lundi, 11 décembre 2017
 

Burkina Faso : Mutineries des casernes le roi est nu

Blaise Compaoré est toujours sur son trône, mais gouverne t- il réellement ? Il est toujours le président du Faso mais le Burkina lui échappe chaque jour un peu plus.

Après les manifestations des élèves et étudiants, c’est la mutinerie des casernes qui est le nouveau feuilleton, alors que le front des élèves que l’on croyait apaisé s’est rallumé brutalement à Tenkodogo avec des incendies de domiciles de personnalités politiques régionales et du gouvernorat. Les villes où il y a des casernes se passent le relais des manifestations bruyantes avec armes de guerre. La hiérarchie militaire totalement larguée par les séditieux a cru pouvoir ramener le calme, par des concertations et de plates excuses dans lesquelles elle s’est confondue devant les commerçants dont les boutiques ont été pillées mais force est de constater qu’en une semaine, ses efforts n’ont pas été récompensés de succès.

Nous assistons à une extension des mouvements qui ciblent maintenant des personnalités politiques et militaires. Blaise Compaoré est monté lui même au créneau avec des mots pour éteindre les incendies qui se multiplient.

Que signifie ces évènements qui plongent le pays dans une crise sociale et militaire et le livre à l’angoisse ? Le chef de l’Etat, le président Blaise Compaoré a-t- il réellement repris la main ? Peut-il nous assurer qu’il a encore en main un bâton de commandement, le capitaine Blaise Compaoré ? Récit des derniers développements de la mutinerie, et décryptage du discours présidentiel dont la RTB a créé autour de l’évènement le suspens requis et la solennité pour faire entendre la messe de Blaise Compaoré. Ces mutins ne se sont ils pas faits une religion, eux qui s’attaquent au domicile du chef d’Etat major des armées ? Leur conversion à la paix est elle encore possible ?

Il faut recourir au conte d’Andersen pour illustrer la situation du président Blaise Compaoré, ci-devant grand spécialiste des médiations sur le continent. Dans le conte, Les habits neufs de l’empereur, il est question d’un roi qui ne se souciait que de sa « sape », de son élégance, de sa tenue, de son habillement. Ce roi tout consacré à son apparence et à comment il devrait paraître, négligeait les affaires de son royaume et le conteur disait de lui qu’il « siégeait dans sa garde-robes ». Cet empereur très « fashion », victime de la mode, va accueillir dans son royaume deux escrocs qui promettent de l’habiller de la plus belle étoffe que l’on puisse imaginer, car les vêtements faits de cette étoffe ont la propriété de rendre invisible. C’est une merveilleuse invention pour tout roi qui a le souci de savoir s’il a de bons et intelligents sujets qui travaillent pour sa gloire et la prospérité du royaume. Le souverain pourrait, ainsi paré d’un vêtement confectionné avec cette étoffe révolutionnaire, surveiller ses sujets sans être vu. Le roi passe commande et les tisserands se mettent à la tâche. Le roi envoie des émissaires pour suivre le travail mais ceux-ci ne voient rien. Les deux envoyés du roi : un ministre très expérimenté et compétent, et un fonctionnaire honnête ne voient rien et s’avouent qu’ils ne peuvent rien y voir puisque telle est la propriété de l’étoffe. La situation étant des plus complexes, ils décident de ne pas dire au roi la vérité qui est qu’ils n’ont pas vu d’étoffe. Le roi lui-même va faire le suivi du travail des tisserands et l’empereur n’ose pas avouer à ses sujets qu’il n’a pas vu d’étoffe. Le jour de la procession, le roi tout habillé de ses habits neufs invisibles, parade devant ses sujets. Tout le monde s’extasie devant les admirables habits de l’empereur sauf un enfant qui dit : « mais il n’a pas d’habits du tout ». Son père s’émerveille de l’innocence des propos de son fils et la foule reprend en chœur le cri de l’enfant.

Le Président Blaise Compaoré était tout consacré aux médiations ces dernières années et il n’avait pas de temps pour le Burkina qui faisait partie des affaires mineures sur lesquelles il se penchait de temps en temps pour inaugurer les chrysanthèmes. Notre président se souciait de sa stature internationale et s’achetait une vertu en s’épuisant dans la médiation des crises de nos voisins. La communauté internationale applaudissait les habits neufs du beau Blaise qui avait troqué sinon le glaive pour le goupillon, le soutien aux rebellions pour la réconciliation. Il était applaudi partout du Niger au Mali, du Togo en Côte d’Ivoire et jusqu’ en Guinée. Les autres chefs d’Etat étaient jaloux de ces fleurs que la communauté internationale lui lançait. Tout lui réussissait et son pays était calme.

L’encéphalogramme du pays était plat comme celui d’un cadavre. Et certains qui se refusaient à appeler le Burkina « le pays des hommes intègres » parce qu’on aurait assassiné le dernier des intègres un certain 15 Octobre 1987, en l’occurrence Thomas Sankara, poussaient plus loin leur dégoût en disant que ce pays n’avait plus d’hommes et que c’était un grand Moussodougou.

Et voilà que des élèves et étudiants commencent à manifester en février parce que des policiers ont frappé l’élève Justin Zongo, lesquels coups ont entraîné sa mort. Comme d’habitude, les autorités régionales ont voulu maquiller le décès en une attaque de la méningite. Et les enfants ont crié : le gouverneur est nu. La vérité a fini par apparaître et les policiers sont arrêtés.

Après eux, ce sont les militaires qui sont entrés dans la danse presque un mois jour pour jour. De Ouagadougou le mouvement a gagné les autres casernes du pays : Fada N’Gourma, Gaoua, et les militaires de Fada auraient lancé une roquette sur le palais de justice de Fada Ngourma. Les militaires mécontents se relayaient dans ce tapage nocturne à coups d’armes lourdes. Blaise Compaoré a fini par se résoudre à parler parce que ces mutins lourdement armés, après avoir molesté et saccagé le domicile du ministre de la défense, s’en sont pris au domicile du chef d’Etat major des armées et au maire de la capitale qu’ils auraient malmené mais dont la vie ne serait pas en danger selon plusieurs sources dont l’Administration territoriale.

Blaise Compaoré a enfin compris que le feu est à demeure et il a parlé, appelant au calme, et promettant de rencontrer les différentes catégories de militaires. Ces rencontres ont commencé et tout le monde a été surpris de voir ces jeunes militaires dont certains sont à peine plus âgés que les étudiants qui réclamaient vérité et justice pour Justin Zongo. Que se sont dits les militaires ? Personne n’a voulu vendre la mèche. Ce qui est sûr le médiateur est à la tâche chez lui. Il a reconnu l’ampleur de la crise puisqu’un couvre-feu a été instauré. Le traditionnel recours aux chefs religieux et coutumiers n’a pas manqué, même s’ils n’ont pas été envoyés au casse-pipe cette fois ci.

Ces douloureux évènements se déroulent alors que le pays fête la journée du pardon qui est issue d’une autre crise où la solution a été rafistolée sans que le pardon ne soit obtenu de tous. Parce que les fautes n’ont pas été reconnues publiquement par leurs auteurs et que la vérité n’a pas été dite encore moins la justice. Cette nouvelle crise vient s’adosser à l’ancienne et la solution ne peut être que globale. Il faut tout remettre à plat, dire toute la vérité pour tous les crimes impunis et rendre justice. C’est cela la solution. Mais des problèmes collatéraux comme la révision de l’article 37 doivent clairement être abordés. Le pouvoir doit y renoncer, et Blaise Compaoré doit être le premier à l’annoncer sinon il sera nu. Et les courtisans du CDP applaudiront et diront qu’il porte de superbes habits.

Sana Guy

source : http://www.independant.bf

 
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