lundi, 22 janvier 2018
 

SOMALIE : La terreur continue après le retrait d’Al-Shabab de Mogadiscio

NAIROBI - En août 2011, les insurgés d’Al-Shabab avaient annoncé leur retrait de la capitale somalienne, Mogadiscio. Or, comme le démontrent l’assassinat ciblé d’un journaliste et l’attentat à la bombe survenus la semaine dernière, l’insécurité règne toujours dans la ville.

Abukar Hassan Kadaf, directeur de la station de radio privée Somaliweyn, a été « abattu devant sa maison autour de l’heure du Maghreb [prière du coucher de soleil, 15 heures GMT], le 28 février », selon Ahmed Mahamud, un journaliste de Mogadiscio.

« La sécurité ne sera pas rétablie dans les zones se trouvant sous le contrôle du gouvernement tant que les responsables des agressions visant professionnels des médias et militants ne rendront pas de comptes », a dit Michelle Kagari, directrice adjointe du programme Afrique d’Amnesty International.

« Tout doit être fait pour empêcher le retour des homicides ciblés d’acteurs de la société civile. Cela implique de mener des enquêtes approfondies sur les meurtres, de veiller à ce que les responsables présumés soient déférés à la justice et jugés dans le respect des normes d’équité des procès, et de rétablir l’état de droit. »

Selon M. Mahamud, la vague d’insécurité qui balaie actuellement Mogadiscio affecte tous les résidents.

« Lundi [le 27 février], cinq enfants ont été tués et 22 blessés lorsqu’une bombe a explosé sur le terrain où ils jouaient [au football], dans le quartier de Wardhigley, dans la capitale », a dit M. Mahamud.

Il a ajouté qu’un responsable de la sécurité du quartier où les enfants étaient morts avait été arrêté en lien avec l’explosion.

D’après un autre journaliste qui a demandé à garder l’anonymat, le gouvernement aurait, selon certaines informations, commencé à recruter des jeunes qui auraient fait défection d’Al-Shabab. « L’idée, c’est qu’ils connaissent Al-Shabab et qu’on peut les utiliser pour défaire la milice. »

Ces transfuges d’Al-Shabab ont cependant été accusés d’être responsables de plusieurs des récents assassinats, et notamment de l’attentat à la bombe, a indiqué le journaliste. « Ces prétendus déserteurs sont ceux qui contribuent le plus à la vague d’insécurité actuelle. »

Le journaliste a ajouté que le gouvernement en aurait recruté près de 1 000 pour faire partie de l’Agence de sécurité nationale (National Security Agency, NSA), « et que la seule exigence pour obtenir un emploi était d’avoir appartenu à la milice Al-Shabab. »

Les journalistes sont désormais les cibles les plus faciles à atteindre, a-t-il ajouté. « Les hauts responsables du gouvernement sont toujours accompagnés de gardes du corps et les agresseurs cherchent des cibles faciles. Il est malheureusement facile de s’approcher des journalistes et ils bénéficient d’une certaine visibilité. Nous sommes donc une cible parfaite. »

Vivre dans la crainte

Les forces de sécurité du gouvernement ont toutefois rejeté l’affirmation selon laquelle des déserteurs d’Al-Shabab seraient responsables de l’insécurité ambiante.

Khalif Ahmed Ereg, directeur de la NSA de la région de Bénadir (Mogadiscio et environs), a dit que les transfuges ne pouvaient pas être responsables des attaques. « Ces gens qui travaillent avec nous... Nous savons qui ils sont et ce qu’ils font à tout moment. »

M. Ereg a blâmé les miliciens d’Al-Shabab « qui continuent de se cacher parmi la population ; nous savons que c’est eux [qui sont responsables] et nous les attraperons ».

M. Kadaf est le troisième journaliste à être tué au cours des deux derniers mois, a dit Mohamed Ibrahim, le secrétaire général de l’Union nationale des journalistes somaliens (NUJOS).

Par le passé, la ville était divisée entre le gouvernement et Al-Shabab et « vous saviez d’où venait le danger ». Maintenant, toutefois, l’ensemble de la ville est sous le contrôle du gouvernement, mais « il est impossible de dire d’où vient le danger ».

« Le fait que personne n’a jamais eu à rendre des comptes ou à subir un procès pour le meurtre d’un journaliste revient à dire qu’on a le droit de le faire. »

Selon le Comité pour la protection des journalistes (CPJ), la Somalie est l’endroit le plus dangereux pour les journalistes en Afrique.

Départ des journalistes

M. Ibrahim a dit que le meurtre de M. Kadaf avait soumis les journalistes qui opèrent dans la capitale à une pression accrue et que nombre d’entre eux risquaient maintenant de fuir, « laissant ainsi encore moins de journalistes pour couvrir ce qui se passe à Mogadiscio et en Somalie ».

Selon une source de la société civile, même les personnes déplacées qui se sont réfugiées en ville ne sont pas épargnées. « Elles se font voler, violer et parfois même tuer. C’est terrible de penser que nous vivons toujours dans la crainte sept mois après le retrait d’Al-Shabab de Mogadiscio. »

On estime à quelque 400 000 le nombre de personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays (PDIP) à Mogadiscio et dans les alentours. On s’attend par ailleurs à ce que ce nombre augmente avec l’arrivée dans la ville d’autres personnes fuyant les affrontements [http://www.irinnews.org/Report/94976] qui opposent la milice Al-Shabab et les forces du gouvernement, soutenues par des soldats de l’Union africaine (UA) et des armées kényane et éthiopienne dans le sud de la Somalie.

Source : http://www.irinnews.org

 
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