vendredi, 22 septembre 2017
 

Répression de la société civile au Tchad : la France ne doit pas être complice !

Durement touché par les attentats terroristes l’année dernière, le Tchad connaît depuis plusieurs mois une vague de protestations politiques sans précédent. Après plusieurs manifestations étudiantes sévèrement réprimées par le gouvernement, le pays s’est embrasé en février 2016 après la médiatisation du viol collectif d’une jeune fille, Zouhoura, par un groupe de jeunes issus de la haute société tchadienne.

Les manifestations ont culminé le 26 février avec le succès de l’opération ville-morte, à Ndjamena. Cette mobilisation a coïncidé avec l’annonce de la candidature d’Idriss Déby à un cinquième mandat présidentiel, après 26 ans de pouvoir. Les élections sont prévues le 10 avril prochain. Exaspérée par la multiplication d’abus manifestes remettant en cause la crédibilité et la transparence du processus électoral, la société civile tchadienne a appelé à plusieurs actions pacifiques visant à garantir les conditions d’une alternance démocratique.

En réponse, les forces de police ont procédé à l’arrestation systématique des leaders de la société civile, au rang desquels figurent notamment Céline Narmadji, porte-parole de la coalition Citoyenne « Trop c’est Trop”, Mahamat Nour Ibedou, président du mouvement “Ca Suffit”, Younous Mahadjir, président de l’Union des syndicats du Tchad (UST), Nadjo Kaina Palmer, leader du mouvement Lyina (“on est fatigué”, en arabe local) et tant d’autres.

Ces arrestations visent à décimer toutes les organisations de la société civile tchadienne, à la veille d’un scrutin verrouillé par le clan d’Idriss Déby, comme en témoigne la suspension de sa campagne présidentielle par le chef de file de l’opposition, Saleh Kebzabo, qui demande leur libération immédiate.

Dans ce contexte, la France et l’Union Européenne se montrent particulièrement frileuses et silencieuses. Avec l’opération Barkhane, le François Hollande n’a cessé de renforcer la présence militaire française au Tchad, affichant un soutien sans faille à l’armée d’Idriss Déby, au nom de la lutte anti-terroriste. Médiapart a récemment publié un document confidentiel d’un service du Premier ministre français selon lequel la coopération militaire avec le Tchad, notamment pour lutter contre les groupes terroristes de la région, doit primer sur tout le reste, y compris sur les droits fondamentaux du peuple tchadien.

Face à cette alliance de fer, la société civile tchadienne tente d’autres voies diplomatiques. La coalition Trop c’est trop, qui fédère de nombreuses associations et syndicats tchadiens, a notamment déposé l’année dernière plusieurs demandes d’audience auprès de la délégation de l’Union Européenne. Sans réponse à ce jour.

Les sociétés civiles d’Afrique n’ont aujourd’hui pas d’autre choix que la fuite en avant sécuritaire face aux attaques terroristes aveugles. Cette fuite en avant n’est pas la bonne réponse, non seulement pour faire face à la radicalisation terroriste, mais aussi devant la situation écologique préoccupante du lac Tchad et des régions pétrolifères. Ces régions sont devenues des terres d’élection pour la complicité du clan Déby avec les compagnies étrangères, comme pour la prolifération de Boko Haram. Europe Ecologie Les Verts (EELV) demande :
- La libération immédiate de tous les membres de la société civile détenus arbitrairement par le pouvoir tchadien.
- L’activation en urgence de l’Instrument pour la démocratie et les droits de l’Homme de l’Union Européenne (IEDDH), afin de soutenir la société civile et contribuer au développement ainsi qu’à la consolidation de l’Etat de droit au Tchad
- La mise en place d’observateurs internationaux et de tout dispositif concourant à garantir la transparence et la sincérité du scrutin présidentiel
- Une enquête parlementaire (France/UE) sur les accords de coopération militaire, policière, et judiciaire du Tchad avec la France et l’UE

Les populations africaines n’ont pas à subir les conséquences désastreuses et dramatiques de notre choix d’une politique du tout sécuritaire vouée à l’échec : la démocratie, l’Etat de droit et un développement soutenable et durable dans les pays africains, et notamment au Tchad, seront les meilleurs remparts contre le terrorisme, partout.

Julien Bayou, Sandrine Rousseau, porte-parole nationaux

 
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