jeudi, 17 octobre 2019
 

BENIN : entre pantalonnade et barbarie

Élu président en avril 2016, Talon avait annoncé la couleur dans une profession de foi publique : « Ce qui permet à un président en exercice d’être réélu, c’est sa capacité de soumettre, d’avoir à sa solde tout le monde, députés, maires, élus, commerçants, partis politiques, c’est la manière dont personne n’est capable de lui tenir tête, d’être compétiteur contre lui. Quand vous n’avez pas de compétiteurs, vous avez beau être mauvais, vous serez réélu. ». Ce beau cynique a tenu parole.

Les 1er et 02 Mai 2019, le peuple de Cotonou et de Kandi notamment s’insurgeait dans les rues contre le pouvoir autocratique et despotique de Patrice Talon. La barbarie de ce pouvoir (qui a tiré à balles réelles sur sa population avec à la clé, au moins quatre morts (en fait plutôt une dizaine), de nombreux blessés, de nombreuses arrestations arbitraires et des obstacles mis à la récupération des corps) est apparue grandeur nature à l’opinion publique internationale.

Ceci fait suite à l’encerclement de la demeure de l’ancien président Boni Yayi par les forces de l’ordre, à la modification grotesque par la Cour Constitutionnelle de chiffres déjà gonflés par la CENA pour masquer le boycott électoral de tout un peuple (avec une participation d’abord inventée à 22,99% par la CENA puisque ne tenant pas compte des bulletins nuls, puis augmentée artificiellement à 27% par la Cour Constitutionnelle aux ordres).

Puis survint l’enlèvement de deux touristes français et l’assassinat de leur guide béninois dans le Parc National de la Pendjari, d’une superficie d’au moins 4800 km2, soit un territoire grand comme deux fois le Luxembourg. C’est la plus vaste réserve naturelle encore existante en Afrique de l’Ouest. Il est vrai que la gestion sécuritaire de ce parc est confiée depuis 2017 à la société sud-africaine privée African Park Network ce qui avait à juste titre révolté les béninois. Qu’il s’y produise un enlèvement sur cette vaste étendue de territoire ne peut constituer un motif de stigmatisation et de développement de la peur. C’est pourtant bien le levier qu’a immédiatement actionné le gouvernement français en déclarant le territoire zone rouge. Infantiliser les peuples africains pour justifier des interventions est une vielle tactique du pouvoir colonial et néo-colonial.

Le 16 mai, a lieu la pan(Talon)nade : les 83 députés mal élus le 28 avril dernier puisque tous issus des deux partis soutenant le président, les autres n’ayant pas pu concourir, se sont installés à l’Assemblée Nationale dans la capitale en état de siège Porto-Novo sans même se douter du ridicule et de la honte qui devraient les accabler.

Le Parti de Gauche proteste contre ce qui ressemble à une mise en résidence surveillée du passé président Yayi Boni et s’associe à tous ceux qui réclament l’organisation de nouvelles élections législatives suite au hold-up réalisé par le clan Talon.

Le Parti de Gauche dit au gouvernement français que l’appel « à la retenue » ne suffit pas et qu’il doit user de son influence sur l’arrogant Talon afin que les mesures constitutionnelles soient prises au plus vite afin de sortir de la situation politique incestueuse ainsi créée.

Pierre Boutry

Déclaration de la Commission Afrique du Parti de Gauche

 
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