mercredi, 18 juillet 2018
 

Qu’est - ce donc la Somalie ?

Pour expliquer les origines du chaos actuel de la Somalie, il nous faut d’abord comprendre le système colonial et ses stratégies. Car la Somalie est la preuve concrète des conséquences de la colonisation (le partage de l’Afrique et l’éparpillement d’un peuple nomade). L’autre problème de la Somalie est une aliénation intellectuelle : l’ethnisme. Nous pensons que la situation de la Somalie est liée à l’incapacité du peuple Somali à se fixer sur un territoire (puisqu’il est composé de nomades) et en tant que peuple.

La Somalie fut colonisée par les Ethiopiens d’Aksoum (IIe et VIIe siècle), puis par les Arabes (IXe siècle), rejoint par les Iraniens les Turcs et endin au XIXe siècle par les Européens. Le Somaliland, située au Nord de l’actuelle Somalie, devint alors un protectorat britannique en 1887. La partie appelée à l’époque la Somalie (colonie italienne dès 1889) est intégrée en 1936 dans l’empire colonial de l’Africa Orientale Italiana. Elle accède à l’indépendance le 1er juillet 1960, en tant que Somalie unie (les ex-colonies britannique et italienne ensemble).

En 1969, le général Syad Barré prend le pouvoir, soutenu par l’URSS, et prône le nationalisme. Il poursuit la stratégie des ex-puissances coloniales en s’appuyant sur les ethnies. Promotions et privilèges pour les uns et marginalisation pour les autres. Ainsi, dès les années 1970, les clans évincés du pouvoir engagent une lutte armée contre le régime. Le dictateur ressort alors le projet de la « grande Somalie » ( qui engloberait en plus de la Somalie britannique et italienne, l’Ogaden en Ethiopie, le Nord du Kenya, et Djibouti).

Définir la société Somalie ?

Une langue (somalie). Oui, mais une langue survivante de l’égyptien-ancien ( maintenant le copte selon les travaux du linguiste anglais Charles Barber) et donc une langue proche de l’arabe. Mais aussi une langue couchitique (afro-asiatique). Une langue swahilie (langue bantoue) parlée au Kenya, Ouganda, Tanzanie.

Une religion musulmane – présente au pays dès le IXe siècle du calendrier chrétien, d’ailleurs certaines ethnies somalies prétendent descendre directement du prophète - mais aussi des croyances africaines traditionnelles. Une culture indo-araboafricaine…

Un territoire. Aujourd’hui éparpillé entre Djibouti, l’Ethiopie (région de l’Ogaden), le Nord du Kenya, le Somaliland et la Somalie, les cinq parties que représente l’étoile sur le drapeau somalien.

Un peuple. Mais un peuple xénophobe. Chez nous les Somalis, la supériorité sur les autres Africains est une certitude. Nous sommes des Arabes. Nous sommes aussi Africain puisque Noir. Une (autre) filiation est épisodiquement revendiquée avec les Indiens. Mais alors que sont donc les Somalis ? Des schizophrènes !

Selon certains historiens, les Somalis sont venus du Sud de l’Inde (des chercheurs d’or) et se sont établis dans la Corne d’Afrique alors habitée par des bantoues. Ils seraient rejoints plus tard par des Arabes ( Egyptiens, Yéménites). L’encyclopédie Britannica écrira : « Le pays de Punt était sacré pour les Égyptiens en tant que source de leur race. »

Selon l’historien grec Diodore de Sicile, dans son livre « Bibliothèque Universelle » suite à une crise politique en Egypte et l’infiltration des peuples euro-asiatiques en Egypte, au VIème siècle avant Jésus Christ, plus de 200.000 habitants de l’Egypte ancienne ont quitté leur pays se dirigeant au Sud du Nil, en direction de l’Éthiopie, en Afrique de l’Est (l’actuelle Somalie, Ethiopie, Djibouti etc...). Enfin, une partie des Somalis se revendique africaine (comme les Antillais) et s’indigne de la survivance des stratégies coloniales.

En fait, ce complexe de supériorité existe depuis longtemps chez les Somalis : noble, « race pure »... Les colonisateurs (Anglais, Italiens) et le dictateur Syad Barré l’ont encouragé pour asseoir leur pouvoir en appliquant ce conseil : « S’il ya des moeurs et des coutumes à respecter, il ya aussi des haines et des rivalités qu’il faut démêler et utiliser à notre profit, en opposant les unes aux autres, en nous appuyant sur les unes pour mieux vaincre les autres. » C’est ce qu’avait dit le Maréchal Louis-Hubert Lyautey, à propos du Maroc, pays qu’il soumettait à la colonisation.

Les Somalis sont divisés en Dir (Gadabuursis, Issack et les Bimaal), Hawiye et Darod. Dans la Somalie italienne, les Darods (la population la plus grande en nombre) se définissent comme guerriers et nobles et qui, selon eux-mêmes, seraient des descendants du prophète ; et les Hawiye, agriculteurs sont perçus comme « inférieurs ». En Somalie du Nord, les Gadabuursis, les Isaaqs et les Darods ( dans la région du Puntland actuellement autonome) cohabitent. Ce n’est cependant qu’une entente pacifique et pragmatique. A la chute du régime de Syad Barré, en 1991, les Somalis du Nord ont dû faire face à la réalité : ils pouvaient continuer à se faire la guerre ou alors faire scission et rétablir l’ancienne Somalie britannique, sans l’excolonie italienne. La deuxième solution fut choisie mais les Darods, refusant d’accepter l’exercice du pouvoir par des tribus « inférieures », décidèrent l’autogestion de leur région le Puntland. En paralysant ainsi la reconnaissance du Somaliland, en attendant que les Darods du Sud arrivent à neutraliser les Hawiye ; que l’Ogaden acquière son indépendance. Eh oui, le rêve de la grande Somalie est toujours le but final. C’est pour cela aussi que l’Ethiopie et Djibouti s’opposent à l’Etat du Somaliland (qui soutiendrait automatiquement les indépendantistes Ogaden).

En fait avec l’exil, nous avons connu les discriminations et le racisme ( en Occident et dans les pays arabes ) et compris que nous étions ignorants, aliénés. La diaspora somalie lutte contre l’esprit de clan et son complexe de supériorité … l’avenir de la Somalie en dépend pour la réconciliation nationale.

Ardo Mako

 
A propos de Afriques en Lutte

Afriques en lutte est un collectif de militant(e)s anticapitalistes membres ou non de plusieurs organisations politiques. Ce site présente les articles parus dans le bulletin (envoi gratuit sur simple demande) ou d’autres publications amies. Notre objectif est de diffuser, à partir d’un point de vue militant, un maximum d’informations (politiques, économiques, sociales et culturelles) sur le continent africain et sa diaspora.

Si les articles présents sur ce site reflètent une démarche volontairement ouverte et pluraliste, leurs contenus n’engagent, bien évidemment, que leurs auteur-e-s. Tous les commentaires sont bienvenus. La rédaction se réserve toutefois le droit de les modérer : les propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes, diffamatoires, à caractère pornographique, pédophile, ou contenant des incitations à la haine ne seront pas publiés.

Pour nous contacter : afriquesenlutte@gmail.com

Fils de nouvelles RSS
Thèmes