mardi, 16 juillet 2019
 

Côte d’Ivoire : LE COMBAT ANTI-IMPERIALISTE RESTE D’ACTUALITE POUR LA SOUVERAINETE DE NOTRE PAYS !

La lutte anti-impérialiste qui est une lutte patriotique par excellence, demeure une nécessité impérieuse pour le peuple ivoirien comme elle l’est pour tous les peuples dominés de la planète. Le peuple ivoirien a d’ailleurs fait sienne cette vérité depuis de nombreuses années. Mais ses efforts sont, par moments, contrariés par les tenants du système impérialiste mondial et leurs alliés et serviteurs de chez nous. Dans ce rôle d’alliés et de serviteurs de l’impérialisme français, les houphouétistes conduits par Alassane Ouattara viennent de succéder à Gbagbo et à son pouvoir populiste aux relents fascistes. Il est important de rappeler que, ces dernières années, Gbagbo et son F.P.I ont largement contribué à détourner le combat populaire de ses objectifs essentiels.

Après avoir tiré les leçons des confusions idéologiques et pratiques des populistes et pour surmonter leurs méfaits, il convient d’insister sur la nature, le contenu et les objectifs de la lutte anti-impérialiste. Cela est indispensable pour une reprise plus vigoureuse et mieux ciblée du combat anti-impérialiste et patriotique dans notre pays. Une cible de combat, même bien identifiée ne pourra être atteinte que dans des conditions précises, l’une de ces conditions étant l’unité de toutes les composantes du peuple ivoirien. Cette unité retrouvée permettra de renouer avec le vrai sens des combats populaires du début des années 90 pour la liberté et le pain. De façon précise, l’objectif de ces combats était et demeure la conquête d’un pouvoir garantissant la liberté politique et la liberté de produire. Pour y parvenir, le peuple ivoirien doit refuser de se laisser dicter sa conduite et ses choix par un pays puissant, par un pays impérialiste.

1) La nécessité de la préservation de l’unité de la soixantaine de nationalités

La Côte d’Ivoire est peuplée par une soixantaine d’ethnies dont chacune a les caractéristiques d’une nationalité ; de fait donc nous vivons dans un Etat multinational. L’élaboration d’un destin national commun dans un tel Etat exige la mise en œuvre d’une politique judicieuse empêchant les frustrations, ce que la bourgeoisie ivoirienne n’a pas su faire depuis 5 décennies. Dans leur volonté de barrer la route à cette nécessaire unité des nationalités, les tenants du pouvoir déchu en avril dernier avaient même élaboré une stratégie d’opposition des différentes nationalités les unes aux autres, conformément à la vieille politique du diviser pour régner pratiquée par toutes les puissances dominatrices dans le contexte colonial et néocolonial.

Le pouvoir de la refondation a ainsi choisi de mener une politique tribaliste et xénophobe qui a favorisé la dispersion de l’énergie du peuple ivoirien. Or pour bâtir une nation ivoirienne forte, capable de s’affranchir de la domination et de l’oppression, capable de maîtriser son destin, l’unité des divers peuples de notre pays est une nécessité absolue. Sans cette unité, point d’effort de lutte salutaire commune, ni sur le plan politique ni sur le plan économique.

2) La nécessité de la lutte pour l’indépendance politique et l’indépendance économique

La politique réactionnaire et d’affaiblissement de la volonté nationale menée par les pouvoirs des hauts bourgeois depuis 1960 a considérablement entravé les progrès du peuple ivoirien dans sa lutte pour le raffermissement de l’indépendance politique et économique du pays.

La contribution du pouvoir FPI à cette politique a largement conduit à estomper dans certains secteurs de la société ivoirienne l’énorme espoir de victoires importantes sur l’oppression et l’exploitation né au début des années 90. En effet, suite aux concessions arrachées de haute lutte aux tenants du pouvoir autocratique tenu d’une main de fer par Houphouët-Boigny, il était permis d’espérer remporter plusieurs autres victoires sur la voie de la conquête d’un Etat démocratique moderne. Mais le pouvoir populiste du FPI a douché cet enthousiasme par une politique réactionnaire de catastrophe politique et économique. Gbagbo a déclaré : « mille morts à droite, mille morts à gauche, moi j’avance », ou encore : « Houphouët a rendu la Côte d’Ivoire riche, moi, je vais rendre les ivoiriens riches ». Le ton était donné pour les crimes politiques et économiques. Pour camoufler la forfaiture, le pouvoir Gbagbo a passé le plus clair de son temps à se prévaloir de sa propre turpitude, a contribué à renforcer le scepticisme, à développer le sentiment de nostalgie dans de nombreux secteurs de la vie nationale. Les mouvements d’essence révolutionnaire de 1990 dont les suites s’annonçaient prometteuses ont été transformés en mouvements contre-révolutionnaires. Des forces réactionnaires s’appuyant sur le scepticisme cultivé tentent de convaincre l’opinion qu’il vaut mieux regarder dans le rétroviseur plutôt que de regarder vers l’avenir. Ces forces réactionnaires professent qu’il ne sert à rien de revendiquer la liberté, la souveraineté, qu’il faut s’en tenir aux préoccupations concernant le « développement économique ».

Fort heureusement, à l’encontre de ce scepticisme et de la tentative de faire de l’économie une donnée indépendante de la politique, l’histoire de l’humanité enseigne que les progrès économiques sont liés aux progrès des libérations successives de l’homme et des sociétés humaines. Ces libérations successives sont le fruit des luttes sociales et politiques auxquelles le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire ne cesse d’appeler tous les patriotes ivoiriens de toutes les régions du pays en vue de l’indépendance politique et l’indépendance économique.

3) Le rappel du sens profond des luttes populaires des années 1990 et suivantes

Pour étouffer les aspirations à la liberté, le pouvoir Houphouët-Boigny avait prétexté pendant des années que la liberté, en particulier le multipartisme, serait un facteur d’incitation au tribalisme dans notre pays. Cependant, les luttes populaires pour la réinstauration du multipartisme au début des années 90 n’ont pas laissé de place à l’expression de ce sentiment redouté. Les partis politiques créés dans la période s’étaient gardé d’attiser la haine tribale et xénophobe. C’est plutôt des entrailles du parti d’Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA, qu’a officiellement émergé la thèse d’ivoirité qui appelait ouvertement à l’exacerbation de ce sentiment et entretenait les conditions propices à son développement.

Le Front Populaire Ivoirien (F.P.I) dès qu’il a senti le pouvoir proche, en 2000, a affiché, ouvertement et officiellement, son adhésion pleine et entière à cette thèse dont les effets continuent d’être dévastateurs sur l’unité des peuples de Côte d’Ivoire. C’est d’ailleurs un des points sur lesquels le F.P.I doit des comptes au peuple de Côte d’Ivoire.

Les luttes des années 90, à l’origine, essentiellement dirigées contre l’absence de liberté et toutes les formes d’oppression ont ainsi été dévoyées de leurs objectifs par Gbagbo et son parti qui ont galvaudé par la même occasion les notions progressistes de panafricanisme, de patriotisme et d’anti-impérialisme dont ils ont abusivement et de façon opportuniste continué à se réclamer.

4) L’engagement dans la lutte anti-impérialiste sur la base du patriotisme de bon aloi : condition essentielle des futures avancées du combat émancipateur du peuple ivoirien.

Pour son émancipation, la pointe principale de la lutte du peuple ivoirien doit être dirigée contre l’impérialisme français, notamment contre sa présence militaire sur le territoire national. Une issue victorieuse de cette lutte implique qu’elle soit également dirigée contre les forces internes soutenant et justifiant cette occupation.

Puisque la page sombre et de confusion du pouvoir des refondateurs est tournée, il est possible de mettre la lutte patriotique qui excite la fibre de nombreux ivoiriens à l’endroit, de lui conférer la vigueur nécessaire pour en faire un facteur d’unité, de mobilisation et de lutte pour une Côte d’Ivoire émancipée. Il s’agit maintenant de promouvoir le patriotisme de bon aloi, disons-nous, c’est-à-dire le patriotisme de bonne qualité à l’opposé de l’agitation des tenants de la xénophobie et du tribalisme.

Il est désormais possible de répliquer avec plus de pertinence à ceux qui, s’appuyant sur les incapacités et la faillite totale du pouvoir Gbagbo, estiment que les notions de souveraineté nationale, de souveraineté monétaire, d’indépendance culturelle n’ont plus aucun sens dans le contexte de la mondialisation. Aux yeux des négateurs de la pertinence du combat pour la souveraineté, la faillite du pouvoir F.P.I prouve que le peuple ne peut pas connaître de progrès au-delà de ceux atteints sous les pouvoirs précédents. Les négateurs de la nécessité du combat pour la souveraineté, ces partisans des demi-vérités, véhiculent les idées selon lesquelles, il vaut mieux « parler de travail » que de « parler de souveraineté et d’indépendance ». Mais, ces personnes s’apercevront bientôt, si ce n’est déjà fait, que travail et souveraineté se conditionnent réciproquement. L’histoire universelle l’a montré, l’homme politiquement et socialement libre est plus productif que l’esclave.

La souveraineté ou l’indépendance n’est donc pas opposée au travail, au travail bien fait, à l’ardeur au travail, à la culture de l’effort. Et personne ne peut nier le fait qu’il ne peut y avoir de travail bien fait dont les effets bénéfiques sont durables si les options politiques et stratégiques n’en sont pas définies par un peuple souverain et indépendant. Ces derniers développements peuvent être mieux compris à partir de quelques éléments tirés de l’expérience ivoirienne. Après plus de 50 ans de « coopération militaire », l’armée ivoirienne n’est pas à même de s’acquitter de sa mission. Les infrastructures réalisées dans notre pays sont dégradées de façon révoltante ; le réseau routier est détruit, les infrastructures scolaires et sanitaires sont devenues dangereuses pour les usagers, les ascenseurs des immeubles publics fonctionnent à peine, etc. La leçon la plus plausible c’est que tout ce qui est conçu et réalisé en dehors de l’organisation et des compétences nationales est dérisoire. En effet, dans de telles conditions, l’esprit de suite fait défaut pour l’entretien et la maintenance. Cela est valable pour toutes les réalisations, matérielles et culturelles.

La présence postcoloniale de la base militaire française en Côte d’Ivoire date du début des années 60. Tous les pouvoirs qui ont dirigé notre pays s’évertuent à justifier ou à s’accommoder de cette présence et de cet abandon de souveraineté. L’actuel président de la république Alassane Ouattara fait de la présence des forces étrangères, françaises en particulier, la clé de voute de sa politique. Récemment, son ministre d’Etat, ministre des affaires étrangères, Daniel Kablan Duncan, a tenté de justifier cette politique devant des journalistes par les faits suivants : « La progression du terrorisme avec Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) qui nécessite le développement des renseignements ; la lute contre la drogue, vu que certains Etats de la sous-région sont devenus une plaque tournante entre l’Europe et l’Amérique Latine et enfin le banditisme aux frontières et en mer avec les attaques des navires. La Côte d’Ivoire rêve d’être un hub et cela n’est pas possible, si l’on ne combat pas le terrorisme. » (Cf. quotidien ivoirien Fraternité Matin, N° 13989 du 13 juillet 2011, p. 22).

Et plus loin, il a ajouté : « Le président Houphouët-Boigny avait confié la défense du territoire à l’armée française pour consacrer les ressources du pays au développement. » (Idem.)

N’est-ce pas là l’expression achevée de la politique de la main tendue et de la culture de l’abandon de soi entre les mains d’autrui ? Décryptées, ces déclarations signifient que les forces de sécurité ivoiriennes sont incapables d’assurer leur mission, celle de la défense de l’intégrité du territoire ivoirien et cela plus de 50 ans après l’indépendance du pays. La conclusion logique que le ministre d’Etat s’est gardé de tirer, est que l’armée ivoirienne dont les missions sont assurées par une armée étrangère, n’est pas une priorité, qu’elle restera donc oisive et sous-équipée. En effet, à quoi bon affecter des ressources pour des missions assurées par les forces françaises ?

Le gouvernement est donc d’accord pour signer de nouveaux accords de « coopération militaire » avec le gouvernement français sans avoir fait le bilan de la coopération passée, du moins, sans avoir porté ce bilan à la connaissance du peuple. Il est un fait qu’après plus de 50 ans de « coopération militaire » l’armée ivoirienne se retrouve dans un état déplorable, d’inefficacité, d’indiscipline, d’abandon des missions militaires pour des missions de maintien de l’ordre pour lesquelles elle n’a pas la formation ; il est aisé de conclure que cette coopération est un échec. Ce constat d’échec doit normalement conduire à la dénonciation pure et simple de l’accord et à la recherche de voies nouvelles en matière militaire. Il est inadmissible de lier à nouveau le pays alors que la probabilité est forte que cinquante autres années après le même constat d’échec sera fait.

L’argument de la lutte contre le terrorisme pour maintenir une présence militaire étrangère ne sert-il pas à faire peur pour amener le peuple à accepter l’inacceptable ? Il faut indiquer que les dirigeants des pays où le terrorisme d’Aqmi s’est déjà signalé par des attentats et des prises d’otages, pays qui sont dans le champ d’action directe de cette organisation n’ont pas encore réclamé l’installation de bases militaires étrangères sur leur sol. Il est indéfendable qu’un pays de 20 millions d’habitants comme le nôtre, qui a d’importantes potentialités économiques, qui compte de nombreux experts militaires, soit incapable de compter sur ses ressources humaines propres pour assurer sa sécurité. C’est la preuve que la question de la souveraineté chère à tous les peuples du monde est le cadet des soucis de nos dirigeants hauts bourgeois.

Un militant anticolonialiste a pu écrire un jour, à peu près ceci : une aide qui ne permet pas de se passer de l’aide n’est pas une aide ; elle doit être rejetée. Cette affirmation est juste à tous les points de vue. La position du Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire sur la question des rapports de notre pays avec le gouvernement Français est qu’il y a urgence à sortir de la dépendance. Sur la question militaire, en particulier, l’accord de « coopération ou d’assistance militaire » avec le gouvernement français doit être dénoncé et les bases militaires françaises et étrangères en général, doivent être démantelées. Notre parti continuera à agir dans ce sens et appelle les ouvriers, les paysans, les travailleurs des villes et des campagnes, les artisans, les femmes, les jeunes, tous les peuples de toutes les régions du pays sans considération des appartenances ethniques ou religieuses à rejoindre le parti communiste dans ce combat.

Le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire invite donc le peuple dans sa diversité à continuer à « faire avancer la révolution » en menant une lutte anti-impérialiste hardie. C’est la condition de la maîtrise de son destin.

Fait à Abidjan, le 10 août 2011.

Le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire

 
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