lundi, 11 décembre 2017
 

Burkina Faso : base militaire française au Faso, un retour qui ne dit pas son nom ?

En négociant les termes de l’indépendance de la Haute-Volta on se souvient que le président Maurice Yaméogo avait eu une position divergente de ses homologues du conseil de l’entente.

Alors que Michel Debré, leur interlocuteur, demandait une position commune par rapport à la coopération future avec l’ancienne métropole et qu’en particulier le maintien des bases militaires sur le sol des territoires décolonisés soit accepté, Maurice Yaméogo a dit non ! Le reste, ce fut le départ dans des conditions difficiles de l’armée française de Bobo Dioulasso, matériel détruit, grenades enterrées …lits, bureaux, armoires…jetés dans des puits.. ; mais aussi la croix et la bannière pour constituer la nouvelle armée. L’un dans l’autre, l’histoire consacre cette position du premier président du pays au nombre des plus courageuses qu’il ait eu à prendre.

Notre constitution qui interdit l’appel à des troupes étrangères pour régler un conflit intérieur, en fait incidemment mention en ces termes : – Art59, alinéa 3- « En aucun cas il ne peut être fait appel à des forces armées étrangères pour intervenir dans un conflit intérieur ». On se souviendra que l’une des contre-parties de l’accepation de la présence de telles troupes, c’est justement le soutient du règne en place notamment par ces interventions dans les crises internes. C’est dire toute la difficulté, pour les successeurs du premier président, de revenir sur cet engagement inscrit en quelque sorte dans le marbre de la constitution mais aussi dans l’âme des burkinabé.

Pourtant depuis quelque temps, cette présence militaire française occupe les débats. Du reste, les forces spéciales française sont officiellement présentes. Il leur est imputé des actions dans la sous-région…Notamment au Niger. Mais ceci intervient dans le secret le plus total avec forces dénégations au sujet d’une présence militaire conséquente de l’hexagone.

L’opinion n’y croit pas et dénonce même à intervalles réguliers des actions de soutien au pouvoir en place ; on ne s’étonnera pas que bientôt la question revienne en force dans les critiques des politiques, des syndicats et autres structures organisées.

Le régime Compaoré aura du mal à se défendre quand il aurait pourtant pu engager les choses autrement.

Comment donc ? Eh bien les raisons ne manquent pas, dans l’optique de protéger notre sécurité collective de plus en plus menacée, de recourrir à des aménagements de notre refus de voir des forces militaires étrangères sur notre territoire.

Face aux crises sociales, à l’insécurité grandissante en raison de l’internationalisation de la criminalité organisée devant l’extension du cancer du terrorisme et de ses impacts au delà de l’Afrique, on pouvait opter pour les axes de coopérations militaires suivantes :

- 1) Créer une organisation de sécurité mondiale. Composée de militaires, de gendarmes, de policiers, elle aurait des représentations régionales voir nationales. La présence de militaires français aurait pu se comprendre dans ce cadre. Ce d’autant que le besoin d’un ordre public international se fait de plus en plus sentir comme condition de la survie de la collectivité universelle.
- 2 ) Aider l’union africaine à créer sa force militaire. Cette armée constituée pourrait passer des accords avec tout partenaire et en particulier avec la France . Par ce canal également, on pouvait voir des bases militaires anglaises ou françaises dans notre pays.
- 3 ) Encourager l ‘option de la défense commune par le conseil de l’entente. Cette idée que défend certains partis au Burkina peut nécessiter de recourir aux compétences de pays tiers et pourquoi pas de la France ?

Ce sont là autant de voies transparentes par lesquelles on pouvait passer au lieu de jouer à cache-cache dans un aquarium…

Victory Toussaint

Source : http://www.sanfinna.com

1 commentaire
  • Bonjour, j’ai lu sur ce site quelques uns des articles concernant le Burkina Faso et je dois dire que la situation d’insécurité m’inquiète un peu. Dans la faculté où je me trouve (France, métropole) j"ai vu une affiche de l’association MJPROCUNAS (Mouvement de la Jeunesse pour la Promotion de la Culture Nationale) et j’ai consulté leur site internet, j’aimerai effectuer une des missions humanitaires que cette association propose, mais j’ai appris qu’il y aurai des morts parmi les écoliers et les étudiants, que l’insécurité serait grande. J’aimerai en savoir plus, notamment savoir si les interventions humanitaires d’européens (même si cela se fait dans le cadre d’une association burkinabé comme mjprocunas) sont vue d’un bon oeil par le gouvernement, et si les intervenants humanitaires européens ont connus des faits de violence ou doivent s’inquiéter.

    J’espère votre réponse, et vous remercie d’avance.

 
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