lundi, 23 octobre 2017
 

Déclaration de l’Union Générale des Étudiants Burkinabè et l’Association des étudiants burkinabè en France

Depuis le 22 février 2011, la jeunesse burkinabé (élèves, étudiants, jeunes du secteur informel, chômeurs, etc.) est en lutte pour exiger vérité et justice pour leur camarade Justin ZONGO, collégien en classe de 3ème au lycée privé Guesta Kaboré de Koudougou, mort suite à de graves sévices corporels subis dans les locaux de la police de Koudougou, troisième ville du pays.

Le gouvernement, comme toujours, a tenté de nier ces exactions et la responsabilité des forces de l’ordre en affirmant que cette mort était liée à la méningite ce, avec la complicité des autorités locales et du médecin. Comme si cela ne suffisait pas, des policiers ont encore tiré à balles réelles sur les manifestants les 22 , 23 et 24 février faisant au total au moins six (06) morts dont quatre (04) élèves, un (01) étudiant et un (01) garagiste et une centaine de blessés. Un policier a été en outre lynché à mort en représailles à l’assassinat d’un des élèves à Poa dans le Centre-Ouest.

Comme il est aisé de le constater, depuis la prise du pouvoir par le capitaine Blaise Compaoré après le coup d’État sanglant du 15 octobre 1987, les élèves et étudiants ont subi et continuent de subir les conséquences des politiques réactionnaires, anti-sociales et criminelles du pouvoir de la IVème République et leur corollaire de répression. Les récentes exactions sont loin d’être des dérives spontanées et éphémères ; elles sont la manifestation de la nature réelle du régime du capitaine Blaise Compaoré (putschiste, autoritaire et violent). Ces assassinats viennent s’ajouter à une liste déjà longue de crimes de sang impunis perpétrés par le pouvoir de Blaise Compaoré qui veut se faire passer pour un homme de paix et de médiation à l’extérieur alors même qu’il n’a aucun égard pour les vies fauchées dans son propre pays par son système.

C’est l’occasion de rappeler sans pouvoir être exhaustif quelques victimes du système Compaoré :

- L’enlèvement et l’assassinat de DABO Boukary étudiant en 7ème année de médecine le 19 mai 1990 par le Régiment de Sécurité Présidentielle. Jusqu’aujourd’hui justice ne lui a pas été rendue et on ignore où se trouve sa dépouille ;
- L’assassinat, à Garango, des élèves SIDIANI Blaise et ZIGANI Émile le 9 mai 1995 ; il y a eu une parodie de jugement : l’un des gendarmes accusés a été condamné à douze mois avec sursis, le second relaxé ;
- l’assassinat du journaliste d’investigation Norbert Zongo le 13 décembre 1998 ; par des subterfuges judiciaires, un non-lieu a été rendu alors même que le peuple au nom duquel est dite la justice connaît les commanditaires de ce crime ;
- l’assassinat de l’élève Flavien Nébié le 6 décembre 2000 à Boussé ;
- les tirs à balles réelles sur les étudiants de l’Université de Ouagadougou le 17 juin 2008.

La sortie massive des manifestants, après cette nième bavure des forces de l’ordre, d’abord à Koudougou, puis dans toute la province du Boulkiemdé et la région du Centre-Ouest et enfin sa généralisation sur toute l’étendue du territoire stigmatise un régime qui a érigé l’impunité en système de gouvernance. Les manifestations actuelles dans notre pays nous enseignent ceci :

- la propagation de façon spontanée de la contestation est l’expression d’un ras le bol d’une jeunesse qui ne veut plus être gouvernée comme avant ;
- les agissements du pouvoir tels que le relèvement de leurs fonctions du Gouverneur et du Directeur de la police de la région du Centre-Ouest, la mise aux arrêts de certains policiers, mesures qu’il tente par ailleurs de monter en épingle et comme argument de change contre un retour au calme sont la preuve que sa nature réelle n’a pas changé. Face aux revendications légitimes, le pouvoir de la IVème république a toujours avancé des mesures dolosives le temps de laisser passer l’orage et de mieux enterrer les dossiers ;
- la violence, l’impunité, la corruption c’est l’ADN du pouvoir Compaoré et il ne changera pas.

En véritable pantin rassurant de la France et des institutions néo-libérales (la BM, le FMI, l’OMC, etc.), Blaise Compaoré est présenté par une certaine presse comme un homme lisse, « médiateur hors pair » alors même que son pouvoir est bâti sur le sang de burkinabé assassinés, qu’il est impliqué dans les guerres meurtrières de la sous région (Libéria, Côte d’Ivoire, etc.) et que par la terreur, la corruption et les subterfuges constitutionnels il entend modifier l’article 37 de la Constitution pour prolonger son règne à la tête de l’État après y avoir déjà passé 24 ans pour le malheur du peuple burkinabé. Pendant combien de temps une telle complicité va-t-elle se poursuivre ?

Au regard de la situation, l’Association des Étudiants Burkinabé en France :

- exprime sa compassion et présente ses condoléances aux familles endeuillées par le pouvoir sanguinaire de Blaise Compaoré ;
- apporte son soutien total aux étudiants et à la jeunesse en lutte sur le terrain au Burkina Faso ;
- dénonce la répression barbare qui s’abat sur les jeunes en lutte au Burkina Faso pour la justice et la vérité sur les crimes perpétrés par le pouvoir Compaoré ;
- exprime son indignation face à la désinvolture et à l’arrogance avec lesquelles Blaise Compaoré traite les manifestants qui réclament justice ;
- dénonce le soutien de l’État français au dictateur Compaoré contre la jeunesse burkinabé ;
- exige la vérité et la justice sur tous les crimes de sang impunis dans le monde scolaire et universitaire de notre pays ;
- exige le respect des franchises scolaires et universitaires (la garantie des libertés syndicales et politiques, l’abrogation de tous les textes liberticides et le départ sans condition de la milice politique appelée « Service de Sécurité des Universités » de tous les campus ;
- exige l’arrêt des répressions et la satisfaction des revendications de la jeunesse burkinabé ;
- appelle les étudiants burkinabé en France à soutenir les luttes de la jeunesse burkinabé et à se tenir prêts pour les actions que nous organiserons dans l’avenir ;

Pour la vérité et la justice pour les camarades tombés sous les balles assassines du régime de la IVème République, mobilisons nous ! Pain et liberté pour le Peuple !

Paris, le 14 mars 2011

Pour le Comité Exécutif Le président Issa SORY

 
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