mercredi, 18 juillet 2018
 

La paix relative qui règne en Somalie ne laisse rien présager des difficultés à venir

MOGADISCIO - Depuis le retrait des insurgés d’Al-Shabab, en août 2011, les conditions sécuritaires se sont améliorées dans la capitale somalienne, Mogadiscio, permettant du même coup la reprise graduelle des services gouvernementaux. Les attentats-suicides sporadiques, les déplacements de populations liés au conflit et les problèmes socio-économiques qui persistent illustrent cependant quelques-uns des défis que le pays doit encore surmonter.

Le 18 mars, par exemple, un attentat à la voiture piégée a fait plusieurs victimes à Mogadiscio.

Le président somalien, Hassan Sheikh Mohamud, a déclaré : « À ce stade-ci, nous ne pouvons que supposer que cette attaque lâche est l’oeuvre des insurgés d’Al-Shabab. Ils ont été fortement affaiblis et ont maintenant recours au terrorisme et au meurtre de citoyens somaliens innocents. Les forces d’Al-Shabab/Al-Qaida n’ont pas leur place dans ce monde et nous ne leur permettrons pas d’avoir une place en Somalie. »

Al-Shabab a, depuis, revendiqué la responsabilité de cette attaque.

IRIN présente, ci-dessous, un aperçu des progrès récents de la Somalie et des nombreux défis qu’il lui faut encore relever.

À quoi ressemble la stabilité relative qui règne en Somalie ?

Les gains militaires récents de la Mission de l’Union africaine en Somalie (AMISOM) et des forces somaliennes sur les insurgés d’Al-Shabab ont donné un peu de répit au gouvernement. L’amélioration de la stabilité [ http://www.irinnews.org/fr/Report/9... ] a par ailleurs incité certains membres de la diaspora somalienne à rentrer au pays. [ http://www.irinnews.org/fr/Report/9... ]

« Nous n’avons plus peur des échanges de tirs d’artillerie lourde entre Al-Shabab et les forces de l’Union africaine », a dit à IRIN Abdullahi, un commerçant du marché de Bakara. Le marché était auparavant un bastion d’Al-Shabab.

« De plus en plus d’enfants vont à l’école, les commerces rouvrent leurs portes et il y a eu un boom dans le secteur de la construction », a ajouté un autre résident de Mogadiscio. « La situation a beaucoup changé. »

Selon le maire de Mogadiscio, Mohamed Ahmed Nur Tarsan, la situation sécuritaire s’est considérablement améliorée.

« Quand Al-Shabab exerçait sa mainmise sur certains quartiers de Mogadiscio, les députés et les politiques ne pouvaient pas louer des maisons et restaient confinés au palais présidentiel. Ils peuvent maintenant vivre dans différents quartiers de Mogadiscio », a-t-il dit.

L’éclairage de deux artères importantes de Mogadiscio permet aux commerces qui s’y trouvent de rester ouverts après la tombée de la nuit. On peut aussi voir des enfants jouer dans les rues. « Je peux jouer au football avec des amis jusqu’à tard le soir », a dit à IRIN Mohamed Hassan, 12 ans, qui habite le quartier de Howlwadag.

Les autorités ont l’intention d’éclairer progressivement d’autres axes importants de la capitale afin de stimuler le commerce.

Quelles sont les menaces sécuritaires qui persistent ?

D’après une mise à jour publiée par le Bureau de la coordination des affaires humanitaires de Nations Unies (OCHA) le 6 mars, « l’insécurité demeurait un problème majeur dans l’ensemble du pays en février ».

« Il y a eu une explosion dans le quartier d’Abdiaziz, à Mogadiscio. L’attentat à la voiture piégée a été mené par un kamikaze et a fait une victime confirmée et trois blessés. À Kismayo, 11 personnes ont été tuées dans des combats entre des milices claniques pro-gouvernementales rivales. Les affrontements pourraient être liées à la tension politique qui règne depuis un certain temps dans la région du Jubaland au sujet de la création d’un État régional », indique par ailleurs la mise à jour, ajoutant qu’un attentat-suicide a fait une victime et 27 blessés le 11 février à Gaalkayo.

Des dizaines de familles ont fui certaines zones des provinces de Bay et de Bakool et se sont installées à Luuq. D’autres se sont réfugiés au camp de Dollo Ado, en Éthiopie, craignant des affrontements armés à Diinsoor et redoutant le début de la saison de soudure, selon la mise à jour de l’OCHA.

Pendant ce temps, le blocus organisé par Al-Shabab dans la province de Bakool a entraîné une hausse des prix des denrées alimentaires de base.

« En l’espace d’un an, le prix d’un sac de 50 kilos de riz est passé de 400 000 à 800 000 shillings somaliens (24 à 48 dollars) », a dit à IRIN Osman Ali, un père de huit enfants, par téléphone. « J’ai dépensé tout ce que j’avais. Je songe maintenant à vendre mes maisons pour nourrir mes enfants. »

Mohamed Moalin Ahmed, le commissaire de Hudur, la capitale de la province de Bakool, a dit qu’Al-Shabab empêchait l’approvisionnement de la ville.

« Les miliciens d’Al-Shabab contrôlent les routes principales qui mènent à Hudur et ne permettent à aucun véhicule transportant des vivres de pénétrer dans les [zones] sous notre contrôle, ce qui met en difficulté les habitants de ces zones. » Ceux-ci dépendent désormais des vivres amenés sur des chariots tirés par des ânes.

Dans un communiqué de presse publié le 21 mars à la suite du retrait de troupes éthiopiennes de Hudur, l’AMISOM a tenté de rassurer les résidents en déclarant que ses hommes « travaillent en étroite collaboration avec le gouvernement fédéral somalien dans ses efforts pour rétablir une présence sécuritaire dans la région ».

Le commandant de l’AMISOM, le général Andrew Gutti, a dit : « Des mesures sont prêtes pour assurer la stabilité des régions de Bay et de Bakool [...] en cas de retraits supplémentaires des troupes éthiopiennes. »

Le gouvernement somalien est aussi aux prises avec les actes criminels commis par ses forces armées.

Plusieurs heures après l’exécution de trois soldats condamnés pour des meurtres de civils, le président de la Cour suprême militaire de Somalie, Hassan Mohamed Hussein Mungab, a dit à IRIN : « Nous ne tolérerons la présence d’aucun meurtrier ou violeur au sein des forces armées. Nous les exécuterons parce qu’ils bafouent le droit de vivre de ceux qu’ils sont censés protéger. »

Des hommes armés en uniforme ont également été accusés de vol. « Deux hommes en uniforme m’ont pris de force mon téléphone portable », a dit Abdikafi Mohamed, un habitant de Mogadiscio.

La levée partielle, début mars, de l’embargo sur les armes imposé à la Somalie par les Nations Unies illustre l’importance accordée au secteur de la sécurité par la communauté internationale. Cet assouplissement permettra au gouvernement de continuer à former et à équiper ses forces armées. [ http://www.irinnews.org/fr/Report/9... ]

Les efforts de développement portent-ils leurs fruits ?

Le gouvernement somalien tente aussi d’améliorer l’accès des citoyens à la santé et à l’éducation. [ http://www.irinnews.org/fr/Report/9... ]

Les pénuries de matériel et de professionnels de la santé expérimentés représentent un véritable défi, a dit Mohamud Moallim Yahye, sous-ministre du Développement et des Services sociaux.

« La plupart de nos médecins sont inexpérimentés et n’ont pas accès au matériel nécessaire pour faire leur travail correctement. Nous souhaitons, avec l’aide de nos frères turcs [par l’intermédiaire des ONG turques], reconstruire les institutions de santé du pays et, progressivement, nous doter d’hôpitaux publics gratuits », a dit M. Yahye à IRIN. Le sous-ministre a ajouté que le ministère espérait collaborer davantage avec les partenaires du développement.

« Les bailleurs de fonds et les organisations d’aide humanitaire avaient l’habitude de collaborer avec des ONG locales et des particuliers pour la fourniture de services, mais les choses sont en train de changer. Sur l’ensemble du territoire, les interventions en matière de santé seront désormais menées par le ministère du Développement et des Services sociaux. »

Le ministère des Services sociaux estime par ailleurs à environ 4 millions le nombre d’enfants somaliens qui sont privés d’éducation. Le ministère espère envoyer au moins 1 million d’enfants à l’école en 2013. Or, pour l’instant, les écoles publiques accueillent des centaines de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP).

Un programme standard doit également être développé. « En ce moment, plusieurs programmes coexistent et transmettent des cultures et des valeurs différentes aux habitants des différentes régions de la Somalie. Le développement d’un curriculum standard constitue, dans ce contexte, un défi de taille », a ajouté M. Yahye.

La paix a-t-elle affecté l’économie ?

Les questions financières demeurent primordiales. Au cours des deux derniers mois, le shilling somalien s’est apprécié par rapport au dollar, ce qui a eu des effets négatifs.

À l’heure actuelle, 100 dollars équivalent à 1,7 million de shillings somaliens, contre 2,2 millions il n’y a pas si longtemps.

« Mon frère, qui vit en Grande-Bretagne, m’a envoyé 100 dollars, mais je peux acheter moins de dollars qu’avant et, par conséquent, moins de biens et de services. C’est une bonne chose que notre devise soit plus forte, mais ça n’a pas augmenté notre pouvoir d’achat », a dit Liban Galad, un étudiant de Mogadiscio.

« Nous avions l’habitude de prendre trois repas par jour, mais nous n’en prenons plus que deux », a dit à IRIN Fatima Rashid, une mère de cinq enfants.

La Somalie ne dispose pas d’une banque centrale fonctionnelle pour réguler l’offre et la demande de devises.

« Le pays n’a pas imprimé suffisamment de billets légaux au cours des deux dernières décennies et il y a dès lors moins de shillings en circulation en Somalie. Dans ce contexte, l’augmentation de la demande de shillings a entraîné une dévaluation du dollar », a dit à IRIN Mohamed Sheikh Ahmed, professeur d’économie à l’université SIMAD.

Les investisseurs et les rapatriés ont également inondé le marché de dollars. « Les investisseurs somaliens rentrent chez eux avec des dollars. Tous les salaires sont versés en dollars. Les taxes sont payées en dollars. Les organisations d’aide humanitaire, en particulier les agences turques, payent en dollars - des quantités importantes de dollars », a-t-il ajouté.

Il se peut aussi que certains hommes d’affaires accumulent des shillings somaliens pour faire augmenter la demande.

Afin de contribuer à stabiliser les fluctuations du taux de change, M. Ahmed suggère d’imprimer plus de billets de 1 000 shillings. Il estime toutefois que des mesures à plus long terme sont nécessaires. « La solution la plus pratique à long terme serait d’imprimer de nouveaux billets et de mettre en place une banque centrale forte et capable de contrôler l’offre et la demande [de devises] », a-t-il dit, ajoutant que le gouvernement devrait également commencer à verser les salaires et à collecter les taxes en shillings somaliens.

Source : http://www.irinnews.org

 
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