Union nationale des étudiants tchadiens) ; Kally Mahamat, membre fondateur du PACT (Projet d’action pour une alternance crédible au Tchad) ; Brahim Ibni Oumar Mahamat Saleh, responsable d’une ONG de médiation ; Hussein Mahamat Nouri, étudiant en journalisme et militant ; Bertrand Solloh Ngandjei, ancien secrétaire général de l’UNET et rapporteur du mouvement citoyen Iyina.

Source : http://www.lemonde.fr/afrique

 
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