mercredi, 18 octobre 2017
 

Lutte des femmes pour accéder à la terre

L’expérience burkinabé avec Florence Ouattara

Les femmes, dans presque tous les pays du Sahel, n’ont pas accès à la terre en dépit de leur savoir-faire en matière de production agricole. Dans leurs efforts pour assurer l’accès à la terre, celles-ci sont confrontées à des restrictions liées à la fois au droit coutumier et à l’inefficacité de la législation moderne et des processus actuels de réforme agraire. Par exemple dans les cas de séparation ou de veuvage, les femmes se voient refuser le droit de continuer à produire. Leurs terres leur sont arrachées. Elles sont obligées d’épouser un beau-frère sous peine de ne plus avoir accès aux crédits et aux moyens de production.

C’est très rarement que les femmes héritent de terres. Devant cette forme de « discrimination légale », beaucoup d’entre elles sont contraintes à migrer en milieu urbain, pour se prostituer si elles ne deviennent l’objet de trafics sexuels.

Quand les pesanteurs socioculturelles font ombrage à la justice sociale

Dans un entretien qu’elle nous accordé en marge des travaux du Forum de Niamey sur la souveraineté alimentaire, Mme Florence Ouattara, Vice présidente de la Ligue pour la Défense de la Justice et de la Liberté (LIDEJEL), une Association basée au Burkina-Faso, reconnaît que les femmes ont toujours été marginalisées par rapport à la question d’accès à la terre en raison de certaines pesanteurs sociales.

La fille d’autrui qui peut partir un jour, soit à la suite du divorce ou de veuvage« La femme n’a pas le même statut que l’homme, elle n’a pas droit au partage d’héritage au même titre que l’homme. Dans beaucoup de sociétés, on pense que la femme est appelée un jour à quitter la famille maternelle pour aller ailleurs, de ce fait qu’elle n’a pas droit à la terre qu’elle amènera ailleurs.

Ce raisonnement vaut dans sa famille naturelle comme dans sa belle famille, où les parents du mari de la femme la considèrent comme la fille d’autrui qui peut quitter le mari à tout moment ».

Mme Florence a interpellé les organisations paysannes et celles de défense des droits de l’Homme à unir leurs forces pour faire valoir le droit d’accès à la terre des femmes et faire tomber tous les stéréotypes véhiculés dans les sociétés africaines et qui contraignent le développement de la femme.

De la question de justice sociale…au problème de développement

Seulement, on constate avec Florence que les choses semblent évoluer positivement au Burkina-Faso où l’accès des femmes à la terre « n’est plus un problème de justice sociale, mais plutôt une question de développement ». La vice-présidente du LIDEJEL a souligné que dans les Etats du Sahel, le ratio des femmes agriculteurs tourne autour de 80 à 90%. Fort de ce constat, il n’y a pas de raison à ce que la femme rurale soit marginalisée en matière d’accès à la terre et à toutes les ressources liées à son exploitation.

Cette situation n’est pas sans conséquences car elle a porté un coup dur aux questions de développement partout au Burkina-Faso. C’est partant de ce constat que le sujet est passé du stade de la justice sociale à la question de développement. Florence Ouattara s’est dite convaincue que si la femme est formée elle peut accompagner l’homme dans ses activités agricoles au quotidien.

Une volonté politique qui s’affiche…mais une mise en œuvre difficile quand même

La question de la réforme agraire au Burkina Faso a fait l’objet de plusieurs relectures. Mais des problèmes existent toujours surtout en ce qui concerne l’attribution de titres fonciers aux femmes, a relevé Mme Ouattara en dépit de la volonté politique qui s’affiche. C’est pourquoi, selon elle, le combat doit continuer.

Dans les aménagements réalisés par le gouvernement burkinabè, désormais un pourcentage doit être concédé aux femmes qui exercent les activités agricoles notamment la riziculture, la culture du maïs. Ceci vaut au sein des projets et programmes où l’Etat exige de manière formelle, dans le cadre de toute activité relative à l’exploitation des terres, que les femmes aient un pourcentage.

Outre cette ouverture, Mme Florence Ouattara a noté avec satisfaction que depuis un certain temps, les femmes au Burkina. Faso ont commencé à bénéficier des appuis-accompagnement et de renforcements de capacités en matière de production.

Cependant, il faut dire que ce coup de pouce fait à la femme n’a pas permis à aplanir les quelques difficultés que rencontre la réforme agraire. Une des difficultés porte sur l’adhésion « des chefs de terres » aux textes concoctés dans les bureaux qui ne cadrent pas avec les réalités de terrain. Selon elle, il faut réaménager les textes de façon à ce que la terre appartienne à celui qui la travaille.

Et pour que la femme puisse accéder à la terre… que faut-il faire ?

Nous demandons aux femmes qui sont les principales concernées de ce combat pour la souveraineté alimentaire, de s’organiser, d’unir leurs forces d’intégrer des structures de défense de droit de l’Homme. C’est à travers ces structures que les femmes vont se frayer elles-mêmes de petites passerelles pour accéder aux terres et surmonter les pesanteurs socioculturelles. Le combat pour l’accès des femmes à la terre doit se faire de manière collective. C’est pourquoi je leur conseille de ne pas aller en rangs dispersés.

Source : http://droitalalimentation.alternat...

 
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