samedi, 19 octobre 2019
 

DJIBOUTI : Importance stratégique et fragilité politique

Djibouti, dans le dispositif militaire français à l’étranger, est une étape importante dans la mesure où 2800 soldats y sont stationnés en permanence. Les événements du 11 Septembre 2001 aux Etas-Unis ont renforcé l’importance stratégique de Djibouti. Conséquences : 1 800 GI’s s’installent dans la capitale, au camp Lemonnier, auxquels il faut ajouter 900 soldats allemands, toujours dans le cadre de la lutte internationale anti-terroriste. Depuis 2006, les multiplications de la piraterie maritime sur les côtes somaliennes ont donné un nouveau souffle, sur le plan stratégique, au petit Etat. Plusieurs pays ont décidé de déployer des navires de guerre au large des côtes somaliennes, pour contrer les actions de piraterie. Sur ce site éminemment stratégique qualifié de porte-avion international, vivent environ 650 000 personnes soumises à une implacable dictature. Depuis 32 ans, les Djiboutiens subissent dans le silence le plus total, une répression féroce, un régime clanique. L’analyse faite, deux ans après l’indépendance, par l’avocat français Antoine Comte qui a défendu les victimes de la répression à Djibouti reste pertinente. « La République de Djibouti a deux ans, écrit-il à l’époque, mais à Djibouti l’histoire tourne en rond, et l’Indépendance dans les libertés, et dans le respect des droits des communautés, reste à inventer ». (Le Monde diplomatique, septembre 1979) Cette situation n’a fait que se dégrader : notamment, par l’appropriation mafieuse de l’économie, qui a eu pour conséquence, la paupérisation de la population. Selon l’organisme américain Famine Early Warning Systems Network (FEWS Net), service d’alerte précoce, au moins 350 000 personnes sur les 632 000 que compte le pays sont en danger et ont besoin d’une aide d’urgence alimentaire (fin 2008). Ce système mafieux, au profit du président Ismael Omar Guelleh (sixième fortune en Afrique) et de son entourage immédiat, a aussi engendré l’effondrement de l’ensemble des infrastructures sociales, sanitaires et économiques. Les privatisations des établissements publics, encouragées par le FMI, nourries par un libéralisme effréné, se conjuguent, dans ce micro- Etat, avec l’appropriation mafieuse des biens publics, qui ont abouti à leur effondrement. La coopération française incite les dirigeants djiboutiens à se plier aux directives de FMI, et favorise même cette gestion calamiteuse. Résultat : le service de santé est inexistant, le seul hôpital du pays est devenu un mouroir, les dispensaires sont dans un état de délabrement inimaginable. La résistance, face à cette prédation mafieuse et à cette oppression ininterrompue, a pris des formes différentes selon l’époque, y compris la lutte armée. Le mouvement social a été décapité. Des dirigeants syndicats ont été arrêtés, beaucoup ont été licenciées en 2006. Djibouti est un des rares pays où il n’existe qu’un seul journal. La liberté de presse est constamment violée. Des journalistes courageux qui ont essayé de faire des journaux indépendants ont été arrêtés et emprisonnés. Même ceux du seul bi-hebdomadaire gouvernemental, La Nation, ne sont pas à l’abri des sanctions s’ils s’écartent de la ligne officielle : en avril 2009, le rédacteur en chef, Ali Barkat, a été licencié. La lutte armée a été déclenchée, dès novembre 1991, par Le Front pour la Restauration de l’Unité et de la Démocratie (FRUD). Deux accords de paix, signés respectivement en 1994 et en 2001, n’ont abouti ni à une paix définitive, ni à une véritable démocratie. Le FRUD, qui est toujours présent avec des éléments armés dans certaines régions, s’est renforcé considérablement ces derniers mois. C’est dans ce contexte de crise économique et sociale et de l’impasse politique que, à l’instar de certains de ses collègues africains, le président djiboutien veut briguer un troisième mandat en 2012 en retouchant la constitution, ouvrant ainsi la voie à une présidence à vie. Ce qui n’est pas du goût de tout le monde, y compris parmi ses partisans. Ces derniers développements révèlent une configuration paradoxale de ce pays, super protégé par des bases militaires étrangères, mais en proie à une crise politique susceptible d’éclater d’un jour à l’autre. L’opposition composée de deux ensembles, le FRUD et l’UAD (Union pour l’Alternance Démocratique, coalition de partis légalisés), renforcés par les déçus du pouvoir, dont l’influent homme d’affaire Borreh, essaie de trouver une parade, en adoptant une plateforme commune.

David Yohannes

 
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