mardi, 22 octobre 2019
 

Bénin : LE PRESIDENT DE LA COORDINATION PROVISOIRE DE LA CONVENTION PATRIOTIQUE DES FORCES DE GAUCHE

Camarades Représentants des Partis Politiques et Organisations Patriotiques de Travailleurs, de Jeunes, de Femmes, d’Autorités Traditionnelles, de Parents d’Elèves et d’Etudiants, de Défense des Droits de l’Homme, d’artisans de paysans etc.

Mesdames et messieurs

Le thème retenu par la Coordination Provisoire, pour la Conférence de ce jour se formule ainsi qu’il suit : « Les préoccupations actuelles des travailleurs et des peuples et les points de vue de la Convention Patriotique des Forces de Gauche ». Cette Conférence se veut une causerie très courte situant les préoccupations pressantes des travailleurs et des peuples et les objectifs programmatiques de la Convention Patriotique des Forces de Gauche ; elle sera suivie de la cérémonie de signature d’adhésion (ou d’accord avec la plate-forme programmatique) à la Convention Patriotique des Forces de Gauche.

Camarades,

Lorsque l’on interroge la situation politique et sociale actuelle dans notre pays, on ne peut la traduire que par ces mots : misère généralisée, étouffement des libertés. Alors quelles sont les préoccupations des travailleurs et des peuples ? Il suffit de voir de quelle manière se sont déroulées les festivités de Noël 2012- pour s’en convaincre. Jamais depuis des décennies, une fête n’a été aussi morose. Les prix des produits sont élevés et l’argent est rare. La faim est généralisée. Même les guirlandes traditionnelles qui essaient de cacher pour un jour la misère ont presque disparu des maisons. Dans les marchés, dans les débits de boisson, les commerçants ont eu la mévente la plus grave jamais enregistrée. Dans le même temps, le pouvoir de YAYI Boni poursuit ses assauts contre les libertés si chèrement conquises : libertés de presse avec la guerre déclarée de la HAAC à la presse indépendante et la monopolisation par le pouvoir de toutes les presses tant publiques que privées ; la guerre déclarée du pouvoir contre les libertés de manifestation, de grève ; l’instrumentalisation de la justice conduisant à des arrestations arbitraires telles que celles des responsables du Comité de Développement de Natitingou actuellement où ce sont les victimes de crime qui sont traînés devant les tribunaux. Pour les travailleurs et les peuples du Bénin aujourd’hui, c’est comment survivre – face à la misère extrême et le fascisme rampant- comment se battre et par quelle voie s’en sortir ?

A la Conférence publique du Parti Communiste du Bénin tenue le 03 Décembre 2011 au CPA-Cotonou, j’avais essayé de situer les moments essentiels, les moments fondateurs de la vie politique de notre pays que j’ai appelé « jalons ». J’avais essayé de définir le jalon de l’histoire d’un pays comme « l’événement fondateur de ce pays ou l’événement d’une importance telle que qu’il constitue la fin d’une époque et le début d’une autre ». A partir de cette définition, j’ai essayé de déterminer les différents jalons de l’évolution politique du Bénin. Le premier jalon dont l’on doit inférer la vie politique et économique actuelle du Bénin est la colonisation -par la guerre- de notre territoire par la France. Et l’acte fondateur du pays est le Décret présidentiel français du 22 Juin 1894 créant la colonie du Dahomey.

A la Conférence de commémoration du 34ème Anniversaire de la création du PCB le 28 Décembre 2011, j’approfondissais ces réflexions avec les développements que voici : « Avec la nouvelle administration coloniale installée, « nos peuples sans être déportés comme le furent les millions d’esclaves, objet de la traite négrière, sont cependant devenus esclaves sur leurs propres terres : avec la perte de leurs langues et cultures dans la sphère de l’administration et de l’instruction publique.

Depuis 1894, il s’est instauré dans notre pays, ce qu’on est convenu d’appeler « pacte colonial » mais qui n’est qu’un ordre public colonial (puisque le pacte suppose l’accord de deux volontés souveraines ; ce qui ne fut pas le cas). « La caractéristique principale de l’Etat colonial (comme le Dahomey) c’est d’être une personne morale esclave. En effet tout comme la personne physique esclave, la colonie ne jouit pas de la personnalité juridique, ne peut avoir de patrimoine et pardessus tout n’a pas la liberté de produire pour lui ; il doit produire pour le maître. Ici toute l’économie coloniale est extravertie et donc orientée vers la satisfaction des besoins de la métropole française ». Tout comme l’esclave, le colonisé doit -sous violence- oublier jusqu’à sa langue et parler la langue du colonisateur. Il doit renier ses croyances et embrasser les dieux du colonisateur qui s’imposent désormais comme les seules références spirituelles hors lesquelles point de salut. Parler la langue « indigène » dans l’administration, la justice, l’instruction, parler le « patois » quel crime abominable ! Rien que la mort pourrait essuyer un tel forfait si je peux oser paraphraser La Fontaine dans « Les animaux malades de la peste ». L’anormal devient normal Et l’on voit des juges béninois continuer de condamner leurs concitoyens dans une langue que ceux-ci ne comprennent pas ; l’on voit des maires qui s’adressent en français à leurs administrés analphabètes à 80% dans cette langue.

Cinquante-deux ans après les indépendances proclamées de 1960, le Bénin, comme la plupart des autres ex-colonies françaises d’Afrique est toujours soumis à ce pacte colonial. Ainsi, le Port de Cotonou appartient à Bolloré, les brasseries appartiennent à Castels-BGI, les cimenteries à Lafarge, les banques sont contrôlées par l’impérialisme français par le biais de la monnaie et de la BCEAO, qui définissent la politique du crédit et donc des investissements au Bénin. Toutes les administrations centrales de l’Etat (militaires, financières, judiciaires etc. sont sous l’œil étroit d’un « Expert » français placé physiquement là qui ordonne et qui commande. Des informations font état de ce que pour nommer un colonel dans l’armée béninoise, il faut l’accord de la France ou tout au moins son consentement tacite. Sans parler des généraux. Le Bénin importe 98% de ses vêtements pendant qu’il exporte son coton. Le Bénin importe le sucre St-Louis de France pendant que ses 20.000 tonnes de sucre produits chaque année par la société sucrière de Savè (SUCOBE), sont exportés. L’école déroulée dans la langue française est complètement détruite avec les fameux Nouveaux Programmes d’Etudes et le gouvernement démissionnaire ne trouve rien de mieux que de s’en remettre de plus en plus aux privés qui se livrent à des actes de corruption de toutes sortes vis-à-vis des institutions publiques comme la « construction d’un amphithéâtre » de Houdégbé North American University à l’UAC.

Comme si on a jamais vu un pays se construire avec la prédominance d’universités privées ! Avec cela, le pays plonge dans les enfers ! Le chômage généralisé, l’analphabétisme s’élargit, la misère s’épaissit. La base de tous ces maux dont souffre aujourd’hui notre pays c’est la persistance de ce pacte colonial. Cela signifie qu’au-delà des oripeaux et déclarations officielles- d’ailleurs, « la parole n’est-elle pas donnée à l’homme pour masquer sa pensée » ?- au-delà donc des déclarations publiques, le peuple béninois demeure un peuple esclave…C’est de telles réalités que les représentants officiels de la « Françafrique » en poste dans nos pays comme c’est le cas au Bénin du gouverneur français au Bénin, appelé Ambassadeur de France, Jean-Paul Monchau, tentent vainement d’occulter par des interviews mensongères. Sans l’observance de la souveraineté de notre peuple et de l’obligation de réserve qui s’impose à tout diplomate e pays étranger, J.P. Monchau prend en charge tout, se mêle de tout : les artisans, les universitaires, les journalistes, les militaires, la police etc. et s’adresse à eux directement. Avec cela, un artiste comme Anice Pépé dans sa chanson « Mi lè kpo do Yovo si » décrit parfaitement cette réalité. Depuis 52 ans donc, les divers régimes politiques qu’ils soient ouvertement de droite ou de « gauche » même proclamés « marxiste-léniniste » comme celui de Kérékou-PRPB, les diverses équipes gouvernementales qui se succèdent à la tête de notre pays se situent tous dans le système de « pacte colonial » jamais remis fondamentalement en cause. Comme je ne cesse de le répéter, le pouvoir de YAYI Boni fait partie du même système : celui du pacte colonial français au Bénin ; comme celui des Maga-Ahomadégbé-Ahomadégbé-Apithy- Zinsou de 1960 à 1972, de Kérékou I de 1972 à 1990 ; de Soglo de 1991 à 1996 ; de Kérékou II, Kérékou III, de 1996 à 2006. La gouvernance est globalement la même avec des variantes liées aux circonstances politiques et à la personnalité des dirigeants.

La question fondamentale à résoudre pour permettre un pas en avant de la société béninoise est de rompre avec ce pacte colonial, synonyme de sa libération du joug impérialiste notamment français. Comment y parvenir ? Il faut changer la gouvernance actuelle caractérisée par la soumission absolue du gouvernement aux besoins étrangers notamment français pour l’orienter vers la satisfaction des besoins des travailleurs et des peuples de notre pays. Et cela ne se peut que par le renversement révolutionnaire du pouvoir actuel- incarnation du pacte colonial- et son remplacement par celui des travailleurs et des peuples. Pour ce faire, une large alliance des forces politiques patriotiques et révolutionnaires capables de conduire de tels mouvements au succès, s’impose. Cette alliance n’est pas une pure vue de l’esprit. Elle se base sur des intérêts bien compris des classes et couches intéressées par le rapide développement du capitalisme au Bénin et la libération des forces productives artificiellement entravées par un système bête et humiliant : le pacte colonial.

C’est ce qui a conduit le Parti Communiste du Bénin, Le Creuset pour le Développement et le Progrès(CDP), Le Parti Social-Démocrate –Le Bélier (PSD-Bélier) à prendre l’initiative de la Convention Patriotique des Forces de Gauche (CPFG) dont les objectifs sont résumés dans la plate-forme dont je veux rappeler l’essentiel :

- « La promotion de la production nationale et la protection du patrimoine national ainsi que des producteurs nationaux (agriculteurs, industriels, artisans, commerçants et artistes) ;
- L’instruction de notre peuple dans les langues maternelles ;
- La réhabilitation des combattants de la liberté, victimes de la répression sous Kérékou et les pouvoirs du Renouveau ;
- Le contrôle populaire de la gestion des biens publics avec l’élection et la révocabilité des DG et directeurs techniques des administrations et entreprises publiques ;
- L’appui sur nos valeurs traditionnelles positives en matière d’administration, de justice, de médecine, de sécurité avec la reconnaissance des acteurs traditionnels dans ces domaines ;
- La publication de tous les accords à caractère économique et politique avec les pays étrangers ainsi que des audits des entreprises publiques
- La résolution, avec les Gouvernements des pays de l’UEMOA et de la CEMAC du nécessaire décrochage du franc CFA du Trésor français et la création d’une monnaie sous-régionale souveraine… »

La Convention Patriotique des Forces de Gauche à l’instant présent

1- S’oppose à toute régression des acquis démocratiques et syndicaux des travailleurs et du peuple. Elle exige par conséquent :
- Le jugement des violateurs des libertés de réunion, de manifestation, de grève, d’accès équitable aux média publics
- La rétrocession des défalcations pour exercice du droit de grève
- La réhabilitation du droit de grève au corps de la Douane
- Le retrait des projets ou propositions des lois restreignant le droit de grève des travailleurs ;

2- S’oppose à la braderie aux monopoles étrangers des entreprises des secteurs stratégiques (Port, Aéroport, Télécommunications, Chemin de fer, Electricité, Eau)

3- S’oppose à la vente, sous quelque prétexte que ce soit, des terres aux Etats et monopoles étrangers ;

4- Condamne le système électoral actuel (CENA, LEPI) qui est une machine de fraude. Elle exige par conséquent l’élaboration d’un autre système électoral, démocratique et transparent.

5- Appelle et soutient les luttes des travailleurs et de la jeunesse contre l’arbitraire, la fraude, la surfacturation et autres actes de pillage dans la gestion des biens publics. Dans ce sens, elle exige le contrôle par les travailleurs
- des concours d’entrée à la Fonction Publique
- des attributions et exécutions des marchés et projets d’Etat ;
- de la gestion des ressources financières, matérielles et humaines.des directions des administrations et entreprises publiques » ; La Convention Patriotique des Forces de Gauche entend « travailler avec toute organisation ou alliance pour la sauvegarde des acquis démocratiques et sociaux des travailleurs et du peuple ainsi que pour l’atteinte des objectifs ci-dessus définis ». A ce titre, elle déclare être « ouverte à toute autre alliance ou front qui accepte cette plate-forme programmatique » ;

Enfin la Convention Patriotique des Forces de Gauche se déclare résolue « à réaliser ces objectifs par toutes voies possibles, y compris par la voie du soulèvement général du peuple »

Depuis sa formation le 14 Août 2012, la Convention Patriotique des Forces de Gauche a posé quelques pas sous la direction d’une Coordination que nous avons voulue Provisoire et qui donc ne sera définitive qu’après la cérémonie d’élargissement d’aujourd’hui. Elle est entrée en débats avec toutes les forces démocratiques, patriotiques et révolutionnaires (Forces politiques, syndicales des travailleurs, des jeunes, des femmes des intellectuels traditionnels, des défenseurs de droits de l’homme etc). Elle a reçu en général, un bon accueil.

Beaucoup d’organisations ont manifesté leur volonté d’y adhérer ou tout au moins ont donné leur accord avec la plate-forme programmatique. La Coordination provisoire de la Convention a mené une action unitaire avec beaucoup d’entre elles dont la grande marche de commémoration du 11 décembre dernier. Au plan international, la Coordination de la Convention patriotique des Forces de Gauche s’est prononcée sur la situation qui prévaut au nord du Mali : elle s’est adressée à travers son Président par une lettre au Président français, François Hollande pour le situer sur ses responsabilités devant l’histoire. Dernièrement elle a envoyé un message de soutien au 53ème Congrès de l’ANC en Afrique du Sud qui s’est tenu du 17 au 20 décembre 2012. C’est dire que la cérémonie d’aujourd’hui a déjà une histoire.

J’ai la conviction qu’autant la Convention du Peuple (Grande Alliance réalisée des Communistes, révolutionnaires et Patriotes du Bénin) a été le fer de lance du grand mouvement révolutionnaire de l’année 1989 ayant abouti au renversement du régime despotique de Kérékou, autant j’ose espérer que la Convention Patriotique des Forces de Gauche permettra de lever la malédiction dont notre pays a été l’objet depuis 1894 par l’instauration du Pacte colonial et faire passer notre belle Patrie du régime d’Indignité et d’esclavage au Régime de Dignité et de souveraineté.

Alors vive la Convention Patriotique des Forces de Gauche !

Pour que vive l’Emancipation des travailleurs et des Peuples du Bénin.

A tous, au nom de la Coordination, je présente les vœux les meilleurs d’une Heureuse Année 2013.

Cotonou le 27 Décembre 2012.

Le Président de la Coordination provisoire de la Convention Patriotique des Forces de Gauche

Philippe NOUDJENOUME

 
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