mardi, 23 janvier 2018
 

Côte d’Ivoire : Gbagbo à la Haye, Soro et Ouattara doivent suivre !

Communiqué de presse

Deux jours seulement après la clôture du 3e Forum du Réseau de la Gauche Africaine (ALNEF), tenu à Bamako du 25 au 27 novembre, nous apprenions que le président Laurent Gbagbo, renversé le 11 avril 2011 par les forces d’occupation françaises en Côte d’Ivoire, est déporté à la Haye pour dit-on, « y répondre des accusations de crimes contre l’humanité » portées par le procureur de la CPI, le très controversé Luis Moreno-Ocampo. Nous avons souvenance que dès l’éclatement de la crise électorale en décembre 2010 en Côte d’Ivoire, le procureur de la CPI avait déjà condamné Gbagbo en déclarant notamment que ce dernier sera « tenu pour responsable de toutes les violations des droits de l’Homme au cours de la crise ». En condamnant Mr Gbagbo alors que les supposés crimes dont il est accusé n’avaient pas encore eu lieu, Mr Ocampo laissait clairement apparaître un parti-pris dans la crise en Côte d’Ivoire, en violation flagrante de l’esprit de neutralité qui devrait caractériser une institution comme la CPI.

La CPI n’a commencé ses enquêtes sur d’éventuelles violations des droits humains pendant la crise post-électorale en Côte d’Ivoire qu’au cours du mois d’octobre 2011 et ces enquêtes se poursuivent encore en ce moment. La célérité et la précipitation dans lesquelles le transfèrement de Laurent Gbagbo s’est fait, sont extrêmement préoccupantes et font craindre une instrumentalisation de la justice internationale à des fins politiques.

Les rapports des organisations de défense des droits humains accusent aussi bien les forces fidèles à Monsieur Gbagbo que celles de Messieurs Soro et Ouattara, d’avoir « commis des massacres contre les populations civiles » au cours de la crise postélectorale en Côte d’Ivoire. Mr Gbagbo a été transféré à la Haye pour répondre d’éventuels crimes qu’auraient commis des forces à lui restées fidèles. Quid de Messieurs Alassane Ouattara et Guillaume Soro, dont les forces sont également accusées chaque jour de commettre des atrocités les plus inimaginables sur les populations civiles et les opposants ? Pourquoi cette impunité dont jouissent le duo Soro-Ouattara et leurs forces ?

Il est également opportun de rappeler qu’en novembre 2004, sur ordre de l’ancien Président Français Jacques Chirac, 64 citoyens ivoiriens avaient été massacrés par l’armée française devant l’Hôtel Ivoire à Abidjan. En Avril 2011, le Chef de l’Etat Français, Nicolas Sarkozy a ordonné les bombardements de l’armée française sur le palais présidentiel ivoirien et les camps militaires à Abidjan, faisant de nombreux morts dont le chiffre exact n’est pas encore connu. La mission des Nations Unies en Côte d’Ivoire et les organisations de défense des droits humains ont accusé les forces républicaines de Messieurs Soro et Ouattara d’avoir massacré froidement plus de 800 personnes, après leur entrée à Duékoué le 30 mars 2010. Le journal français « Le Canard Enchaîné » du 06 avril 2011 accuse d’ailleurs les autorités françaises d’avoir appuyé logistiquement les forces de Mr Ouattara qui ont commis des massacres à Duékoué, en leur « fournissant des munitions et des fusils d’assauts de type FAMA ».

Pourquoi le procureur de la CPI ferme-t-il les yeux sur ces crimes de Chirac, Sarkozy et des forces françaises en Côte d’Ivoire ? La CPI n’est-elle compétente que pour les africains ?

L’ALNEF s’étonne donc de ce que seul Monsieur Gbagbo ait été déféré à la CPI alors qu’aucun officiel français ni aucun membre du régime Ouattara n’aient jusqu’à présent été inquiétés. En tout état de cause, le transfèrement quasi-clandestin de Gbagbo à La Haye ne va pas contribuer à apaiser une situation nationale toujours très tendue en Côte d’Ivoire et caractérisée par :
- la tenue d’élections législatives dans des conditions frauduleuses avec une Commission Electorale totalement aux ordres du gouvernement et l’exclusion de l’opposition politique ;
- la misère endémique dans laquelle est plongé le peuple de Côte d’Ivoire alors que l’impérialisme français, à travers ses multinationales, pille ouvertement les richesses du pays sous le prétexte de la « reconstruction » ;
- la détention arbitraire de centaines de prisonniers politiques, militants du FPI ou d’anciens collaborateurs et des membres de la famille de Monsieur Gbagbo ;
- les exactions sommaires perpétrées par les FRCI de Monsieur Ouattara contre les militants de l’opposition et les partisans présumés de Monsieur Gbagbo ;
- les violations flagrantes des libertés de manifestations avec l’interdiction de fait des meetings de l’opposition et des agressions ouvertes contre les militants de l’opposition ;
- les entraves à la liberté de la presse avec des menaces de mort et des emprisonnements de journalistes de la presse de l’opposition ; Considérant ce qui précède :

- L’ALNEF condamne fermement le transfèrement de Mr Gbagbo á la Haye et craint qu’une justice sélective et orientée de la part de la CPI, ne discrédite à jamais cette institution, dont la création avait pourtant été saluée par les Organisations de défense des droits Humains ;.
- L’ALNEF redoute que le transfèrement de Gbagbo et la chasse à l’Homme dont sont victimes ses partisans en Côte d’Ivoire, ne ravive les tensions et entraine la reprise de la guerre civile dans le pays ;
- L’ALNEF appelle au report des élections législatives jusqu’à ce qu’un climat apaisé soit crée et une Commission electorale véritablement indépendante soit mise sur pied pour garantir un scrutin juste et équitable ;
- L’ALNEF appelle l’Union Africaine et les gouvernements africains à se retirer du traité de Rome, dont la preuve est aujourd’hui faite, qu’il s’agit d’un machin créé uniquement pour servir les intérêts politiques des puissances impérialistes et non la protection des droits humains ;
- L’ALNEF appelle le régime Soro-Ouattara, à cesser toutes les exactions contre les opposants et les journalistes et à garantir l’exercice de toutes les libertés démocratiques, acquises de haute lutte par le peuple de Côte d’Ivoire ; Enfin, L’ALNEF apporte son soutien aux masses laborieuses et aux forces progressistes de Côte d’Ivoire dans leurs luttes pour la défense des libertés, de la démocratie et de l’Etat de droit.

La lutte continue !

Fait à Johannesburg le 06 décembre 2011

Chris Matlhako Coordonnateur du Réseau de la Gauche Africaine (ALNEF) South African Communist Party (SACP)


Press Release

Gbagbo in the Hague : ALNEF denounces the imperialistic justice of the ICC !

Only two days after the end of the third meeting of the African Left Networking Forum (ALNEF), held in Bamako (Mali) from 25th to 27th November 2011, we were informed that Mr. Laurent Gbagbo, former President of the Ivory Coast, overthrown on April 11, 2011 by the French occupation army in the Ivory Coast, was deported to the Hague to face charges of "crimes against humanity" brought by the controversial ICC prosecutor, Mr. Luis Moreno-Ocampo. It must be recalled that when the post-electoral crisis erupted in December 2010 in the Ivory Coast, the ICC prosecutor declared that “Mr. Gbagbo will be held responsible for all human rights violations in the country during the crisis”.

Such declarations show that Mr. Gbagbo was already convicted, far before the alleged crimes for which he was accused had even taken place. Mr. Ocampo has clearly shown a lack of neutrality in the Ivorian crisis, in flagrant violation of the spirit that should characterize an institution like the ICC.

Not before October 2011 did the ICC start its investigations on alleged human rights violations during the post-electoral crisis in the Ivory Coast, and these investigations are still continuing. The speed and rush with which Laurent Gbagbo was transferred to the Hague are extremely disturbing and suggest a manipulation of international justice for political purposes. Reports from various human rights organizations have repeatedly accused both Gbagbo and Ouattara-Soro forces for having "committed massacres against civilians” during the post-election crisis in the Ivory Coast. Mr. Gbagbo was transferred to the Hague to face trial for alleged crimes committed by his army forces. What about Alassane Ouattara and Guillaume Soro, whose troops are also accused daily of having committed terrible atrocities and war crimes against civilians and political opponents ? What is the justification for this full impunity enjoyed by Soro, Ouattara and their forces ? It should be recalled that in November 2004, former French President Jacques Chirac ordered the massacre of 64 Ivorian citizens (at the Hotel Ivoire in Abidjan) by the French occupation army in the Ivory Coast. In April 2011, French president Nicolas Sarkozy ordered the bombing of the Ivorian presidential palace and military barracks in Abidjan, killing many unarmed Ivorian citizens, the exact number of which is still unknown. The United Nations Operation in Côte d’Ivoire (UNOCI) as well as human rights organizations have accused the so-called “Republican Forces” of Mr. Ouattara and Mr. Soto of having coldly massacred over 800 people, after they entered the town of Duékoué on March 30, 2010.

"Le Canard Enchaîné”, a reliable French newspaper, in its edition of April 6, 2011, also stated that French authorities had “provided ammunitions and assault rifles” to Mr. Ouattara’s troops, who have been accused of the massacre of civilians in Duékoué. Why is the ICC prosecutor closing its eyes to the crimes of Chirac, Sarkozy and the French occupation army in the Ivory Coast ? Is the ICC a jurisdiction which applies only to Africans ?

The ALNEF is therefore astounded that only Mr. Gbagbo has been referred to the ICC while no French officials nor any members of the Ouattara regime have so far been prosecuted.

ALNEF is convinced that the quasi-clandestine transfer of Mr. Gbagbo to the Hague will not ease the political situation in the Ivory Coast, which remains very unstable and characterized by :
- Lack of transparency in the organization of parliamentary elections by an Electoral Commission which is completely controlled by the government, causing the exclusion of the political opposition ;
- Endemic poverty among the people of the Ivory Coast while French imperialism, through its multinational corporations, is hijacking the country’s resources through a so-called “reconstruction” program ; - Arbitrary detention of hundreds of political prisoners, FPI activists, former officials and family members of former president Gbagbo ;
- Abuses perpetrated by the FRCI of Mr. Ouattara against opposition activists and presumed supporters of Mr. Gbagbo ;
- Massive violations of human rights with the ban on opposition rallies and open attacks against opposition activists ;
- Obstacles to press freedom through death threats, intimidation and jailing of journalists from the opposition newspapers ;

Considering the above points :

- The ALNEF firmly condemns the illegal transfer of Mr. Gbagbo to the ICC and is deeply troubled by the selective and discriminatory justice of the ICC, which carries the risk of forever discrediting this institution whose creation had been applauded by human rights organizations ;
- The ALNEF fears that the transfer of Mr. Gbagbo and the manhunt suffered by his supporters on the ground in the Ivory Coast, could rekindle tension and trigger the resumption of civil war in the country ;
- The ALNEF calls for the postponement of legislative elections until a peaceful environment is created and a genuinely independent electoral commission is established to ensure fair and equitable elections ;
- The ALNEF calls for the African Union and all African governments to withdraw from the Treaty of Rome, since the proof has now been given that the ICC was created solely to serve the political interests of the imperialist powers and not the protection of human rights ;
- The ALNEF calls upon the Soro-Ouattara regime to immediately cease all acts of violence against opponents and journalists and to guarantee all forms of democratic freedom, won through struggle by the people of the Ivory Coast ;
- Finally, the ALNEF strongly supports the working people and progressive forces in the Ivory Coast, in their struggles for freedom, democracy and the rule of law.

The struggle continues !

Johannesburg, Dec. 6, 2011

On Behalf of the Secretariat of the ALNEF,

Chris Matlhako

South African Communist Party (SACP)

Coordinator of the African Left Networking Forum (ALNEF)

 
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