mercredi, 21 février 2018
 

Côte d’Ivoire : LAURENT GBAGBO CAPTURE PAR LES FORCES FRANCAISES ET L’ONUCI

Une nouvelle phase de la lutte du Peuple Ivoirien est ouverte

En début d’après-midi du lundi 11 Avril 2011 à Cotonou, la nouvelle est tombée comme une traînée de poudre. Laurent GBAGBO vient d’être arrêté en sa résidence et conduit à l’Hôtel du Golfe siège du gouvernement de OUATTARA. Dans les bar-restaurants, dans les débits de boisson, dans les établissements scolaires, c’est la consternation. « Bah ! C’est la recolonisation de l’Afrique ! » entend-on par ci, par là, dans la bouche des gens visiblement entre la révolte et la prostration. L’opinion béninoise ne s’en fait aucun mystère. Ce sont les troupes françaises qui ont capturé GBAGBO et non comme le déclarent les officiels français depuis le ministre des Affaires étrangères Alain JUPPE et celui de la Défense Gérard LONGUET, les Forces Républicaines de OUATTARA. En écoutant les dénégations mêmes des officiels français, tout apparait pourtant clair. Ce sont les hélicoptères de la Licorne et celles de l’ONUCI qui dans la journée de dimanche 10 avril ont jeté des bombes sur la résidence où se trouvait Laurent GBAGBO et l’ont détruite à moitié. Dans l’opération ayant conduit à l’arrestation de Laurent GBAGBO, le lundi 11 Avril, les officiels français reconnaissent avoir opéré au sol avec des blindés qui ont ceinturé la résidence et « permis l’arrestation ». Et du reste, l’Agence REUTERS (selon des témoignages convergents de Toussaint ALAIN - pro-GBAGBO - et Hervé COHX - pro-OUATTARA -) a mis à nu la manipulation française en écrivant très vite (18 H 45) : "Le président GBAGBO a été arrêté par les forces spéciales françaises et remis à des chefs de la rébellion" !

Depuis le lundi 4 avril 2011, le président Sarkozy a ordonné aux troupes d’occupation de l’armée française stationnée en Côte d’Ivoire de bombarder les camps militaires, le palais présidentiel, la résidence du chef de l’Etat et la télévision ivoirienne qui sont pourtant protégées par un bouclier humain civil. Dans une sorte de partage des rôles dans l’occupation de la ville d’Abidjan, les forces françaises Licorne et l’ONUCI s’occupent des bombardements par les airs pour la protection des troupes de OUATTARA, occupent le port et l’aéroport et bombardent la résidence de GBAGBO « soi-disant pour détruire les armes lourdes à la disposition des troupes pro-GBAGBO et protéger la population civile ».

Il est apparu clairement aujourd’hui que ce ne sont pas les forces dites républicaines de OUATTARA qui ont vaincu les forces de Laurent GBAGBO, mais plutôt les forces françaises avec les forces ouest-africaines notamment nigérianes et burkinabè et la couverture de l’ONUCI.

Dans notre déclaration du 07 Décembre 2010, nous disions :

« les Français avaient fait leur choix avant le scrutin et c’était OUATTARA et ils ont mis et mettent tout en œuvre pour qu’il triomphe et accède au palais présidentiel pour servir leurs intérêts. Toute la ‘’ communauté internationale’’ est mobilisée à cette fin et on a même inventé un concept nouveau : la certification du résultat par l’ONUCI qui se place ainsi au-dessus des instances nationales, comme si la Côte-d’Ivoire était sous protectorat. Il est donc en tout cas inadmissible pour tout patriote et démocrate cette ingérence des puissances étrangères en Côte-d’Ivoire qui piétine sa souveraineté, ingérence allant jusqu’à des menaces d’interventions armées. »

Dans la déclaration en date du 27 Décembre 2010 nous disions :

"Mais quelle que soit leur provenance, une intervention étrangère en Côte-d’Ivoire qui n’a agressé aucun pays, est inadmissible. Les interventions armées étrangères pour des "missions civilisatrices", " rétablir la démocratie" ou des "raisons humanitaires" ont fait trop de dégâts de par le monde et notamment en Afrique. On ne peut accepter le renouvellement de tels crimes de droit international sous aucun prétexte. La question de la démocratie en Côte-d’Ivoire, comme dans tout pays, doit et ne peut être durablement réglée que par les peuples de ces pays eux-mêmes."

L’histoire, même récente, a suffisamment montré que les puissances occidentales ne sont pas des philanthropes et que face à leurs intérêts vitaux (énergie, marchés, etc.) elles ne reculent devant aucune forfaiture : manipulations, mensonges, assassinats, crimes de masses. Ainsi, de même que l’on sait aujourd’hui les mensonges pour justifier l’invasion et la guerre en Irak, de même les raisons et la vérité sur ce qui se passe en Côte-d’Ivoire seront un jour connues. Mais ces expériences donnent suffisamment de leçons aux peuples pour dire NON à toute intervention étrangère pour soi-disant régler des problèmes, en lieu et place d’un peuple. C’est pourquoi, le Parti Communiste du Bénin reste convaincu que les solutions à la crise que traverse la société ivoirienne viendront avant tout du peuple ivoirien lui-même. Il dénonce toute intervention armée étrangère en Côte d’Ivoire, d’où qu’elle vienne, et exige le départ de toutes les forces étrangères présentes sur le territoire ivoirien, qu’elles soient officielles (ONU-CI, Licorne, 43ème BIMA) ou officieuses (mercenaires). » A propos de Laurent GBAGBO, il est dit (dans notre déclaration du 07/12/11) :

« … derrière ses discours et airs nationalistes, il a fini de tout brader aux multinationales françaises et autres, n’a plus rien à offrir ; ses manières brutales, tyranniques et de corruption ont fini par lasser nombre de ses partisans de première heure et font de lui un agent usé et moins crédible pour les Français ; il ne peut contenir la rébellion créée par ces mêmes Français et OUATTARA, et il faut que ce dernier prenne les rênes pour éteindre le feu de la guerre allumée par eux-mêmes et stabiliser le pays. GBAGBO est lâché et doit partir. ».

GBAGBO vient de partir. Mais dans quelles conditions ? GBAGBO et OUATTARA sont tous deux des agents de l’impérialisme, français notamment, qui se battent pour être les meilleurs serviteurs ; pour le pouvoir et l’enrichissement personnels sur le dos des peuples. Dans ces conditions, l’intervention étrangère, jusques y compris armée, pour soutenir l’un - jugé désormais plus sûr - contre l’autre ne peut être qu’une agression contre la Côte d’Ivoire. Et c’est ce qui a été, avec comme conséquence des destructions massives d’infrastructures et de vies humaines. Avec toutes les forces coalisées, américaines, françaises et ouest-africaines (notamment nigérianes, maliennes et burkinabè selon les propres déclarations des experts français sur la télévision France 24) qui fournissent hommes et armements sans oublier l’encadrement et le déploiement (Licorne, etc.) militaires nécessaires, avec tout l’ostracisme diplomatique mondial et l’embargo économique dont il est l’objet, le régime de GBAGBO, antipopulaire par nature, ne peut qu’être défait.

De la sorte, ce qui a triomphé aujourd’hui en Côte d’Ivoire ce n’est pas le peuple ivoirien mais l’intervention étrangère en Côte d’Ivoire et la transformation plus que jamais de ce pays en une néo-colonie classique (du type 1960) sinon un protectorat. Il s’agit d’une recolonisation.

Le régime de Laurent GBAGBO n’a jamais par le passé, bénéficié d’une quelconque sympathie de la part du peuple béninois. Au contraire ! Les crimes commis sous ce régime sont tels qu’ils inspirent l’horreur et le dégoût. Alors comment comprendre qu’aujourd’hui son arrestation ait suscité tant de tristesse au sein du peuple béninois ? C’est simplement l’agression française contre la Côte d’Ivoire et l’arrogance du dominateur français en une terre africaine qui font mal. C’est le principe éthique qui veut que « l’agression d’un peuple ou d’une nation, par une puissance quels qu’en soient les mobiles est inadmissible » qui est en œuvre. Et si le criminel GBAGBO qui a été pendant longtemps un serviteur fidèle des intérêts français est devenu si gênant pour ces mêmes intérêts au point que les impérialistes français doivent lui faire la guerre, il ne peut que susciter de la sympathie populaire au Bénin, en Afrique et dans le monde. D’autant que le cas qui est en train de se dérouler en Côte d’Ivoire ne peut être dissocié de la provocation dont le peuple béninois est l’objet de la part de ces mêmes impérialistes français qui, avec une LEPI truquée, viennent de couvrir une imposture et de nous imposer un dictateur en la personne de Boni YAYI. Une page vient d’être tournée en Côte d’Ivoire, une nouvelle vient de s’ouvrir. Celle où le prolétariat et les peuples ivoiriens désormais unifiés sous la férule d’un pouvoir du capital financier (celui de OUATTARA imposé à bout de fusil par les impérialistes français) devront faire face à une domination impérialiste française renforcée avec toujours la présence des troupes françaises LICORNE et autres 43ème BIMA. Et la lutte du prolétariat et des peuples ivoiriens contre cette domination et cette exploitation ne tardera pas à se déployer pour leur émancipation véritable.

Cotonou le 12 Avril 2011.

Le Parti Communiste du Bénin.

 
A propos de Afriques en Lutte

Afriques en lutte est un collectif de militant(e)s anticapitalistes membres ou non de plusieurs organisations politiques. Ce site présente les articles parus dans le bulletin (envoi gratuit sur simple demande) ou d’autres publications amies. Notre objectif est de diffuser, à partir d’un point de vue militant, un maximum d’informations (politiques, économiques, sociales et culturelles) sur le continent africain et sa diaspora.

Si les articles présents sur ce site reflètent une démarche volontairement ouverte et pluraliste, leurs contenus n’engagent, bien évidemment, que leurs auteur-e-s. Tous les commentaires sont bienvenus. La rédaction se réserve toutefois le droit de les modérer : les propos injurieux, racistes, sexistes, homophobes, diffamatoires, à caractère pornographique, pédophile, ou contenant des incitations à la haine ne seront pas publiés.

Pour nous contacter : afriquesenlutte@gmail.com

Fils de nouvelles RSS
Thèmes