lundi, 23 octobre 2017
 

Burkina Faso, luttes sociales et politiques

Vendredi 1er juillet, un meeting « Justice pour Thomas Sankara » a réuni de nombreuses personnes dont le GTA du NPA dans une salle du 2e arrondissement de Paris.

C’était l’occasion de faire le point sur le dossier, toujours ouvert, de l’assassinat du président révolutionnaire du Burkina Faso, le 15 octobre 1987, par son successeur (Blaise Compaoré) et avec le soutien de la « Françafrique ». Les autorités judiciaires, que ce soit en France ou au Burkina, n’ont toujours pas commencé à faire le lumière sur les commanditaires et exécutants de ce crime politique. Cependant, un élément nouveau important a vu le jour : 21 députés de l’Assemblée nationale française demandent, maintenant, de « faire le point sur le rôle des services de renseignement français, sur la mise en cause de la responsabilité de l’Etat et de ses services ».

Leur démarche a été présentée à l’opinion publique lors d’une conférence de presse, tenue le 28 juin 11 à l’Assemblée nationale. Mais ce meeting important a aussi était le moment de faire le point sur les nombreuses luttes sociales et démocratiques qui se sont déroulées, au Burkina Faso, depuis le mois de février dernier. Le 22 février, une vive contestation des étudiants et lycéens a éclaté à Koudougou, ville située dans l’Ouest du pays. C’est la mort d’un lycéen, Justin Zongo, imputée aux forces de police, qui avait mis le feu aux poudres. La police avait beau prétendre que le jeune serait « mort des suites d’une méningite », la jeunesse n’y croyait point. Des collègues lycéens ont d’ailleurs raconté que l’élève - qui avait la mauvaise chance d’avoir engagé une dispute avec une lycéenne sortant avec un policier - était plusieurs fois revenu du commissariat en portant des traces de coups. Une partie des protestataires scanda d’ailleurs, à en croire la presse locale, des slogans faisant référence aux révolutions en Afrique du Nord : « La Tunisie à Koudougou ! » ou encore « Koudougou aura son Egypte ! ».

Suite au déclenchement de la révolte, bon nombre de bâtiments publics furent incendiés. Six personnes ont trouvé à mort à Koudougou : quatre élèves, un policier et un commerçant n’ayant pas pris part aux affrontements. Dans les jours suivants, la révolte s’étendait aussi à d’autres villes : Gaoua, Fada N’Gourma, Tenkodogo, Pô, Léo… Début mars 11, à Ouhigouya, ce sont à la fois le commissariat, le siège du gouverneur de la province, celui du gouvernement régional, le bâtiment du palais présidentiel CDP (« Congrès pour la démocratie et le progrès ») et une partie du tribunal qui furent incendiés.Dans la première moitié du mois de mars 11, le mouvement étudiant montra sa force de mobilisation dans la capitale Ouagadougou. Des milliers de personnes manifestèrent, suite à des appels du syndicat des étudiants, notamment. Au même moment, l’expérience d’un appel à une manifestation lancée sur Facebook montra les limites de ce procédé – et tordit le cou à la légende, qui voudrait que désormais « les révolutions se font sur Internet ». Seulement dix personnes, dont deux députés, s’étaient déplacées. Ce ne sont pas les appels « Facebook », mais bien les mobilisation au sein des lycées et facultés qui assuraient le succès des mobilisation. A partir du mois d’avril 11, une série de grèves eut lieu : à la société de téléphone ONATEL, dans la mine d’or de Kalsaka, ou encore chez les enseignant-e-s. Ces luttes étaient souvent conduites par la CGT-B.

A la mi-avril 2011, c’était par contre la Garde présidentielle – un corps d’élite de l’armée – qui entra en mutinerie, pour des motifs financiers. Le régime arriva, cependant, à s’arranger avec les soldats d’élite et leurs demandes pécuniaires. Le 03 juin, c’était la même Garde présidentielle qui écrasa une autre mutinerie de soldats, qui avait éclaté dans une caserne à Bobo Dioulasso. Ce n’est certainement pas à partir des garnisons militaires que viendra la solution aux problèmes sociaux et politiques du Burkina Faso. Cependant, les mutineries à répétition au sein de l’armée constituent un signe de plus de l’affaiblissement et de l’« usure » du pouvoir de Blaise Compaoré.

Bertold du Ryon

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