jeudi, 22 juin 2017
 

Elections présidentielles 2016 : un recul pour les institutions et la démocratie à Djibouti

A. Contexte

Après plus de trois (3) ans d’une crise politique sans précédent suite aux élections législatives du 22 février 2013 contestées et dénoncées par l’opposition et dont le pouvoir n’a jamais voulu publier les résultats.

Après plus de trois (3) ans de répressions, d’intimidations, d’arrestations, d’emprisonnements arbitraires, de gardes à vue illégales, de placements abusifs en mandat de dépôt, d’harcèlements, de tortures en prison pour beaucoup d’opposants, des militants de l’opposition, des défenseurs des droits ainsi que des simples citoyens où durant cette période aucune assistance médicale et judicaire n’a été possible.

Après plus de trois (3) ans d’une mise entre parenthèses de la liberté de circulation avec souvent la confiscation des passeports pour les responsables et les militants de l’opposition ainsi que des défenseurs des droits humains, des syndicalistes et des simples citoyens.

Après plus de trois (3) ans où les manifestations, les rassemblements et les réunions de l’opposition ont été souvent empêchés voire réprimés suivi d’arrestations et détentions arbitraires.

Trois (3) mois après l’annonce de la mort de l’accord-cadre, entre le pouvoir et l’opposition, signé en décembre 2014 par l’USN (Union pour le Salut National) en décembre 2015.

Trois (3) mois et 17 jours après le massacre du 21 décembre 2015 dans la banlieue de Balballa et plus exactement à Buldhuquo que les élections présidentielles ont été organisées le 8 avril 2016. D’ailleurs, les organisations des droits humains ainsi que les citoyens djiboutiens attendent toujours l’ouverture d’une enquête indépendante et impartiale pour faire la lumière sur ce massacre.

B. Organisation et déroulement des élections

L’organisation et la tenue de ces élections ont été boycottées et dénoncées par une partie de l’opposition qui reproche au pouvoir sa mauvaise foi et surtout l’absence de la mise en place d’une Commission électorale nationale indépendante (CENI) paritaire prévue par l’Accord-cadre signé entre le pouvoir et la coalition de l’opposition (USN) le 30 décembre 2014.

Par ailleurs, durant les deux (2) semaines de campagnes le pouvoir en place, comme d’habitude, a réquisitionné tous les moyens de l’état et même les fonctionnaires comme l’a dénoncé le candidat indépendant Mohamed Moussa Ali dit Tour Tour « la mobilisation manu militari du personnel de l’administration, l’utilisation délictueuse des moyens de l’Etat et l’hyper médiatisation du président sortant… et surtout l’harcèlement administratif, les menaces physiques de personnes non identifiées et le déni de temps d’antenne sur les ondes de la télévision nationale pourtant garantie par la loi électorale pour l’opposition ».

D’autre part, l’absence d’une démocratie véritable et d’un Etat de droit, a été mise en lumière par la subordination et la soumission totale de tout l’appareil administratif et des fonctionnaires de l’Etat.

Même le Chef de la délégation de l’Union Africaine a dit explicitement qu’il y avait dans beaucoup de bureaux de vote une présence des forces de l’ordre sur Africa24 et a ajouté que cette présence des forces de l’ordre est de nature à entacher les résultats des élections.

La très faible participation au scrutin et les multiples pressions subies par la population témoignent du recul des libertés et de la démocratie en République de Djibouti.

Le candidat de l’USN, Omar Elmi Khaireh ainsi que deux (2) autres candidats indépendants, Mohamed Moussa Ali dit Tour Tour et Djama Abdourahman Djama, ont rejeté les résultats annoncés par le Ministère de l’Intérieur et validés par le Conseil Constitutionnel.

C. Risque élevé d’implosion

L’absence d’institutions fortes et indépendantes, d’amorce d’une démocratie concertée et conciliante de toutes les couches politiques nationales, des élections libres et transparentes, d’une société civile formée, reformée issue des simples citoyens et des intellectuels du pays demeurent un obstacle majeur pour le développement harmonieux de cette république encore sous le joug du même parti depuis 37 ans. Ne rien faire est un suicide collectif. L’ODDH appel au pouvoir public à une prise de conscience de la gravité de la situation et mettre fin à la politique du colmatage et du colonage.

L’ODDH dénonce et condamne les violations répétées des droits fondamentaux et la mise entre parenthèses du respect des droits humains et de la démocratie.

L’ODDH réitère son appel à l’ouverture avec l’opposition d’un dialogue politique respectueux et équitable pour sortir de la crise sans précédent.

L’ODDH réitère son appel à la mise en place des reformes démocratiques pour poser les jalons d’un véritable Etat de droit.

L’ODDH appelle à la Communauté Internationale et à tous les citoyens Djiboutiens à œuvrer en faveur d’une société démocratique et pacifique, dans laquelle les droits humains seront respectés.

L’ODDH recommande au pouvoir de se conformer aux normes internationales ratifiées par Djibouti, aux dispositions constitutionnelles relatives à la protection des citoyens, au respect des libertés fondamentales, à la Charte Africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, au Pacte international relatif aux droits civils et politiques ainsi qu’à la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Agir pour la démocratie, la dignité et la justice

Farah Abdillahi Miguil Président de l’ODDH

 
A propos de Afriques en Lutte

Afriques en lutte est un collectif de militant(e)s anticapitalistes membres ou non de plusieurs organisations politiques. Ce site présente les articles parus dans le bulletin (envoi gratuit sur simple demande) ou d’autres publications amies. Notre objectif est de diffuser, à partir d’un point de vue militant, un maximum d’informations (politiques, économiques, sociales et culturelles) sur le continent africain et sa diaspora.

Si les articles présents sur ce site reflètent une démarche volontairement ouverte et pluraliste, leurs contenus n’engagent, bien évidemment, que leurs auteur-e-s. Tous les commentaires sont bienvenus. La rédaction se réserve toutefois le droit de les modérer : les propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes, diffamatoires, à caractère pornographique, pédophile, ou contenant des incitations à la haine ne seront pas publiés.

Pour nous contacter : afriquesenlutte@gmail.com

Thèmes