mardi, 15 octobre 2019
 

Côte d’Ivoire : POUR LA LUTTE CONTRE L’IMPUNITE SOUS TOUTES SES FORMES ET POUR LA SAUVEGARDE DE LA SOUVERAINETE NATIONALE

Depuis l’année 2000, les crimes politiques, ceux qui s’apparentent à des crimes contre l’humanité ou de génocide se multiplient en Côte d’Ivoire. Quant aux crimes économiques, ils ont jalonné toute l’histoire post coloniale du pays jusqu’à ce jour. Tous les présumés criminels sont à l’aise dans ce pays puisqu’assurés d’impunité. Tous les ivoiriens ont été témoins des propos du genre « on va vous tuer et il n’y aura rien ». Les auteurs de telles menaces ont effectivement tué et il n’y a rien eu, du moins jusqu’à une date récente. La liste des victimes est longue avec des charniers découverts, des personnalités froidement tuées sans qu’aucune enquête n’ait été entreprise, des personnes disparues dont on est toujours sans nouvelles. Des individus, couverts par des autorités étatiques ou des forces politiques s’estiment fondés à se faire justice.

Lorsque vous dénoncez leurs crimes, ils répondent : « et alors, les autres ont eux-aussi tué ou volé non ! ». De telles réponses étalées dans la presse, sont des indicateurs de ce que le pays est entré dans un cercle vicieux dont il est difficile de sortir. Pourtant, il faudra en sortir afin que les transformations révolutionnaires attendues par le peuple ivoirien intègrent une éthique nouvelle basée sur l’humanisme révolutionnaire et excluant la banalisation de la vie humaine. Cette tendance qui conduit à tuer parce qu’un proche a été tué doit s’arrêter nette. Conformément à cette nécessité, le gouvernement Ouattara/Soro doit rapidement mettre fin aux violences exercées sur des populations par certains éléments des forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI). La position du Parti Communiste est claire. Aucun crime ne peut en justifier un autre. Tous ceux qui se sont rendus coupables de crimes doivent rendre des comptes.

C’est bien une tâche gigantesque, mais le peuple ivoirien doit se donner les moyens de s’assumer en réussissant à mener avec esprit de suite ce combat, en évitant de laisser sa mémoire faillir. C’est à ce prix que les 60 peuples de notre pays se mettront ensemble pour projeter la constitution d’une nation forte capable de résister aux menées impérialistes. C’est aussi à ce prix que toute recherche dans une violence inouïe, d’une suprématie ethnique par certains clans de hauts bourgeois ivoiriens sera conséquemment combattue et ne sera plus affublée de quelque label éthique que ce soit, encore moins du label anticolonialiste voire anti-impérialiste. Nous savons que les personnes qui ont commis des crimes appartiennent à tous les camps des politiciens hauts bourgeois ivoiriens. La demande populaire de mettre fin à l’impunité, demande soutenue par notre parti date de plusieurs années. Cette demande n’avait jusque là pas reçu l’assentiment des tenants du pouvoir. Aucun effort n’a été fait pour permettre au peuple de comprendre les motivations du coup d’Etat de 1999 et de la rébellion de 2002 ainsi que de toutes les exécutions sommaires enregistrées à ce jour. Le peuple n’a pu voir que les bénéficiaires du coup d’Etat et de la rébellion. Les commanditaires sont inconnus à ce jour.

Quel rôle a joué le gouvernement français dans ces deux événements et dans tous les autres et au profit de quel clan a-t-il agi ? Aucune donnée d’enquête sérieuse n’est disponible à ce sujet. La faute principale en revient à ceux qui ont exercé le pouvoir d’Etat entre 2000 et 2011. C’est dans un tel contexte que l’actuel gouvernement vient de décider d’engager la lutte contre l’impunité. Le Parti communiste révolutionnaire de Côte d’Ivoire lui demande d’aller jusqu’au bout ; il appelle le peuple à la vigilance afin qu’il exige du gouvernement de redoubler d’effort, de ne pas s’arrêter en cours de route. Le parti communiste n’a pas d’a priori. Il ne se pose pas la question de savoir par quel bout le gouvernement aurait dû commencer, pourvu que la période d’investigation parte de 2000 à 2011 et que les recherches ne soient pas bloquées au seuil des portes de certains présumés coupables. Les premiers interpellés se trouvent être des dirigeants du régime qui était dirigé par Laurent Gbagbo. A ce niveau, nous ne voyons pas d’injustice. L’injustice pourrait être invoquée si d’aventure le processus de poursuite se limitait à Gbagbo et ses partisans. L’absence de coupables après autant de morts serait la pire des injustices à l’égard des nombreuses victimes. Gbagbo et ses partisans méritent bien de passer devant les tribunaux. Le parti communiste ne s’oppose donc pas à la traduction de tous les mis en cause devant les tribunaux. Il ne s’oppose pas au fait que Laurent Gbagbo, à l’instar de tous les autres citoyens ivoiriens, ait à rendre compte de ses actes. Toutefois, ce que le parti communiste condamne, c’est le transfèrement de Laurent Gbagbo au Tribunal Pénal International.

Trois raisons sous-tendent notre opposition à ce transfèrement.

La première raison, c’est que les autorités ivoiriennes viennent de démontrer une fois encore qu’elles ne tiennent pas à préserver la souveraineté de notre pays. Les dirigeants des pays qui savent l’importance de la défense de la souveraineté nationale et populaire n’osent pas extrader vers un autre pays leurs ressortissants ordinaires, à plus forte raison un ancien président de la république.

La deuxième raison, c’est qu’un procès de Laurent Gbagbo en Côte d’Ivoire serait très instructif pour le peuple, car il lui permettrait de comprendre le pan de son histoire qui court depuis 2000, en participant au débat national nécessaire autour de la question de l’impunité dans notre pays. Ce serait la meilleure façon de donner au peuple les moyens de surmonter ses contradictions. Le fait d’éloigner Gbagbo de la Côte d’Ivoire ne constitue en rien une solution aux maux dont continue de souffrir ce pays.

La troisième raison est que le Tribunal Pénal International (TPI) s’apparente, jusqu’à ce jour, à un bagne pour ressortissants de pays dominés d’Afrique notamment, comme l’indique la liste des mis en cause devant ce tribunal. C’est certainement en raison du caractère discriminatoire des cibles du TPI, de la nécessité de la préservation de la souveraineté de leurs pays que des dirigeants de pays d’Afrique du nord ont choisi de juger leurs anciens dirigeants par les tribunaux nationaux. S’agissant des pays puissants, notamment des pays impérialistes, ils refusent tout simplement de reconnaitre ce tribunal.

Le Parti communiste révolutionnaire de Côte d’Ivoire estime qu’il n’est pas trop tard pour que le gouvernement décide d’organiser le procès de Laurent Gbagbo et de tous les autres mis en cause actuels et à venir en Côte d’Ivoire devant les tribunaux ivoiriens. Ce serait un acte relevant du souci de la maîtrise de notre destin national.

Fait à Abidjan, le 28 décembre 2011

Le Parti Communiste Révolutionnaire de Côte d’Ivoire

 
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