jeudi, 21 mars 2019
 

Djibouti : Violations des droits humains

Lettre de l’AFASPA à M. Laurent Fabius

Monsieur le Ministre,

L’AFASPA s’est toujours préoccupée de la question des Droits humains en Afrique en général et des évolutions politiques qui y sont liées. Malheureusement, l’actualité nous met devant trois cas de violation flagrante de ces droits à Djibouti et dont la presse, les réseaux sociaux et l’ODRDHD (Observatoire pour le respect des droits humains à Djibouti) se sont fait l’écho.

1/ M. Mohamed Elmi Rayale est mort en détention à la prison de Gabode dans la nuit du 28 au 29 août 2013. Ce militant de la coalition de l’opposition USN, enseignant de profession, était en bonne santé avant son arrestation par la gendarmerie le 2 août 2013. Selon plusieurs sources Mohamed Elmi Rayale aurait été torturé lors de sa garde à vue à la gendarmerie et sa mort est probablement liée aux mauvais traitements subis. Les organisations de défense des droits humains font régulièrement état des actes de tortures que les autorités djiboutiennes infligent à leurs opposants.

2/ M. Mohamed Houssein Alhoumekani, un témoin clé dans l’affaire « Borrel », du nom du juge français assassiné à Djibouti en 1995, a été arrêté le 24 août 2013 à Sanaa au Yémen où il est parti visiter des membres de sa famille. Son témoignage a battu en brèche la thèse du suicide du magistrat français, longtemps privilégiée par les autorités judiciaires djiboutiennes et françaises. Ce qui lui a valu d’être condamné par contumace à Djibouti pour dénonciations calomnieuses après une mascarade de procès. Le régime djiboutien a aussi pris des mesures de représailles contre sa famille dont sept membres ont été bannis le 22 octobre 2002 de Djibouti, déchus de leur nationalité et expulsés vers le Yémen. L’extradition de ce témoin important, qui a mis en cause Ismael Omar Guelleh dans l’assassinat du juge Borrel vers Djibouti, signifie sa condamnation à mort.

3/ M. Mohamed Ahmed dit Jabha, militant du FRUD est détenu depuis mai 2010 à la prison de Gabode. Malade et affaibli par trois années d’emprisonnement dans des conditions qui représentent une menace permanente pour sa vie. Il a subi plusieurs formes de tortures et de traitements dégradants et inhumains avant d’être incarcéré en détention provisoire depuis juin 2010 sans accès aux soins ni à un avocat ni à un juge. L’OMCT (Organisation mondiale contre la torture) s’est alarmée de son cas et demande aux autorités de Djibouti de mettre fin à l’isolement cellulaire de M. Mohamed Ahmed et de faire en sorte qu’il soit promptement présenté devant une juridiction compétente, qu’il ait immédiatement accès à un avocat de son choix, à des soins médicaux et qu’il puisse recevoir la visite de sa famille.

L’AFASPA demande à votre ministère et aux plus hautes autorités françaises :

d’intervenir pour empêcher l’extradition de M. Alhoumekani du Yemen vers Djibouti et de faire en sorte qu’il puisse témoigner dans l’« Affaire Borrel » ;

de peser en faveur de la libération immédiate de M. Mohamed Ahmed dit Jabba en l’absence d’accusations fondées et celle de tous les autres prisonniers politiques conformément à la résolution du parlement européen du 4 juillet 2013 ;

et de clarifier les relations de la France avec Djibouti dans le sens du respect des Droits humains.

Recevez, Monsieur le Ministre, nos salutations distinguées.

Jean-Paul Escoffier, Président de l’AFASPA

Copie à : Mme Yamina Benguigui, Ministre déléguée, auprès du Ministre des Affaires étrangères, chargée de la Francophonie

 
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