dimanche, 22 avril 2018
 

Côte d’Ivoire : MALGRE LES DIFFICILES CONDITIONS DE VIE DES MASSES POPULAIRES, LA COALITION AU POUVOIR EST PREOCCUPEE PAR LE PARTAGE DU GATEAU

Le peuple vit difficilement, c’est le moins que l’on puisse dire et personne ne le conteste d’ailleurs. Mais curieusement, en dehors des effets d’annonce tel le rappel de la création d’un million d’emplois dans 5 ans, les actions concrètes se font attendre.

L’amélioration des conditions de vie de la majorité des Ivoiriens ne semble pas être au programme des partis membres de la coalition au pouvoir. Les promesses de gestion rigoureuse de la chose publique sont oubliées, à savoir :
- (i) la déclaration des biens du président de la république, des ministres et autres hauts fonctionnaires ;
- (ii) la formation d’un gouvernement réduit et peu coûteux de 25 membres ; la lutte contre les hausses des prix ;
- (iii) la création d’emplois, notamment pour les jeunes ; etc. Les tenants du pouvoir ont soigneusement évité la déclaration de leurs biens ; les conditions initiales sont ainsi réunies pour que de nouveaux milliardaires naissent grâce à l’argent public. La promesse du candidat Ouattara de ne former qu’un gouvernement de 25 ministres est totalement oubliée. Le président Ouattara justifie un gouvernement de 39 ministres par le fait qu’il y aurait beaucoup de travail à faire, un argument qui ne peut convaincre car il est à connotation essentiellement laxiste. Avec un souci d’efficacité et d’économie une quantité de travail exécutée par 10 équipes peut valablement l’être par un nombre d’équipes nettement plus réduit.

Dans leur humour caustique, les Ivoiriens estimaient qu’il s’agissait d’un « gouvernement de remerciement » ; au sens où le président entendrait récompenser ceux qui l’ont aidé à accéder au pouvoir ; un gouvernement transitoire en quelque sorte avant la mise en place du gouvernement de 25 ministres selon sa promesse initiale. Au grand dam des Ivoiriens le « gouvernement de remerciement » est devenu le gouvernement définitif. Lorsque, le PDCI a évoqué les dysfonctionnements de son alliance avec le RDR et d’autres partis, certains s’attendaient à ce que ce parti suggère la réduction du fardeau que constitue l’équipe gouvernementale. Ce serait alors choisir la voie de la libération de ressources à consacrer à la satisfaction des besoins des travailleurs et des masses populaires. Une telle demande aurait été légitime ; car demander à des ministres notoirement affairistes de quitter le gouvernement pour s’occuper de leurs affaires ne leur ferait aucun mal. Mais la fronde du PDCI visait plutôt à demander une part plus importante pour ses membres dans le partage du gâteau.

Le PDCI demande davantage de portefeuilles ministériels, de postes dans la haute administration, etc. Le PDCI reste ainsi égal à lui-même, c’est-à-dire un parti de grilleurs d’arachides. La revendication d’un meilleur découpage électoral également formulée par le PDCI apparait ainsi comme un cache sexe. En effet, les élections législatives, de loin plus importantes que les élections régionales et municipales, se sont tenues sur le découpage actuel avec l’accord du PDCI et des autres alliés. Dans ces conditions, une réclamation sérieuse d’un nouveau découpage électoral ne peut concerner que les élections législatives, régionales et municipales de 2015. Il ne sert à rien d’offrir tout le pouvoir national à un seul parti et de chicaner sur les pouvoirs locaux.

Il y a donc deux types de problèmes dans notre pays. Le peuple a ses problèmes de liberté, de démocratie, de conditions de vie et de sécurité. La coalition au pouvoir a ses problèmes de répartition de postes ministériels et dans la haute administration et de partage des ressources du budget national pour se récompenser mutuellement. Le peuple cherche sa voie pour mieux s’organiser, se faire entendre et préparer les conditions du pouvoir pour lui-même. Il souffre des injustices de toutes sortes, de la hausse continue des prix alors que les salaires et autres revenus n’augmentent pas. Plus grave, les salaires subissent des réductions suite aux augmentations des cotisations à la charge des salariés aux caisses de retraite secteur public (CGRAE) et secteur privé (CNPS).

Il appréhende avec inquiétude la rentrée universitaire de septembre 2012 qui s’annonce difficile avec
- (i) l’augmentation des frais d’inscription de 6000 à 50000 FCFA, soit 733,33% d’augmentation ;
- (ii) l’ouverture de deux (2) sites d’hébergement pour étudiants sur quinze (15) à Abidjan. C’est dire que seuls les enfants de parents disposant de revenus élevés pourront désormais faire des études supérieures. La position du Ministre de l’enseignement supérieur est sans équivoque à ce sujet ; il prend ses décisions en fonction des seuls enfants dont les parents paient des millions pour les scolariser dans les écoles privées huppées. Avec le pouvoir actuel, l’enseignement supérieur va cesser d’être démocratique pour devenir un enseignement pour riches.

Les difficultés sur le plan social se manifestent aussi par la mise au chômage de plus d’un millier de travailleurs de la Société des Transports Abidjanais (SOTRA) sans le paiement de leurs droits. Pourtant cette entreprise publique n’a pas déposé son bilan, mais elle a licencié des travailleurs depuis fin mars 2012 et a attendu que les intéressés descendent dans la rue le vendredi 8 juin avant de publier un communiqué indiquant que les droits légaux seront payés à compter de ce vendredi 8 juin (Cf. Fraternité Matin du 8 juin 2012, page 8). Il n’est même pas fait mention de la date d’application des mesures d’accompagnement qui sont pourtant dues aux personnes licenciées.

Quant à la situation politique générale, elle est marquée par des événements tels que des attaques armées notamment à l’ouest du pays, des arrestations de certains membres du pouvoir Gbagbo, le dernier cas en date étant celui de Lida Kouassi Moïse, l’ancien ministre de la défense de Laurent Gbagbo. Concernant ces événements, le PCRCI souhaite qu’il y ait la transparence. Le gouvernement doit pouvoir dire dans les meilleurs délais si les attaques armées ont des mobiles politiques et lesquels ou s’il s’agit d’actes de banditisme. La seule évocation de manœuvres de déstabilisation ne suffit pas et peut aboutir à de dangereuses manipulations. Des attaques de bandit peuvent être déstabilisatrices comme des attaques pour des mobiles politiques. Mais les deux types d’actes ne peuvent être traités de la même façon.

Quant aux arrestations des membres de l’ancien pouvoir, le PCRCI attend que des procédures régulières soient annoncées et mises en œuvre, que des informations suffisantes soient disponibles avant de se prononcer. Face aux nombreux problèmes actuels et prévisibles, le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire invite les travailleurs et les peuples à parfaire leurs organisations de lutte pour défendre leurs intérêts que personne d’autre ne pourra faire à leur place. A titre d’exemple, il a fallu que les travailleurs licenciés de la SOTRA descendent dans la rue pour que les dirigeants de cette société pensent à sortir un communiqué relatif à la promesse de payer. Or des personnes licenciées devraient sortir de l’entreprise avec leurs chèques en poche.

Le changement politique de 2011 n’a pas amélioré la considération que les dirigeants du pays ont pour les travailleurs et le peuple en général. L’appel que nous avons lancé après les élections législatives de décembre 2011 demeure alors d’une brulante actualité. Cet appel concerne les dispositions à prendre en vue de se joindre au PCRCI pour le triomphe de la révolution et le bonheur du peuple.

Fait à Abidjan, le 13 juin 2012.

 
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