lundi, 23 octobre 2017
 

Burkina Faso : Déclaration des partis politiques de l’opposition sur la situation nationale

Depuis le 22 Février 2011, notre pays traverse une zone de turbulences équivalente à celle enregistrée au lendemain de l’assassinat crapuleux du journaliste Norbert ZONGO et ses compagnons d’infortune en 1998.

En 1998 comme en 2011, ce que l’on peut retenir au-delà de la similitude des noms des principales victimes et de leur province d’origine, c’est surtout l’insistance du régime à prendre nos compatriotes pour des niais, voire des imbéciles que l’on peut berner à tout bout de champ ! Les tenants du pouvoir n’avaient eu en effet aucune honte à affirmer que Norbert ZONGO avait été victime d’un accident de la circulation, puis qu’il avait été la cible de braconniers, etc. Toutes choses vite battues en brèche par la réalité des faits et confirmées par la Commission d’enquête indépendante mise sur pied sous la pression populaire, qui indiquait alors clairement que le journaliste et ses compagnons avaient été assassinés puis brûlés par un commando du régiment de sécurité présidentielle. Aujourd’hui ces mêmes tenants du pouvoir ont une fois de plus tenté de nous faire avaler la grosse couleuvre de la méningite, suite au décès du jeune Justin L. ZONGO maltraité, dans les locaux du commissariat de police de Koudougou. Faut-il aussi rappeler qu’en 1987 le Président Thomas SANKARA assassiné par des militaires avait été déclaré mort de « mort naturelle » par le même régime de Blaise COMPAORE qui du reste, demeure le premier bénéficiaire de cette forfaiture.

Comme on le constate aisément, les situations se ressemblent fortement, avec presque les mêmes acteurs (une victime innocente et des hommes en tenue), les mêmes allégations mensongères (mort naturelle, mort accidentelle, mort de sa maladie) et la même triste réalité (assassinat). Le peuple burkinabé ne tolère plus ces mensonges d’Etat. Il ne tolère plus cette « démocratie western ». Et il le fait savoir en manifestant son mécontentement, avec ses moyens et à sa manière. C’est le sens profond des manifestations actuelles des scolaires et étudiants. Ces jeunes manifestent bruyamment parce qu’ils se sentent interpellés au premier chef par la disparition répétée de leurs camarades et de vaillants fils du pays réel dont la contribution au bonheur de notre peuple aurait compter à tout point de vue. Ils manifestent parce qu’ils ne veulent pas être les prochains de la liste macabre de ce régime. Mais au-delà de ces jeunes, ce sont tous les burkinabé qui sont concernés par la situation, y compris ceux qui prétendent détenir une quelconque parcelle d’autorité administrative, politique ou militaire. En effet, à bien observer les faits, l’on se convainc que notre société est malade, victime d’un mal insidieux qui la ronge depuis bientôt 24 ans.

Cette triste réalité entraine une prise de conscience individuelle et collective qui inéluctablement débouche sur un sentiment légitime de révolte et une égale aspiration à plus de liberté, d’égalité et surtout de vérité et justice. Aucune instrumentalisation ne saurait supplanter ces valeurs si chères à notre peuple, tout comme elles ont été le ferment des révolutions tunisiennes et égyptiennes. Le peuple burkinabé n’est pas différent de ces peuples arabes qui disons-le tout net, n’ont pas eu besoin d’être coachés par des hommes politiques, encore moins instrumentalisés par ceux-ci pour exprimer leurs justes revendications pour plus de pain, de liberté et de démocratie. Ce d’autant que le Chef de l’Etat de retour d’Addis-Abeba, donnant son sentiment sur la situation qui prévaut, n’a même pas cru de son devoir de présenter ses condoléances aux familles des disparus, se contentant de déplorer la destruction de biens publics.

Réprimer donc les élèves et étudiants, fermer les écoles, lycées et universités, mettre dans la rue les étudiants vidés manu militari des cités et privés du bénéfice de toute œuvre sociale universitaire, ne saurait constituer une mesure courageuse ou responsable allant dans le sens du solutionnement du problème posé qu’il faudra résoudre à la racine.

C’est le lieu pour l’opposition politique du Burkina Faso d’exprimer sa totale désapprobation quant aux propos diffamatoires, injurieux et provocateurs du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), parti au pouvoir, qui, loin de chercher des solutions politiques idoines à un problème structurel, adopte des postures opportunistes consistant à déplacer le problème. Dans une déclaration lue et relue à la télévision nationale le lundi 14 mars courant puis relayée par la presse écrite, ce parti dont ladite déclaration incendiaire est signée par son président s’en est pris vertement à l’opposition politique en des termes amers dont le paroxysme est : « Quelle couardise pour nos opposants politiques que de se dissimuler derrière des élèves et des étudiants pour atteindre leurs objectifs politiques ! » Fin de citation. Et cela après avoir évoqué des « forces occultes en mal d’impatience d’en découdre avec le régime » et autre « idéologie de la violence » etc. Le summum qui cache mal la férocité et la fébrilité du régime est atteint avec l’appel à la levée de milices pour dit-on, défendre, protéger et sauvegarder la démocratie !

On comprend ainsi comment et pourquoi ces milices armées de gourdins et autres machettes sont apparues dès le mardi 15 mars pour casser de l’étudiant. Cette situation inacceptable que l’opposition dénonce avec force apparaît également comme en 1998 après une élection présidentielle fraudée et truquée en faveur de Blaise COMPAORE malgré la grande fronde qui gagne toutes les couches sociales et plus particulièrement la jeunesse.

Pour les chefs des trente-quatre (34) partis ayant officiellement fait leur déclaration d’appartenance à l’opposition politique et réunis en séance extraordinaire le mercredi 16 mars 2011, les choses sont claires. Les rentiers de la barbarie sanglante du 15 octobre 1987 et autres bénéficiaires des crimes économiques et de sang qui jalonnent le parcours du régime en place depuis près de 24 ans ne sauraient s’ériger en donneurs de leçons de démocratie, encore moins en protecteurs de la vraie démocratie.

L’opposition politique, tout comme les élèves, les étudiants et la majeure partie du peuple, a soif de vérité, de justice et de démocratie dans notre pays.
- Elle revendique le droit de manifester librement et pacifiquement, sans contraintes, sans « zones rouges » et tous autres artifices tendant à restreindre la liberté des citoyens.
- Elle exige également la réouverture immédiate et sans conditions des établissements d’enseignement, de même que la reprise des services de toutes les œuvres universitaires.
- En tout état de cause, nous demeurons convaincus que nul ne doit faire barrage à un peuple qui aspire à la réalisation de ses aspirations profondes de liberté et de justice sociale.

Ouagadougou, le 16 mars 2011

Pour les partis politiques d’opposition :

ADEFA, CDS, ADR, CNR/MS, CNPB, COPAC, FASO METBA, FDR, FFS, FPC, GDP, L’Autre Burkina/PSR, LCB, Les Verts du Faso, MDR, MPS/Parti fédéral, PAREN, PDP/PS, PDS, PFID, PNP, PRDF, PSU, PPP, RDS, RPC, UDD, UDPS, UFP, UFR, UPS-MP, URDB, UPC et UNIR/PS.

Le Chef de file de l’opposition politique

Maître Bénéwendé S. SANKARA

(Président de l’UNIR/PS)

 
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